L’odyssée du Dr Wassell (Cecil B. DeMille, 1944)

L’exploit du docteur Wassell qui, abandonné par ses supérieurs, évacua une dizaines de blessés impotents de l’île de Java au moment où celle-ci allait être envahie par les Japonais.

Plus qu’une exaltation de l’héroïsme, ce film de propagande tourné peu de temps après les faits est une profession de foi en Dieu et en la nation américaine, la seconde étant évidemment choisie par le premier. En effet, c’est plus par sa volonté de croire que par ses actes que Wassell sauve ses blessés. Au moment le plus critique, on le voit, désabusé, s’adresser à une statue de Bouddha. L’instant d’après, un régiment britannique arrive et Wassell remercie Bouddha d’un très vulgaire   » Compliments of the United States navy ». DeMille ne prêche donc pas ouvertement pour sa paroisse mais il montre la nécessité de la croyance au sein du pire des chaos. Puis il désacralise le moment au profit du clin d’oeil au public.

Emblématique de son auteur dans son alliage inextricable de sincérité prosélyte et de roublardise spectaculaire, la mise en scène limite la portée de l’oeuvre. En effet, si le style naïf de DeMille est en parfaite adéquation avec la représentation des temps mythiques -ceux de la Bible ou de la naissance des Etats-Unis-, il convient moins à l’actualité guerrière, fût-t-elle revêtue d’un vernis propagandiste. Comparons ce film aux Sacrifiés, chef d’oeuvre contemporain de John Ford traitant lui aussi des laissés-pour-compte de la US navy en situation de retraite. La guerre filmée par Ford (ou Walsh ou Hawks) permet d’exprimer les passions qui ressortent lorsque l’homme est plongé dans une situation extraordinaire,  elle fait réfléchir sur la nécessité des ordres, elle fait ressentir de façon viscérale la dureté des combats. Filmée par DeMille, elle est surtout prétexte à une débauche de moyens spectaculaires avec des personnages stéréotypés et complètement déterminés par l’imagerie propagandiste. Loin de moi l’idée de bouder mon plaisir devant un spectacle aussi généreux (ça pète de partout !) et surtout une histoire aussi bien racontée  -DeMille est peut-être le plus grand conteur du cinéma américain, il faut voir ici la virtuosité avec laquelle il jongle avec une multitude de personnages secondaires pourtant grossièrement dessinés- mais force est de constater que L’odyssée du Docteur Wassell est un film profondément enfantin, l’archaïsme de sa mise en scène ne laissant pas de place à la nuance et à la complexité.

Heureusement, Gary Cooper insuffle un peu de chair et d’émotion à cette superproduction. Gary Cooper, immense acteur qui trouve peut-être avec ce personnage exemplaire mais secrètement mélancolique son plus beau rôle. Ce qui n’est tout de même pas pas rien.

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