La vallée de la peur (Pursued, Raoul Walsh, 1948)

Le destin tragique d’un homme hanté par son passé.
Lecteur, je vous vois venir: avec une phrase aussi vague et passe-partout, vous vous dites que je ne me foule pas trop. Sachez justement qu’il est difficile de résumer Pursued de façon plus précise sans rentrer dans les détails d’une histoire parmi les plus abracadabrantesques jamais filmées. Une histoire qui met en scène des passions d’une force extraordinaire. Comme dans Duel au soleil (qui était adapté d’un roman écrit par Niven Busch, le scénariste de Pursued) , comme dans les grandes tragédies classiques, il n’y a pas ici d’espace entre l’amour inconditionnel et la haine farouche. Pour se réaliser, le couple central devra affronter le méchant mais aussi et surtout surmonter un passé déchirant qui fait d’eux des ennemis mortels. Apprendre à pardonner, faire face à ses tourments les plus secrets. Cela est raconté sous la forme d’une profusion romanesque qui jamais ne perd le spectateur. Les esprits chagrins n’auront même pas le temps de tiquer sur la lourdeur des symboles psychanalytiques, emportés qu’ils seront par le rythme galopant de la narration.
Rythme dont la vélocité n’a d’égal que la force lyrique de la réalisation. La musique orageuse de Steiner, les images sombres de James Wong Howe donnant des allures de film noir au western, l’utilisation oppressive du majestueux décor de Monument Valley et les éléments perpétuellement déchaînés de la mise en scène (ha, cette façon unique qu’a Walsh de filmer les chevaux lancés au triple-galop) font de Pursued une œuvre terrassante d’intensité dramatique. Plusieurs séquences se hissent à la hauteur de la célèbre fin de Colorado territory en terme de puissance romantique. Alliage monstrueux de trépidation romanesque et de grandeur tragique, Pursued est un film majeur de Raoul Walsh, un film dans lequel l’expression des sentiments de haine et d’amour touche à un paroxysme rarement atteint au cinéma.

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10 commentaires sur “La vallée de la peur (Pursued, Raoul Walsh, 1948)

  1. C’est marrant, parce que cette phrase et l’acteur, Mitchum, me font immédiatement penser à ce chef d’oeuvre du film noir : Out of the Past, de Jacques Tourneur…

  2. Salut !

    Fichtre ! Comment et où as tu vu cette pépite qui me fait baver depuis des années ?
    Si ca traine sur une VHS, ca serait cool que tu penses à moi…

  3. Anthony, j’ai vu ce film à partir d’un divx repiqué à partir du DVD zone 1. j’ai craqué…mais l’image et le son sont de qualité tout à fait acceptable.

    Julien, Pursued ressemble en effet par certains points à Out of the past. Proximité de genre, de type de héros…Mais le ton du film de Walsh est beaucoup plus lyrique.

  4. Ok, merci.
    Je connais l’existence de ce dvd mais l’absence de sous-titres me bloquent un peu…
    Le niveau d’anglais est dur ?

    Ps ; j’ai reçu mon coffret Val Lewton 😉

  5. pour ma part, je n’ai pas été gêné. le film n’est pas très très bavard.

    quant au coffret, j’imagine que c’est une bonne affaire, plusieurs pépites t’attendent !
    outre les fameux Tourneur, jette toi sur La septième victime

  6. je viens de le revoir dans une superbe copie HD et il s’agit effectivement d’un pur chef-d’œuvre, probablement le meilleur Walsh avec Gentleman Jim. C’est incroyable de voir à quel point quelques uns comme Walsh et Tourneur (Le Passage du Canyon) avaient complètement transcendé le genre en cette fin des années 40.

  7. tout à fait, cette évolution du genre est bien retracée dans le dico de Lourcelles (Ford aussi, avec My darling Clementine).

    Personnellement, mon Walsh préféré, c’est They died with their boots on (mais c’est certes un film moins furieux et plus « ligne claire »)

  8. ah oui, My Darling Clementine est une petite révolution à lui seul ! Sauf erreur Lourcelles cite aussi La Rivière d’Argent dans cette mouvance, mais je le trouve un cran en-deçà. J’aime beaucoup They died with their boots on, c’est le premier Walsh que j’ai vu (et pas revisionné depuis). Je me rappelle d’une frénésie, d’un sens du rythme et de l’ellipse tout à fait exceptionnels ainsi que de l’alchimie miraculeuse du couple Flynn/De Havilland.

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