La chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome, Budd Boetticher, 1959)

On pourrait noircir des pages en parlant d’un film aussi riche que La chevauchée de la vengeance. Mais ce serait ternir l’éclat d’un style dont la beauté vient d’un singulier sens de l’épure, d’une absence évidente de vouloir-dire; la profusion thématique naît ici d’un récit à la rigueur exemplaire. Depuis Bazin, on a beaucoup loué la concision narrative des films de Boetticher scénarisés par Burt Kennedy. On la louera encore longtemps. Notons simplement la secrète mélancolie de Brigade, le personnage joué par le monolithe Randolph Scott. Si le héros est comparable à James Stewart dans un western d’Anthony Mann (disons L’appât), cela ne se finit pas d’une façon aussi lumineuse. Le héros ne repart pas avec la fille et on n’est pas sûr lorsque le film s’achève qu’il surmontera le traumatisme qui a motivé son geste.

Génie de la mise en scène qui allie précision, rapidité et puissance d’évocation. Citons une séquence, une seule: celle où Karen Steele apprend la mort de son mari. Et concluons de suite avec la sentence définitive du jour: aimer le cinéma c’est aimer le western (axiome 1), aimer le western c’est aimer la poignée de chefs d’oeuvre qu’a tourné Budd Boetticher avec Randolph Scott (axiome 2), aimer le cinéma c’est aimer la poignée de chefs d’oeuvre qu’a tourné Budd Boetticher avec Randolph Scott (théorème déduit des susdits axiomes).

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5 commentaires sur “La chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome, Budd Boetticher, 1959)

  1. Un des cinq ou six plus beaux westerns avec, disons, Rio Bravo, Le Bon, la Brute et le Truand, Coups de Feu dans la Sierra, La Chevauchée Fantastique, Il était une fois dans l’Ouest et Les Affameurs. Une épure de western, un rêve de western comme j’aime à dire.
    Je ne sais pas si vous avez vu le soit-disant film-testament de Boetticher, A Time for Dying (Qui Tire le Premier en VF), mais c’est une véritable calamité. On ne reconnaît pas un seul instant la patte de l’auteur de Sept Hommes à Abattre et Comanche Station dans cette morne gaudriole à la facture télévisuelle et aux non-acteurs indisposants. Seuls quelques aimables caméos (dont un d’Audie Murphy, sa dernière apparition au cinéma semble-t-il) et un final étonnamment pessimiste viennent insuffler un peu de vigueur à un ensemble désespérément lymphatique.

  2. je n’ai pas vu A Time for Dying mais j’aimerais beaucoup le voir. Le Positif spécial Boetticher évoqué dans ma note sur Decision at sundown faisait envie.
    Après, vous n’êtes pas le premier à me rapporter ce genre d’échos.
    J’attends (impatiemment) de juger sur pièce.

  3. Je n’ai pas eu l’occasion de lire ce numéro spécial Boetticher paru dans Positif mais n’oublions pas qu’à cette époque, on pouvait entendre de la bouche de la critique hexagonale « ce n’est pas de la crotte de bique mais de la bouse de mammouth » à propos du Parrain (entretien Bory – Charensol). À prendre avec des pincettes donc.
    Si je pouvais comparer A Time for Dying avec un autre western de la même époque, ce serait Cent Dollars pour un Shérif dont vous avez fort bien résumé la ringardise en ces lieux: « un film de vieux, un film de papy, un film largement dépassé dès l’époque de sa sortie. En témoignent son rythme mollasson et ses péripéties superfétatoires. En 1954, la même histoire aurait été filmée avec une bonne demi-heure de moins. »
    À l’exception que A Time for Dying dépasse difficilement les 70 minutes (mais paraît en durer le quintuple) et ne bénéficie même pas des – relatives – qualités formelles qu’on peut trouver dans le Hathaway.

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