La fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952)

Deux scénaristes imaginent la rencontre d’une jeune Parisienne avec un charmant cambrioleur le jour de la fête nationale.
La mise en abyme commence dès un excellent générique façon Guitry. Cette histoire de l’écriture d’un film est d’abord l’occasion d’une savoureuse auto-critique de la part des auteurs du film. Le personnage du scénariste qui se complait dans la noirceur, la misanthropie, la bassesse et l’anti-cléricalisme primaire préfigure le pamphlet de Truffaut contre le cinéma français deux ans avant sa publication. Il y a lieu de croire que, de la part de Duvivier dont le pessimisme forcené était parfois agaçant, cela relève d’un réjouissant sens de l’auto-dérision. Le film raconte donc deux histoires, celles du processus d’écriture, et celle du film imaginé. Or le film imaginé, l’amourette d’Henriette, est clairement l’intrigue la plus importante du film mais il est difficile de s’y intéresser dans la mesure où les processus d’immersion et d’identification sont régulièrement stoppés par des retours à la « réalité » des scénaristes qui renvoient la nature fictive de l’histoire racontée à la face du spectateur. Ajoutons que les jeunes premiers choisis pour jouer les amoureux, Michel Roux surtout, n’aident pas…La fête à Henriette, film intéressant, charmant mais profondément bancal donnera lieu à un remake américain réalisé par Richard Quine –Deux têtes folles– où l’accent sera mis sur la relation entre le scénariste et sa secrétaire, joués par William Holden et Audrey Hepburn. Là, c’est le traitement systématiquement parodique des situations imaginées qui empêchera le film d’être pleinement convaincant.

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9 commentaires sur “La fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952)

  1. Robert Guédiguian et Jean Milesi en ont fait un « remake » français et marseillais avec « A l’attaque ». Hélas, hélas, c’est un de ses films les plus faibles.

  2. tiens je ne savais pas. merci de cette précision.
    je ne connais de Guediguian que l’oubliable Marius et Jeannette.

    sinon, je pense qu’il doit être très difficile si ce n’est impossible de vraiment réussir ce film en raison de sa nature même, qui contrarie sans cesse l’implication du spectateur dans l’histoire. il ne faudrait pas accorder trop d’importance a l’histoire “racontée”.

  3. « Bancal » vraiment? j’aurais voulu vous voir ,vous ,en 1952,tourner un film aussi révolutionnaire dans sa structure narrative,dans sa dérision des clichés romantiques et dans ses parodies des collègues (Carné ,De Sica,Clair)!C’est ce genre de film qu’il faut montrer sinon bientôt pour les jeunes générations le cinema français se confondra avec celui de la nouvelle vaguelette.

  4. oui, je persiste à trouver ce film bancal pour les raisons que j’ai exprimées dans ma note.
    si Duvivier s’était focalisé sur une des deux intrigues alors le film aurait sans doute mieux fonctionné sur moi. Quant à « révolutionnaire », je trouve que c’est un bien grand mot pour qualifier la structure narrative du film. Au rayon mises en abyme, un Sacha Guitry avait déja bien préparé le terrain.
    quant aux « jeunes générations », je ne suis pas leur guide et si je devais jouer ce rôle, je leur ferais découvrir La fin du jour, La belle équipe et Panique, Voici le temps des assassins pour leur montrer que Julien Duvivier est un de nos grands cinéastes.

  5. Sans doute Guitry a-t-il bouleversé les structures narratives ,mais c’est justement ce qui fait l’originalité profonde de ‘Henriette » :ce côté que vous appelez « bancal » et que j’appelle moi « non conventionnel » au sens « ne faisant pas ce que le public attend » ;ceci n’empêcha pas le film d’être numero 8 pour les entrées à Paris lors du premier trimestre 1953 (le numero 1 etant « belle s de nuit » ).

    Quand je disais « jeunes générations  » j’aurais dû en fait écrire  » l’élite culturelle étrangère » :c’est elle pour qui le cinema français commence avec Bresson et la N.V.

    Tous les films que vous citez sont remarquables: »la fin du jour » en particulier c’est une sorte de « sunset blvd » avec dix ans d’avance.

  6. A propos de remakes américain ,il en existe deux : »Alex and Emma » est le second.
    Et pour revenir à Guédigian ,essayez de voir « la ville est tranquille » et vous remarquerez combien sa structure narrative épouse celle de « sous le ciel de Marseille » (pardon ,Paris!!)

  7. merci pour vos intéressantes précisions.
    vous n’êtes pas le premier à conseillet La ville est tranquille, il faudra que j’y jette un oeil à l’occasion.

  8. Un petit rectificatif. Il ne s’agit pas de Daniel Gélin mais de Michel Roux (qui est effectivement une sorte de sous-Gélin et un peu faible).
    Et je trouve aussi que « révolutionnaire » est très excessif pour qualifier ce genre de structure… dont le ton est un peu « virtuose et condescendant ».

    L’élite culturelle étrangère, lorsqu’elle s’intéresse au cinéma, connaît très bien ce qu’il y a avant Bresson et la Nouvelle Vague et l’apprécie à sa juste valeur.

    Le problème soulevé est intéressant. Je suggère que le problème vient du fait que le spectateur n’a pas son imagination de libre puisque les scénaristes ont les fils de l’histoire et que rien ne vient les contrarier. Ils sont en quelque sorte « supérieurs » (condescendants) au spectateur qui n’y trouve pas pleinement son compte: c’est-à-dire la capacité d’inventer lui-même et d’être sinon devant (suspense) les héros, du moins à leur niveau simple et humain. Une des solutions auraient été de faire des scénaristes les personnages principaux (motivations de leur désir d’écriture, etc…) : voir par exemple le De Broca avec Belmondo… (le titre m’échappe à l’instant).

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