La mascotte du régiment (Wee Willie Winkie, John Ford, 1937)

Un film pour le moins atypique que cette adaptation de Rudyard Kipling par John Ford alors militant de l’IRA et donc, on l’imagine, peu enclin à chanter les louanges de l’Armée de Sa Très Gracieuse Majesté. De plus, il s’agit d’un film avec Shirley Temple, donc le film est d’abord destiné au jeune public. La mascotte du régiment n’aurait pu être qu’une curiosité infantile et vieillotte si Ford n’avait trouvé matière à injecter ses préoccupations dans ce projet très calibré.
C’est que finalement une garnison anglaise aux Indes ressemble beaucoup à un régiment de la cavalerie de l’Union à la Frontière. On retrouve dans La mascotte du régiment une veuve dont la dignité impose le respect, un vieux colonel intransigeant, un sergent tapageur (Mac Laglen est là !), un redoutable chef de guerre indigène, des scènes de bal avec de jeunes couples…De plus, Ford se focalise sur un régiment écossais. L’occasion pour lui de jouer sur le pittoresque et de présenter l’Armée comme lieu de reconnaissance nationale. Une bonne part du matériau fictionnel est donc éminemment fordienne.
A côté de ça, il y a le cahier des charges « Shirley Temple ». Certaines péripéties, dont le dénouement, consterneront tout spectateur âgé de plus de dix ans. Cependant la jeune star est une remarquable comédienne qui, loin de gâcher le potentiel dramatique du film, réhausse la valeur de certaines séquences par son jeu étonnant de naturel. Je pense ici notamment au passage le plus émouvant du film, une des plus belles morts qu’ait mises en scène John Ford. Shirley Temple s’est d’ailleurs, contre toute attente, très bien entendu avec lui et elle est revenue dix ans plus tard, dans Fort-Apache. Un chef d’oeuvre pas si différent de La mascotte du régiment.

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Un commentaire sur “La mascotte du régiment (Wee Willie Winkie, John Ford, 1937)

  1. Si l’on a besoin d’avoir moins de dix ans pour apprécier la fin de la Mascotte, quel âge faut-il avoir pour aimer tous les films entiers du même réalisateur? Personne n’est dupe! Les types comme Tom Doniphon, Ethan Edwards, le révérend Gruffyddet et Koda khan, ça n’existe pas dans la réalité ! Pas besoin d’avoir dix ans pour le comprendre. Voilà pourquoi on adore John Ford, parce qu’il a créé le monde où on aurait voulu vivre…

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