Pour qui sonne la cloche ? (A bell for Adano, Henry King, 1944)

Film sur la libération d’une petite ville italienne, Adano, par des soldats américains tourné à l’époque de son action. Cela donne un caractère très concret, très terre-à-terre à l’oeuvre. En effet, l’intrigue est centrée sur le travail d’un homme: le major qui a pour tâche de reconstruire une communauté après le fascisme. Les personnages et leurs histoires sont simples. La romance entre le major et une jeune italienne jouée par une superbe Gene Tierney peroxydée est très belle parce qu’elle ne transforme pas le film en mélo, elle reste discrète, comme en filigrane d’un ensemble plus large. C’est une histoire comme il a dû s’en passer des millions en 1944: un soldat américain loin de son foyer rencontre une jeune Européenne dont le mari est prisonnier et durant quelques soirs, ils sortent ensemble et se confient l’un à l’autre -sans nécessairement coucher ensemble. La beauté des gros plans sur Gene Tierney éclairée par Joseph LaShelle, les dialogues qui expriment de façon très simple les rêves des protagonistes et la sensibilité teintée de pudeur et de nostalgie d’Henry King, rendent cette amourette a priori éculée juste et touchante. Le style de l’ensemble est donc caractérisé par une certaine retenue. La scène la plus terrible du film a en fait lieu hors-champ puisqu’il s’agit d’un monologue de soldat qui raconte des exactions -comme dans Sur la piste des Mohawks du même studio et du même scénariste, le grand Lamar Trotti. Cependant, Henry King, soutenu par la musique tonitruante d’Alfred Newman, sait se montrer lyrique lors des scènes de foule. Ainsi des retrouvailles entre les femmes et leurs maris prisonniers. La séquence est magnifique et le montage des différents points de vue y est simplement magistral.

Pour qui sonne la cloche ? a beau être avant tout une fiction hollywoodienne, c’est également une belle leçon politique teintée d’un constat étonnamment amer pour l’époque. Ce que le film montre, c’est que quand une force étrangère doit reconstruire une ville dévastée, elle devrait prendre en compte les besoins des habitants plutôt que d’appliquer un plan préétabli. En effet, le principal obstacle du major américain dans ce film est sa propre hiérarchie qui refuse de voir les charrettes nécessaires au ravitaillement d’Adano interférer avec ses convois militaires. Ici, la grande beauté de l’oeuvre est de ne pas appuyer son propos par une critique explicite de l’armée. Les faits parlent d’eux-même pour un maître classique de l’acabit d’Henry King.

Enfin, il faut mentionner le talent des multiples seconds rôles (Dalio, William Bendix…) qui font vivre cette attachante fusion entre petite et grande histoire.

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Un commentaire sur “Pour qui sonne la cloche ? (A bell for Adano, Henry King, 1944)

  1. […] De la romance tourmentée sur fond de guerre, le tout saupoudré d’un message bien-pensant. Diable au soleil est un parfait archétype du film “de prestige” hollywoodien, genre d’entreprise impersonnelle taillée sur mesure pour les Oscars dont l’insupportable Tant qu’il y aura des hommes pourrait être considéré comme le parangon. Passer outre les clichés débités à la pelle (ça se passe en France donc je vous laisse imaginer…), les bons sentiments qui tiennent lieu de psychologie, la timide audace(l’héroïne métisse jouée par…Natalie Wood), les rebondissements prévisibles (la réconciliation des rivaux sous le feu de l’ennemi) alors que le film ne cesse de se prendre au sérieux à coups de tirades lénifiantes comme quoi le racisme c’est pas bien demande une énorme dose de foi au spectateur. Alors bon, le filmage d’un Delmer Daves est moins sec que celui d’un Zinnemann, ses quelques gros plans, son noir et blanc soyeux font que ses séquences de baisers seront toujours plus érotiques que celles de son collègue autrichien -et sans les vagues s’il vous plaît mais il n’empêche: le film reste médiocre. Pour un beau film sur l’armée américaine en garnison dans une ville européenne, on se tournera vers le moins connu mais nettement moins idiot A bell for Adano. […]

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