La malédiction des hommes-chats (Robert Wise, 1944)

Ce film est la suite de La féline. Le mari d’Irena s’est remarié, a eu une petite fille et semble déterminé à oublier son passé. Mais il s’inquiète de sa fille qui s’invente des amis imaginaires…

Le scénario est moyen, on peut s’interroger sur la nécessité dramatique du personnage de Simone Simon, mais la mise en scène merveilleuse (au sens, disons, Spielberg du terme) rend le film très agréable à regarder. La lumière sur la jardin enneigé est enchanteresse. La malédiction des hommes-chats est beaucoup moins ténébreux, moins pessimiste que La féline mais on retrouve la patte du producteur Val Lewton même si cette suite est moins aboutie stylistiquement (en terme de concision notamment).

Ce n’est pas un péché (Belle of the nineties, Leo McCarey, 1934)


Une chanteuse quitte Saint-Louis à la suite d’une déception sentimentale pour aller chanter à la Nouvelle-Orléans. C’est un film de Mae West avant d’être un film de Leo McCarey qui se comporte ici en simple exécutant. En tant que tel, c’est vulgaire et ringard. Le physique disgracieux de Mae West empêche de croire une seule seconde à son personnage de tombeuse. Il n’y a même pas la verdeur de propos, unique intérêt d’un film comme Klondike Annie. A noter l’apparition de Duke Ellington et son orchestre. C’est nul quand même.

L’ange exterminateur (Luis Buñuel, 1962)

A cause d’une force divine, des bourgeois réunis pour un dîner ne peuvent plus sortir de la salle à manger.

Un des pires films de Buñuel. L’ange exterminateur est d’abord plombé par l’artifice outrancier de son concept. Les personnages ne sont que des pantins déterminés par le dramaturge qui, ayant une « critique sociale » à asséner au spectateur, ne se soucie guère de vraisemblance ou d’empathie et  ne cesse de rappeler sa présence derrière les (grosses) ficelles. Entre symbolisme biblique dont aurait honte un Leo McCarey -cinéaste catholique non refoulé, lui-, et contrastes surappuyés de Figueroa, affreux chef op s’il en est (Dieu est mort, La red et autres navets bêtement formalistes), la mise en scène est aussi lourde que le scénario.

Le drame, c’est que dans un contexte aussi verrouillé, même les envolées surréalistes paraissent convenues. Il est bien signifié que tout est à la merci du créateur tout puissant qu’est le cinéaste donc tout peut arriver donc rien ne surprend. C’est anti-cinématographique au possible. L’ange exterminateur n’est donc qu’une complaisante et attendue description de bourgeois qui redeviennent des animaux dans une situation de crise arbitrairement créée par un metteur en scène démiurge pourtant loué pour son athéisme (songeons au culte que lui vouait le Positif gauchiste des débuts). Autant réécouter Jacques Brel chanter Les bourgeois c’est comme les cochons, ça n’en dit guère moins que L’ange exterminateur et ça dure environ trente fois moins longtemps. 

Contrechamp ici

Le roi du tabac (Bright leaf, Michael Curtiz, 1950)

A la fin du XIXème siècle, un homme revient dans sa ville natale pour toucher un héritage. Il est bien décidé à régler de vieux comptes avec le magnat  qui domine la province.

Inspiré de la rivalité de deux géants de l’industrie du tabac du XIXème siècle, Le roi du tabac est un beau film romanesque brillamment raconté par Michael Curtiz. Le récit est riche, complexe mais focalisé sur un très beau héros qui se durcit à mesure qu’il monte l’échelle sociale par amour. Héros idéalement incarné par le sec Gary Cooper. La mise en scène est tout entière au service de ce récit.  Cela ne signifie pas que Curtiz se contente d’illustrer le scénario, à la façon par exemple de David Lean adaptant Dickens, mais que l’impulsion, le mouvement perpétuel qui caractérise son style est complètement orienté dans le sens de la narration. Aidé par d’excellents seconds rôles ( Lauren Bacall, Patricia Neal, Donald Crisp) et par un grand chef opérateur (beau N&B de Karl Freund), il fait exister le patelin sudiste où se déroule l’action, il insuffle de la vitalité aux personnages, il va à l’essentiel des choses et des situations. Bref, il excelle dans son travail de metteur en scène.

Le cimetière de la morale (Kinji Fukasaku, 1975)

Un électron libre fout le bordel chez les yakuzas. Cela n’est pas très intéressant car le personnage se limite à un être pulsionnel (auto)destructeur. Il n’y a que la fin qui lui donne une épaisseur inattendue. C’est un peu tard et ça ne donne rétrospectivement  pas plus d’intérêt aux séquences de tueries qui ont précédé. Ajoutons que le réalisateur n’a aucun sens de l’espace. Formellement, c’est de toute façon très fouillis avec notamment des passages injustifiés du NB à la couleur.  Bref, c’est pas loin d’être complètement nul.

The small black room (Michael Powell et Emeric Pressburger, 1949)

Pendant la seconde guerre mondiale, un scientifique unijambiste qui a des problèmes de couple retrouvera son estime de soi en désamorçant une bombe allemande d’un type nouveau.
Tourné après la guerre, ce film très peu connu du duo Powell/Presburger n’a pas les qualités de leurs grandes oeuvres. Le récit est pesant et, à l’exception d’une poignée de beaux moments, la mise en scène est terne et compassée. Ce malgré la présence en vedette de deux des acteurs du Narcisse noir, Kathleen Byron et David Farrar.