La marchande d’amour (La provinciale, Mario Soldati, 1952)

Une histoire banale (simili-Madame Bovary agrémenté d’un soupçon d’inceste) racontée de façon compliquée (flashbacks avec différents narrateurs). Cette construction alambiquée n’a pas grand intérêt, c’est de la poudre aux yeux. Les types, les situations ne s’éloignent jamais des conventions. La morale puritano-bourgeoise est sauve grâce à un personnage de méchante entremetteuse qui porte le poids de tous les péchés. La mise en scène est soignée mais dévitalisée. Il n’y a guère d’émotion: la dramaturgie repose sur des ressorts canoniques du mélodrame mais la forme est compassée, dénuée de tout lyrisme. Enfin, il n’y pas une once d’érotisme alors que tout ça tourne tout de même autour des infidélités de Gina Lollobrigida !

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What price glory (John Ford, 1952)

Les tribulations de deux officiers américains coureurs et bagarreurs pendant la Première guerre mondiale.
C’est le remake d’un film de Walsh qui avait obtenu un énorme succès en 1926. What price glory a une réputation calamiteuse chez les exégètes de John Ford. De fait, l’oeuvre est d’abord une farce tapageuse qui permet au cinéaste de se laisser aller à ses penchants les plus vulgaires. Imaginer les séquences « MacLaglen au saloon » dans la trilogie de la cavalerie étalées sur deux heures vous procurera une idée assez juste de ce qui vous attend avec What price glory si vous ne l’avez pas vu. Les acteurs en font des tonnes, la théâtralité est assumée. Moralement, le film est l’un des plus misogynes de son auteur. Ce qui en soit n’est pas très grave pour peu que ce soit mis en scène avec une certaine élégance. Or difficile de trouver trace d’une quelconque élégance dans la séquence où les deux soldats jouent la fille de l’aubergiste au poker. La femme n’a rien à dire, Ford ne semble pas prendre le moindre recul par rapport à l’immaturité de ses personnages. Une immaturité que ce vice-amiral qui idéalisait la camaraderie militaire pour mieux fuir ses responsabilités familiales partageait à bien des égards.
Pourtant et pour peu que l’on accepte ce style de comique troupier, on se rend compte que la pièce est plutôt bien écrite et on est touché par ces personnages baroudeurs et fêtards qui rêvent de foyer mais qui en réalité sont incapables de se fixer. Des personnages éminemment fordiens donc. Par ailleurs, Ford et le chef opérateur Joseph MacDonald s’en donnent à coeur joie avec les possibilités du Technicolor lors des séquences de bataille. Des lumières artificielles, des nuages rouges et d’autres parti-pris plastiques audacieux font de What price glory un des films en couleur les plus stylisés de Ford.
Bref, loin d’être le pire film de son auteur, What price glory pourra s’avérer intéressant aux yeux des amateurs purs et durs de Ford.

L’histoire de la femme (Mikio Naruse, 1963)

Les récits mis en scène par Naruse sont souvent soumis à une relative unité de lieu et de temps. Ce n’est pas le cas dans ce très beau mélodrame romanesque qui porte bien son nom et dans lequel les flashbacks retracent la vie d’une femme japonaise. Une vie marquée par la seconde guerre mondiale, une vie faite d’abnégation et de sacrifices pour son fils ou son mari. Le film est dur mais il n’y a pas de complaisance masochiste dans l’étalage des souffrances de cette héroïne grâce à une mise en scène d’une élégance de chaque instant et à une fin lumineuse où l’espoir s’incarne dans un nouveau-né. Les actrices sont évidemment magnifiques, toujours dignes dans la tristesse. A travers les générations, les femmes supportent et endurent mais les temps changent, et avec le changement naît l’espoir…espoir final incarné dans…un homme. Superbe.

L’incroyable homme invisible (Edgar G.Ulmer, 1959)

Un homme aux ambitions démoniaques fait sortir un voleur de prisons pour combiner ses talents avec ceux d’un scientifique qui fait des recherches sur l’invisibilité…
Le récit, brassant fantastique, polar et péril atomique apparaît cousu de fil blanc mais il y a de belles choses, comme ce scientifique qui a été exploité par les nazis et qui l’est maintenant par le méchant. Il est marqué par la fatalité. Comme souvent chez Ulmer, les héros sont des personnes en marge de la société. Des désaxés à l’image du film lui-même, une série B de derrière les fagots produite avec un budget ridicule. La modicité des moyens n’empêche pas le film d’être honorable, la mélancolie juive présente en filigrane le sauvant de l’anonymat total.

Détective (Jean-Luc Godard, 1985)

Saboter son intrigue, briser la continuité des séquences, user des écrans noir, désynchroniser le son…ça pouvait passer pour de l’inventivité dans les films pop des années 60, des films qui en dépit de ces artifices de petit malin, respiraient l’envie et l’amour du cinéma. Vingt ans après, ce ne sont que les tics auto-complaisants d’un génie fâné, plus intéressant lors de ses apparitions médiatiques que lorsqu’il réalise des films.

Le récupérateur de cadavres (The body snatcher, Robert Wise, 1945)

Un scientifique se rend compte que l’homme qu’il paye pour lui fournir des cadavres fait du zèle…Cette adaptation de Robert Louis Stevenson bénéficie de la présence de deux icônes du genre, Boris Karloff et Bela Lugosi, et d’une direction artistique particulièrement soignée qui restranscrit bien l’ambiance gothique propre à ce genre d’histoire. Le film est cependant mou du genou, assez bavard, même si quelques belles ellipses de la mise en scène portent la marque de Val Lewton, le génial producteur. La fin est bêtement moralisatrice. A réserver aux inconditionnels (du genre, du producteur, de Stevenson…).