Le cardinal (Otto Preminger, 1963)

Intelligence du traitement, ampleur du récit, émotion indéniable, ce joyau est un des tout meilleurs films du grand Otto Preminger, quelque part entre Laura et Tempête à Washington. Nommé à l’Oscar en son temps, je me demande pourquoi il est quasi-oublié aujourd’hui. Acteur principal inconnu ? certes, mais Tom Tryon est parfait dans le rôle. Et puis la distribution comporte quelques grands noms, à commencer par Romy Schneider, aussi ravissante lorsqu’elle incarne la jeune étudiante autrichienne idéaliste qu’émouvante lorsqu’elle prend conscience de l’horreur nazie à ses propres dépends. Sujet austère ? a priori, l’ascension d’un cardinal ne devrait passioner qu’un nombre restreint d’initiés mais la dramaturgie romanesque la rend captivante tandis que le regard distancié et pondéré de Preminger élève le film, en fait une oeuvre capable de parler à chacun, une oeuvre sur l’accomplissement personnel face au monde.

Chef d’oeuvre.

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13 commentaires sur “Le cardinal (Otto Preminger, 1963)

  1. Attention chef d’œuvre !

    Comme je suis bien d’accord avec vous!
    Ce film trop méconnu est un vrai bijou. L’acteur principal dont j’ignorai le nom jusqu’à votre post y est parfait.
    L’histoire est grande : le tiraillement intérieur d’un homme entre son amour et sa vocation, puis les doutes lancinants sur sa vocation. Viennent ensuite les tourments de son histoire personnelle : la douleur de la vertu d’obéissance à la religion face aux cas de conscience (cas épineux de sa propre soeur), secret du confessionnal, interrogation sur les fondements de la foi face à un pseudo-miracle et la ferveur populaire. Prise de positions pour le choix du combat, interrogation permanente sur sens de la vie, le fossé entre le « bien » et le « mieux », entre le faisable et l’inacceptable. Position face à la montée du nazisme, positionnement et implication face à la ségrégation du Sud des Etats-Unis etc etc. l. Et toujours la question de la vocation de cet homme.
    C’est pas cul-cul, c’est sans leçon et c’est très bien mené. C’est un film sur le questionnement, l’authenticité d’un homme, par delà ses doutes.
    Tout est en demi-teinte. C’est un film immense.

    Et comme on est dans les soutanes, çà n’a rien à voir avec « Amen » le mauvais film de Costas Gavras et le trop sentimentalo « Les oiseaux se cachent pour mourir ».

    Pour rester dans la pourpre cardinalice Connaissez-vous le film de Jerry London « Le pourpre et le noir » ?. C’est l’histoire d’un autre Cardinal (avec l’excellent Grégory Peck et une une musique du Sergio) en prise avec l’Histoire.
    C’est aussi du très bon cinéma ! Et le Grégroy Peck en monseigneur irlandais y est parfait, franc du collier et rusé comme un camion de singes. A voir d’urgence dans cette thématique ! Beaucoup de parallèles peuvent être fait.

    Je viens de me procurer à petit prix « Sainte Jeanne » et « The moon is blue » d’Otto Preminger. Maintenant il me reste plus qu’à m’acheter une télé. Puis je reviendrai pour en discuter ! ; )

    Heureux d’avoir découvert votre site.

    Bien à vous et bonne ciné-cure !

    pan y vino

  2. je ne connais pas Le pourpre et le noir, merci du renseignement.
    je n’ai malheureusement pas encore vu les deux films de Preminger que vous mentionnez. Aussi, n’hésitez pas a me dire ce que vous en pensez !

    dans le genre film de soutane, le dyptique de Leo McCarey (encore lui !), La route semée d’étoiles et Les cloches de Ste Marie est intéressant, deux chroniques paroissiales avec une des plus pures incarnations de la bonté jamais vues au cinéma, le père O’Malley joué par Bing Crosby. C’est un autre registre que le Cardinal.

  3. Merci pour les titres couleur soutane. Je vais mettre çà au menu. Et je reviendrai vous en dire deux mots.

    Avant de quitter entièrement le noir, vous avez bien entendu du voir de Robert Bresson. C’est pour combler une lacune littéraire en voulant m’éviter de lire le livre de Bernanos, qu’un soir d’insomnie, sur les 2h00 du mat, je me suis mis çà dans le dvdvore. Et bien, rien de tel pour vous plomber la nuit ! Dieu que ce film est bien fait, mais qu’est-ce qu’il est noir. On s’ennuie avec ce jeune curé d’Ambricourt, dans ce village hostile, où il fait figure de proie. C’est édifiant de cinéma. C’est terrifiant comme histoire. Trippant au sens français, d’entrailles qui remuent. Bref il y a quelques années de çà. Je devrai essayer de le revoir, de jour cette fois-çi et d’en refaire une lecture plus fine et moins brutale.

    Autre personnage, incarnation de la bonté en habit, Monsieur Vincent avec l’exceptionnel Pierre Fresnay. Ce n’est pas un film immense, mais Fresnay y est bon, comme son personnage. Il faut voir la scène où il vomis la tiédeur des bourgeoises et nobliaux qui veulent refuser le secours et la charité à un nourrisson abandonné conçu par une fille de la rue. Salutaire colère, quasi-sainte !
    Ca me fait penser que Fresnay à aussi un joli rôle en bure cette fois ci dans Barry. C’est pas mal, sans plus.

    Et pour quitter définitivement les soutanes et rester dans les bures, voyez Marcelino Pan y Vino, film espagnol des années 50. C’est un vrai conte de Noël. Le jeune acteur y est d’une fraicheur, d’une innocence, d’une pureté incarnée et charnelle rare. Mais attention : cyniques et grands garçons s’abstenir! Car c’est là que l’on comprend un peu mieux la phrase christique « seuls les enfants entreront dans mon royaume ».
    Un de mes films préférés, la premier fois que je l’ai vu, j’en ai eu le cœur au bord des yeux.
    N’est-ce pas aussi cela que l’on demande au cinéma : des moments de grâce ?

    Je file.

    pan y vino
    ; )

  4. Bresson évidemment. ses trois films des années 50 sont magnifiques.
    Monsieur Vincent, vous n’etes pas le premier a le conseiller, je note.
    et merci pour la référence espagnole, inconnue au bataillon celle la. Y a t il un titre français ?

  5. Je crois qu’en français le titre de Marcelino est Marcelino Pan y Vino !
    Je n’ai pas mon DVD sous la main, je l’ai prêté. Mais j’ai eu bien du mal à le trouver !
    Si vous ne trouver pas les références d’ici peu, je vous les donnerai exactement dès qu’il me sera retourné.

    J’ai lu votre post au Hussard. Ah Renoir et la Régle du Jeu !!!! Magnifique !!!
    Je viens de me faire plaisir il y a deux semaines j’ai acheté dans un magasi Harmonia Mundi un coffret de trois CD INA/Radio France collection « les grandes heures ». C’est génial ! Ca date de 1958, des entretiens sur la RTF où Jean Renoir s’exprime sur le cinéma et çà vie. A mon sens trop sur sa vie, encore trop sur la vie de son père (même si c’est très intéressant) qu’il s’amuse à commentée avec esprit, vivacité. Il a une mémoire impressionnante lorsqu’il parle de sa vie et de celle de son père.

    Je vous conseille cette collection chaudement. Je viens de m’offrir le coffret avec les entretiens de Giono. Ca va être bon ! ; )

    Il y aurait trop à dire pour aujourd’hui. Mais je suis heureux d’avoir découvert votre blog. J’espère pouvoir y lire un jour un post sur le Festin de Babeth, ou les films de Ingmar Bergman !

    Bien à vous.

    pan y vino

    nb : …comment avons nous pu oublier Don Camillo et son petit monde d’après le roman de Giovanni Guareschi (vient d’être réédité au Seuil, je l’ai acheté et j’ai hâte de lire les empoignades avec Peppone !!!!
    ; )

  6. je viens de repenser à Léon Morin, prêtre de Jean-Pierre Melville. c’est un film assez mésestimé que j’aime beaucoup pour son beau face-à-face Belmondo/Riva, un sujet pris à bras le corps (je me souviens de dialogues assez osés genre « je n’ai pas besoin d’un homme, un bout de bois fait très bien l’affaire ») et une profondeur à laquelle je ne m’attendais pas.

  7. Merci Christophe !
    Je viens de voir Léon Morin. C’est un très bon film, très riche. Et vous avez raison, ce face-à-face entre le séduisant prêtre et cette athée spirituelle, belle et tourmentée est à mettre dans sa Dvdtèque et dans le chapitre de Bures et Soutanes ! ; )
    Bébel y est excellent en soutane et surplis. Aussi bon que dans « Un singe en hiver » avec Gabin. Merci donc pour la découverte.
    Ce midi entre la poire et le fromage je parlai de ce film à un ami cinéphile il m’a conseillé aussi ‘Sous le soleil de Satan » de Pialat avec Depardieu. Adaptation du célèbre roman de Bernanos. Je vais donc me le procurer pour tenter d’épuiser la veine ! ; )

    Pour boucler la boucle sans l’épuiser : N’oublions pas « Mission » non plus ! Un film sur l’histoire d’une mission du nouveau monde, au XVII ème, ballotée par les rivalités politiques entre royaumes d’Espagne et Portugal. Exigences politiques (déjà la real-politik!) s’affrontent ici avec une évangélisation qui a du mal à se conjuger avec les impératifs de stratégies ecclésiastiques des hauts mentors. Avec un Jeremy Iron campant un padre jésuite d’une Foi intransigeante mais d’une charité vraie. Rien de casuistique chez lui ! ; ) . Un film qui rejette tout manichéisme et qu’il faut prendre avec la Controverse de Vallaloid. Bref, une belle histoire aussi sur la rédemption (le cas de Niro dans une figure pénitentielle illustrant une parabole explicite de l’ancien homme et l’Homme nouveau est très probant). Et que dire de la musique de Ennio Morricone !
    A voir !

    Bien à vous,

    pan y vino

    nb : Vos posts sont très intéressants. J’ai peu de temps pour tout lire, et j’ai malheureusement aussi assez peu d’arguments ou d’ajouts à faire car j’ai un retard en visionnage que même un isolement avec une cinécure dans une tour-d’ivoire de 100 ans n’y suffirait pas !

  8. je suis sincèrement content que Léon Morin, prêtre vous ait plu.
    je ne goûte guère le cinéma de Maurice Pialat, et encore moins ce film, mais Sous le soleil de Satan est effectivement une référence du « genre ».
    je ne suis pas très fan de Mission non plus. J’aimais tellement (et j’aime toujours) la partition d’Ennio Morricone que j’avais été déçu par des images loin d’en avoir la force.

  9. Oh non Christophe, comme vous avez la dent (trop) dure avec Mission ! Sans être un excellent film ou un chef d’œuvre, il a des mérites. Notamment Jeremy Iron qui y est juste en son rôle et le De Niro itou. Quant à la musique d’Ennio, elle est d’une puissance !
    Je vous dirai une fois visionné ce que je pense de la « référence du genre ».

    A vous,

    pan y vino

  10. je ne trouve pas la librairie centrale du québel auquel je pourrais me procurer marcelino pan y vino alors pourriez vous m’aider à trouver la bonne adresse sur internet pour me le procurer merci d’vance!

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