Dans la peau d’une blonde (Switch, Blake Edwards, 1991)

Un publicitaire machiste est assassiné par trois de ses conquêtes. Dieu le renvoie sur Terre réincarné en femme et lui demande de trouver une femme qui l’aime s’il veut sa place au Paradis.

Ce qui à ce jour reste l’avant-dernier film de Blake Edwards est une comédie très drôle qui exploite avec brio une idée de départ riche de potentiels. Les gags ne brillent pas tous par leur finesse, l’inévitable prise de conscience morale du personnage principal, prise de conscience auréolée ici de sentimentalisme et de religion, n’est pas amenée avec une grande subtilité mais c’est réalisé avec ce qu’il faut d’efficacité aussi bien que de sincérité. Du bon cinéma américain en somme.

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Ambre (Forever Amber, Otto Preminger, 1946)

Dans le Londres du XVIIème siècle, le destin d’Ambre St Clare, courtisane soumise à ses ambitions sociales et à son amour sincère pour un noble déchu par le Roi.

Ambre est une magnifique superproduction de la Fox qui nous donne à voir une femme tellement dévouée à l’homme qu’elle aime qu’elle apparaît immorale et légère vu qu’elle n’attache aucune importance aux convenances sociales. Le style distancié d’Otto Preminger au service d’un matériau essentiellement mélodramatique crée un portrait féminin  parmi les plus beaux de l’histoire du cinéma. On ne pleure pas sur chaque turpitude infligée à Ambre mais on admire son abnégation romantique. L’élégance du cinéaste n’exclut pas une fougue romanesque amplifiée par la somptueuse musique de David Raksin, tantôt dramatisante tantôt maniériste par rapport à la musique baroque de l’époque représentée.

Elle n’exclut pas non plus une fabuleuse générosité plastique. Le grand chef opérateur Leon Shamroy a concocté un Technicolor parmi les plus beaux des années 40. En effet, la première chose qui frappe lorsqu’on regarde Ambre, ce sont les couleurs flamboyantes, l’utilisation du orange notamment. La chevelure auburn de Linda Darnell, les intérieurs éclairés à la bougie, les incendies spectaculaires contribuent à insuffler de la chaleur à la mise en scène de Preminger. Il faut voir la séquence du début dans laquelle la jeune Ambre transforme sa chemise de nuit en corset sous l’effet de ses lectures nocturnes. C’est à la fois brillamment évocateur quant à la psychologie de l’héroïne et hautement érotique, les formes plantureuses de Linda Darnell cadrée en contre-plongée étant superbement mises en valeur par les éclairages mordorés. C’est du grand art. Linda Darnell est d’ailleurs époustouflante dans tous les sens du terme.

Chef d’oeuvre aussi bien plastique que dramatique, Ambre est un parfait représentant de l’âge d’or du système des studios hollywoodiens.

Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets, Robert Hamer, 1949)

Pour hériter d’un titre de noblesse, un homme assassine différents membres de sa famille.

Un très mauvais film. L’intérêt du récit est complètement annihilé par une vision impertubablement cynique qui réduit le personnage à un pantin. Le film est complètement dénué de sentiments, sentiments qui sortiraient Noblesse oblige de ses rails, de son finalement très conformiste anti-conformisme. De plus, l’absence de gags dignes de ce nom alors que le film est censé être une comédie, la mise en scène désespérément statique achèvent de le rendre insupportablement ennuyeux. Reste la performance d’Alec Guinness interprétant huit personnages différents mais ça n’est justement qu’une performance et la différence entre le cinéma et le sport, c’est qu’au cinéma on se fiche éperdument des performances en tant que telles. Partie intégrante d’un ensemble complètement guindé, l’interprétation de Guinness n’apporte pas le semblant de vie qui fait cruellement défaut à Noblesse oblige donc elle n’a finalement aucune importance.

L’ange noir (Jean-Claude Brisseau, 1994)

L’épouse d’un juge assassine un truand chez elle. Elle prétend qu’il voulait la violer. L’affaire apparaît pliée avant même d’être jugée. Mais l’avocat de l’accusée va découvrir un passé complexe…

L’ange noir est un film extraordinaire qui emprunte autant au mélodrame qu’au thriller pour traiter de l’amour fou. On est sans cesse surpris mais l’oeuvre a sa propre logique même s’il y a quelques trucs invraisemblables pour faire avancer le scénario (ainsi du jeu de pistes au début de l’enquête). Utilisant sans vergogne les codes de différents genres et les références à des cinéastes du  passé (Sylvie Vartan, digne héroïne hitchcockienne), Jean-Claude Brisseau arrive à quelque chose de très singulier grâce à son style. Style qui se manifeste notamment dans l’utilisation de la lumière qui confère un certain onirisme à un récit très terre-à-terre.

En effet, Brisseau est, dans une époque gangrénée par le cynisme et la mécréance, un des derniers raconteurs d’histoire à croire en la possibilité de traiter frontalement de thématiques aussi essentielles que l’amour ou les classes sociales. Ce sans asséner de discours, sans que l’importance du contexte social ne nie celle des sentiments individuels. D’où une profondeur dramatique, d’où un refus de l’insignifiant, d’où une absence de second degré qui rendent L’ange noir à la fois passionnant à regarder et très précieux quand on se rappelle combien ces qualités sont rares dans le cinéma français.

Golden chance (Cecil B. DeMille, 1915)

Une bonne à tout faire mariée à un malfrat est utilisée par ses riches patrons pour appâter un jeune client potentiel lors d’un dîner d’affaires. Les sentiments vont s’en mêler…

Contrairement à ce que laissait annoncer un synopsis riche de possibilités, l’intrigue est très sommaire à cause de caractères désespérément unidimensionnels. Ce alors que Forfaiture sorti la même année était plus ambigu, s’appuyant sur sur le charisme de Sessue Hayakawa. La mise en scène est recherchée, reprenant la stylisation des éclairages expérimentée dans le film précédent. A noter une fin ouverte qui tranche avec la grossièreté moralisatrice du reste de l’histoire.

Big boy (Francis Ford Coppola, 1966)

Un jeune homme de 18 ans quitte sa province pour New-York. Loin d’une famille étouffante, il va se faire déniaiser. Ou pas.

Comédie avec des personnages et des situations trop caricaturaux pour être intéressante. De plus, la mise en scène est aussi grossière. C’est parfois monté en dépit du bon sens, peut-être à cause de l’influence des nouvelles vagues sur le jeune Coppola. Les amateurs de pop apprécieront les chansons des Loving spoonful qui composent la bande originale. Les autres oublieront très vite cet American pie indé new-yorkais 60’s.