Yoshiwara (Max Ophuls, 1937)

Rocambolesque histoire d’amour entre un officier français et une geisha à l’époque de la guerre russo-japonaise…Si on pouvait légitimement croire que ce sujet, la déchéance d’une noble ruinée qui devient geisha avant de s’amouracher d’un espion, était idéal pour Max Ophuls, auteur de peintures de courtisanes parmi les plus belles de l’histoire du cinéma, force est de constater que cette intrigue de roman de gare ne l’a guère inspiré.
Le premier souci du spectateur, c’est la reconstitution du quartier de Yoshiwara dans les studios de Joinville-le-Pont. Certes, Von Sternberg a montré que l’on peut réaliser de saisissants tableaux de l’Orient à partir de mises en scènes délibérément artificielles mais Shanghaï Express ou Shanghaï Geisture jouaient sur le mythe, le fantasme incarné plutôt que sur le réalisme pittoresque. Or il y a dans Yoshiwara un côté « la débauche au Japon pour les nuls » qui handicape le film, surtout à son début. Voir André Gabriello, le père d’Henriette dans Une partie de campagne, affublé de la barbichette de circonstance, jouer le tenancier d’une maison de geishas n’aide clairement pas à la suspension d’incrédulité.
Outre cet exotisme de pacotille, le scénario est atrocement conventionnel, brassant toutes sortes de clichés sans jamais donner une quelconque substance à ses deux personnages principaux, la faute à une caractérisation simpliste et à des dialogues d’une consternante niaiserie. Jamais le désir de l’officier n’est évoqué, son amour étant pur comme un fantasme de petite fille. Quant à sa dulcinée, elle est geisha mais elle a eu le bon goût de tenter de se suicider avant la première étreinte avec un client. L’hypocrisie puritaine n’est pas l’apanage des Américains…Que l’on se rappelle de la justesse et de la lucidité qui caractérisent Sans lendemain, le mélo qu’Ophuls a tourné deux ans après celui-ci. A partir d’une histoire aussi lamentablement écrite, il était difficile pour Max Ophuls de réaliser un bon film (précisons pour ne pas nous complaire dans le culte du génie maudit victime d’incapables qu’Ophuls a participé à l’élaboration du scénario).
Et de fait, la mise en scène est assez commune, bénéficiant simplement d’une photographie soignée d’Eugène Shüfftan, d’une poignée de plans joliment composés, de quelques travellings échevelés (il y en a moins que d’habitude, ils sont ici pour filmer l’action) et de trucages à base de transparences tout juste bons à épater le bourgeois d’alors. Il faut dire qu’une fois n’est pas coutume, Ophuls n’est guère aidé par ses comédiens. Le jeu solennel de Pierre-Richard Willm ne contribue pas à insuffler la chair qui manque cruellement à son personnage. Quant à Michiko Tanaka, elle est simplement inexistante, ce qui pour une héroïne d’Ophuls est gravissime, vous en conviendrez.

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Un commentaire sur “Yoshiwara (Max Ophuls, 1937)

  1. Tourné dans un jardin japonais à Paris entre autres,le film comporte une belle scene ou les amants vont à l’opéra.C’est cependant inferieur à « liebeliei » « signora di tutti » et même à »sans lendemain » et « de Mayerling à Sarajevo » ,deux films massacrés par les critiques français.

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