Ambre (Forever Amber, Otto Preminger, 1946)

Dans le Londres du XVIIème siècle, le destin d’Ambre St Clare, courtisane soumise à ses ambitions sociales et à son amour sincère pour un noble déchu par le Roi.

Ambre est une magnifique superproduction de la Fox qui nous donne à voir une femme tellement dévouée à l’homme qu’elle aime qu’elle apparaît immorale et légère vu qu’elle n’attache aucune importance aux convenances sociales. Le style distancié d’Otto Preminger au service d’un matériau essentiellement mélodramatique crée un portrait féminin  parmi les plus beaux de l’histoire du cinéma. On ne pleure pas sur chaque turpitude infligée à Ambre mais on admire son abnégation romantique. L’élégance du cinéaste n’exclut pas une fougue romanesque amplifiée par la somptueuse musique de David Raksin, tantôt dramatisante tantôt maniériste par rapport à la musique baroque de l’époque représentée.

Elle n’exclut pas non plus une fabuleuse générosité plastique. Le grand chef opérateur Leon Shamroy a concocté un Technicolor parmi les plus beaux des années 40. En effet, la première chose qui frappe lorsqu’on regarde Ambre, ce sont les couleurs flamboyantes, l’utilisation du orange notamment. La chevelure auburn de Linda Darnell, les intérieurs éclairés à la bougie, les incendies spectaculaires contribuent à insuffler de la chaleur à la mise en scène de Preminger. Il faut voir la séquence du début dans laquelle la jeune Ambre transforme sa chemise de nuit en corset sous l’effet de ses lectures nocturnes. C’est à la fois brillamment évocateur quant à la psychologie de l’héroïne et hautement érotique, les formes plantureuses de Linda Darnell cadrée en contre-plongée étant superbement mises en valeur par les éclairages mordorés. C’est du grand art. Linda Darnell est d’ailleurs époustouflante dans tous les sens du terme.

Chef d’oeuvre aussi bien plastique que dramatique, Ambre est un parfait représentant de l’âge d’or du système des studios hollywoodiens.

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7 commentaires sur “Ambre (Forever Amber, Otto Preminger, 1946)

  1. La forme est ce dont je me souviens du film que j’avais vu il a bien longtemps sur une VHS anglaise. Les couleurs que tu mentionnes et surtout leurs contrastes, amplifiés par les clairs-obscurs inspirés, j’imagine des peintures comme celles de Wright of Derby. Le fond, je ne m’en souviens presque plus, si ce n’est que l’héroïne souffre, se bat et souffre encore. Darnell est l’incarnation même de l’héroïne romanesque de cinéma, magnifiée à chaque plan par la photo et les costumes. Je me souviens d’un sublime plan final, d’Ambre à une fenêtre si je ne me trompe.

  2. Quand je pense que ce film avait été diffusé un dimanche soir sur TF1, il y a bien longtemps. Je m’en souviens encore parce qu’une grande photographie de Linda Darnell m’avait donné envie de le voir mais que je l’avais manqué. Ça m’est resté et ce texte a réveillé mon envie.

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