Deux rouquines dans la bagarre (Slightly scarlet, Allan Dwan, 1956)

Un film noir est un film en noir et blanc. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais d’accord avec cette loi d’airain. Ou plutôt, je suis toujours d’accord mais je n’oublie pas que chaque règle comporte ses exceptions. Et quelle exception que cette flamboyante adaptation de James M.Cain ! Rarement film noir aura aussi bien porté ses couleurs. C’est qu’aidé par la fidèle équipe technique avec laquelle il enchaîne les pépites de série B depuis 1954, équipe brillante chapeautée par le producteur de la RKO Benedict Bogeaus, Allan Dwan signe un film ultra-stylisé, une oeuvre baroque, kitsch diront certains, dans laquelle le Technicolor mis en place par le grand John Alton, tantôt clair-obscur tantôt criard, est le pivot de la mise en scène d’une histoire dont les deux axes sont la corruption municipale et les passions qui animent les deux rouquines du titre.
Deux rouquines, deux soeurs, deux femmes superbes dont l’une sortant de prison, kleptomane et nymphomane est une des névrosées parmi les plus immorales et les plus ouvertement lubriques jamais filmées à Hollywood. Il faut dire que ce film réalisé par un vétéran de 71 ans contient certains des plans les plus érotiques et les plus provocants tournés pendant l’âge d’or des studios. Il faut dire aussi que la fille en question est jouée par Arlene Dahl, une bombe sexuelle qui en viendrait presque à éclipser la charismatique Rhonda Fleming qui, elle, interprète le rôle de la grande soeur qui se voudrait protectrice et morale. Qui se voudrait seulement parce qu’elle aussi, bien que fiancée à un maire vertueux va devoir faire face à ses désirs contradictoires. En face de ce fantastique duo d’actrices, John Payne interprète avec son élégance et sa retenue habituelle le gangster ambitieux aux prises avec les deux femmes. Ce film, plus ouvertement sexuel que les autres du même genre, est également plus cru dans sa représentation de la violence. Ici, les personnages touchés par balles saignent et se vident de leur sang, ce qui est assez rare en 1956 pour être signalé.
Deux rouquines dans la bagarre est donc un chef d’oeuvre atypique, un film de genre que le style lyrique insufflé par Allan Dwan et son génial producteur transcende complètement.

Publicités

3 commentaires sur “Deux rouquines dans la bagarre (Slightly scarlet, Allan Dwan, 1956)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s