Victime du destin (The lawless breed, Raoul Walsh, 1952)

Je vous ai déja parlé de Bruce Springsteen ? Non, je ne crois pas. C’est un blog cinéma ici. Et pourtant, il y a toute une famille de films américains, tout un genre dont les contours n’ont pas encore été tracés, qui se définit par une inspiration springsteenienne. Prenez ce film avec un jeune con apathique aspirant à la tranquillité près de sa pompe à essence mais qui finira rattappé par les blanches ténèbres de son passé. C’est Darkness on the edge of town en film. « Everybody’s got a secret Sonny, something that they just can face ». C’est aussi, vous l’avez reconnu, La griffe du passé, chef d’oeuvre de Jacques Tourneur, film préféré de Bruce Springsteen. Quel rapport avec Raoul Walsh, poète de la volonté de puissance, chantre d’un individu qui se livre complètement à ses désirs les plus impérieux ? Un certain romantisme peut-être. Romantisme hérité d’un goût secret pour les romans européens du XIXème siècle pour l’un, romantisme hérité d’une enfance passée sur le toit de la maison familiale à s’évader avec les comptines d’Elvis et de Phil Spector pour l’autre. Et des deux côtés un génie de la narration fondamentalement américain.

The lawless breed donc, évocation ultra-romancée de la vie du mythique hors-la-loi John Wesley Hardin. John Wesley Hardin rêve de s’établir dans une ferme avec son amour de jeunesse (Rosie, prénom springsteenien s’il en est) mais le déterminisme social, le manque d’argent, l’impatience et une envie de jouer avec le destin liée à un conflit ouvert avec son père le conduisent à une fuite en avant jonchée de cadavres. Adam raised a cain pour l’Oedipe mal réglé, Johnny 99 pour les tueries, Thunder road pour l’envie de partir loin avec la chérie se rappellent tout naturellement à notre souvenir pendant la projection. Raoul Walsh auréole le fait divers d’un fatum. Finissons en mentionnant Rondo. Rondo, c’est un des chevaux les plus rapides du Texas. Dans cette hommage prescient de Raoul Walsh à Bruce Springsteen, Rondo se substitue à la fameuse « sixty-nine Chevy with a 396 » dans la course que doit gagner le héros pour remporter son argent.

Publicités

6 commentaires sur “Victime du destin (The lawless breed, Raoul Walsh, 1952)

  1. Les rapports, l’influence du cinéma dans l’ouvre de Springsteen est un sujet absolument passionnant. Je pensais que son film préféré était « Grapes of wrath » de Ford, parce qu’il en parlait déjà bien avant son album « The gost of Tom Joad ». Je l’aurais moins vu sous l’influence de Walsh, mais pourquoi pas ? J’ai encore un article inachevé qui explore les connexions, que je crois nombreuses, entre Springsteen et Ford. Régulièrement je me dis qu’il faudrait que je l’achève. Sinon je vous envie cette belle formule : « génie de la narration fondamentalement américain » à laquelle je souscris sans réserve.

  2. salut Vincent,
    La griffe du passé n’est peut-être pas LE film préféré de Springsteen mais il l’aime c’est sûr, je me souviens qu’il l’a cité en interview.
    sinon, au moins autant que de Ford, je trouve sa sensibilité proche de Nicholas Ray. il faut dire que Nicholas Ray est le plus rock&roll des cinéastes de l’âge d’or…quoiqu’il en soit j’ai hâte de vous lire sur le sujet.

  3. Je n’ai quasiment aucun souvenir de ce western avec Rock Hudson, alors que je l’ai vu il n’y a pas si longtemps. Il m’avait plutôt barbé je crois.
    J’imagine que l’on aurait pu faire une note dans le même genre en remplaçant Springsteen par Dylan, lui qui a intitulé l’un de ses meilleurs disques « John Wesley Harding »…

  4. Dylan, il lui manque ce côté live to ride/ ride to live qu’on retrouve chez Springsteen et Walsh.

  5. Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de lire le texte de Springsteen lors du concert de soutien à Obama (sur son site ou publié par Libération en page rebonds), mais quand il dit : « J’ai passé la plus grande part de ma vie de créateur à mesurer la distance entre cette promesse et la réalité américaine. […]. La distance entre cette promesse et cette réalité n’a jamais été aussi grande ni aussi douloureuse. » je lui ai trouvé des accents très fordiens.

  6. je l’ai vu en vidéo sur un site américain, plus pour le mini-concert acoustique qui l’accompagnait que pour le discours. et en fait, j’ai été impressionné par le discours. Je ne m’attendais à quelque chose d’aussi profond et d’aussi brillant.
    et je suis d’accord avec vous. Le fait qu’il s’axe autour de la distance entre les promesses d’une Amérique rêvée par les pères fondateurs et une réalité sociale misérable en faisait quelque chose d’éminemment fordien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s