Ce bon vieux Sam (Leo McCarey, 1948)

Sam est le bon samaritain de sa communauté. Il prête sa voiture à ses voisins, il arrête le bus pour que celui-ci attende les personnes âgées, il prête de l’argent aux jeunes couples qui en ont besoin…Un jour, la générosité et le désintéressement de Sam en viennent à nuire à la quiétude de son foyer.

Ce bon vieux Sam est un film où s’affirme pleinement le génie de Leo McCarey, génie qui affirme une vision aussi bien morale qu’esthétique. Le style de McCarey, c’est d’abord un sens particulier de la durée de la séquence. A l’opposé d’une écriture hollywoodienne qui miserait d’abord sur la concision narrative, McCarey étire les séquences afin de pousser leur logique interne à leur paroxysme. Cela permet à ce grand cinéaste, outre d’exploiter à fond sa mécanique comique, de faire exister ses personnages indépendamment du récit, de donner une impression de vie unique. De toute évidence, Ce bon vieux Sam est un apologue chrétien, un grand film sur l’apostolat, une profession de foi en la bonté humaine. Mais les développements altèrent, nuancent et finalement enrichissent ce propos.

Le fonctionnement du film repose sur le principe de frustration. Les actes de Sam deviennent des entraves au bonheur conjugal et génèrent les gags et la dramaturgie. Clairement, le sexe est, autant que l’altruisme, au centre de l’œuvre. Ainsi, une des séquences les plus emblématiques du film est celle où Sam, sur le point de faire l’amour à son épouse, est retardé par une multitude d’évènements qui s’enchaînent avec une précision diabolique. En étirant la séquence à la limite du supportable, le metteur en scène nous  fait éprouver une frustration analogue à celle des personnages à l’écran. Le désintéressement de Sam, montré comme frôlant la névrose, met donc en péril l’existence de son foyer. Ce bon vieux Sam s’avère alors la quête d’une harmonie entre les exigences de la famille et les élans d’un coeur noble. Harmonie chrétienne s’il en est.
Gary Cooper dans le rôle-titre renouvelle le miracle effectué dans L’homme de la rue, à savoir incarner avec une aisance stupéfiante un personnage à haute dimension symbolique.

Parabole chrétienne d’une complexité infinie qui finit par dispenser un sentiment de béatitude typique d’une certaine famille de chefs d’oeuvre hollywodiens (La vie est belle, La route semée d’étoiles…), Ce bon vieux Sam est un des plus singuliers fleurons de la comédie américaine.

4 commentaires sur “Ce bon vieux Sam (Leo McCarey, 1948)

  1. Séquences dans la version de 134 minutes dont je me souvenais pas dans la version de 114 minutes:

    -Sam retrouve son beau-frère chez le juge. Séquence que McCarey a bien fait de couper parce que l’on y apprend que la blessure du frère n’a pas été faite sur le champ de bataille mais dans une salle de billard…On perd donc en nuance quant au personnage du beau-frère parasite.

    -Projection d’un film familial tourné par le beau-frère où toute la famille, y compris la domestique noire, joue au football américain. Tendre et amusant mais inutile à l’intrigue.

    -Quand l’épouse donne sa robe de mariée à sa future belle-soeur, flashback sur sa rencontre avec Sam, elle dans la chorale, lui servant le repas de Noël aux déshérités. Ce fut le coup de foudre. Belle séquence où les chants annoncent l’esprit de Noël de la fin, et qui explique pourquoi son épouse reste, malgré tout, avec un tel bonhomme.

    -Séquence dans le magasin juste avant l’agression où l’on retrouve la petite vieille du début qui donne des sous pour la collecte et annonce à Sam que se balader avec autant d’argent est dangereux. Un travelling sur des clients louches à la fin du plan annonce l’agression. Dommage d’avoir coupé cette séquence qui permet à la fois de retrouver un sympathique second rôle et d’adoucir, sans alourdir, une ellipse excessivement abrupte dans la version finale.

    -Dans le montage parallèle entre Sam au bar et sa petite famille qui l’attend dans l’inquiétude, une plan où la gamine se met à pleurer évoquant le père d’une camarade écrasée par un camion, « est-ce que papa a aussi été écrasé par un camion? ». Le mélange très malaisant de rire et de réelle émotion naissant de la différence entre ce que savent les spectateurs et ce que savent les personnages est très emblématique du génie de McCarey.

    -Peut-être un plan en plus dans le retour de Sam avec l’Armée du Salut en chantant

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.