Les caprices de Marie (Phillippe de Broca, 1969)

Note dédiée à Arnaud

A Anchevine, petit village français tranquille, la très jolie Marie, choyée par l’ensemble de la communauté, rêve d’évasion. Lorsqu’un milliardaire américain de passage dans la région décide de l’épouser…

Le film est difficilement résumable en deux lignes tant ses enjeux dramatiques sont nombreux. C’est d’ailleurs une de ses limites que de n’en privilégier aucun, que de bifurquer en cours de route sans avoir exploité correctement les pistes esquissées auparavant. La superficialité narrative qui caractérise souvent les films de Philippe de Broca est ici un vrai défaut dans la mesure où elle n’est palliée ni par une intrigue parfaitement huilée (comme dans Le diable par la queue) ni par une mise en scène en état de grâce (comme dans Le roi de coeur et Le diable par la queue). Les personnages se réduisent à des figures, affreusement caricaturales (l’Américain qui court dans tous les sens) ou franchement  sympathiques  (Marielle en maire socialo grande gueule!), mais dont l’épaisseur dépasse rarement celle d’une feuille de papier à cigarettes. D’une façon analogue, plusieurs bonnes idées de gags sont gâchées à cause de la grossièreté du trait comique.  

Pourtant, de Broca permet parfois à un personnage d’aller au-delà de son stéréotype, le temps d’une scène. C’est par exemple Marielle qui, dans la cave à vins, demande à sa fille de bien réfléchir avant d’accepter de se marier tout en rendant hommage à son épouse qui le supporte depuis vingt ans. Les trois personnages principaux sont confrontés à un conflit entre leurs rêves et la réalité. Que ce soit l’instituteur joué par Philippe Noiret incapable d’aborder l’objet de son désir, Marie qui rêve de gloire dans de minables élections de miss ou même l’Américain qui en tombant amoureux laisse tomber son empire, tous auront à surmonter une mélancolie qui les éloigne du monde.  Les caprices de Marie est raté dans la mesure où ce beau sujet n’est pas traité sous une forme évidente et synthétique. Cela n’empêche pas la touche de de Broca et Daniel Boulanger de fonctionner par intermittences, d’esquisser des beautés éparses, telle une charmante célébration de la paresse à la française (pétanque, anisette et parties de pêche qui font oublier ses affaires à l’homme d’affaires américain). Le magicien Delerue, soutenu ici par la grande Cora Vaucaire, aide beaucoup encore une fois.

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