La patrouille perdue (John Ford, 1934)


Pendant la première guerre mondiale, une patrouille anglaise perdue dans le désert mésopotamien est décimée par des tireurs arabes.
Ce film souffre des défauts des mauvaises collaborations entre Ford et son scénariste attitré des années 30, Dudley Nichols. Ouvertement intellectuel, le scénario est trop abstrait, les idées passant avant des personnages esclaves de procédés dramatiques éculés (le simili-huis-clos qui révèle les personnalités). Par exemple, à travers le personnage ultra-caricatural de Boris Karloff, les auteurs dénoncent le fanatisme religieux. C’est d’une lourdeur qui frise le grotesque. La mise en scène de Ford, entre théâtralité empesée et formalisme vain, ne fait guère ressentir la tension potentielle de l’argument de base. Ajoutons à cela la ridicule grandiloquence de la musique de Max Steiner et on comprendra que La patrouille perdue est un film étouffé par ses ambitions, que Ford et Nichols n’avaient pas encore poli un style, synthèse évidente et vibrante entre les recherches plastiques de l’un et la dramaturgie « à idées » de l’autre, qui allait donner au cinéma américain quelques classiques éternels au premiers rangs desquels figure La chevauchée fantastique.

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5 commentaires sur “La patrouille perdue (John Ford, 1934)

  1. D’accord sur un seul point : la musique de Steiner, envahissante. Pour le reste, « La patrouille perdue » me plaît. Certes, les idées, les types, pré-existent, mais au fur et à mesure, Ford parvient à approndir chaque personnage par la simplicité des discussions. J’aime ce film court, carré, qui montre très bien l’absurdité et l’arbitraire de tout conflit (chaque lueur d’espoir y est aussitôt balayée d’une rafale).

  2. bonjour Edisdead,

    merci de votre point de vue, un contrechamp bienvenu du mien.

    (mais le personnage de Boris Karloff quand même…)

  3. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, ce classique fordien fait partie de ceux que je n’ai toujours pas vu. Aussi, je me bornerais à une seule remarque : quand vous parlez du « simili-huis-clos qui révèle les personnalités », c’est le même procédé que celui de « Stagecoach ». C’est un dispositif que Ford a employé plusieurs fois en transcendant les clichés. Je conserve donc espoir que le film réussisse à me séduire.

  4. ha mais Stagecoach j’adore…mais c’est beaucoup plus convaincant, les personnages sont faits de chair et de sang dans Stagecoach…
    Stagecoach c’est vraiment la maturité d’un style, l’équilibre entre un aspect disons simple et direct de la mise en scène et une écriture intellectuelle de Nichols.
    dans La patrouille perdue, il n’y a pas la géniale simplicité du western pour compenser la lourdeur de la patte nicholsienne…

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