La montagne des neuf Spencer (Spencer’s Mountain, Delmer Daves, 1963)

Chronique familiale dans la campagne américaine.

Difficile de ne pas penser à John Ford devant cette superbe pastorale américaine confrontant traditions et idéaux aux contingences d’une réalité qui change. La présence d’Henry Fonda ainsi que de deux des acteurs de Qu’elle était verte ma vallée, Donald Crisp et Maureen O’Hara, appuie évidemment la réminiscence fordienne. Le film se différencie cependant de son illustre prédecesseur en cela que l’auteur se focalise sur le fils du clan. Poursuivant la voie qu’il a explorée avec les quatre mélodrames réalisés juste avant ce film, Delmer Daves traite avec son élégance et sa finesse habituelles des préoccupations de la jeunesse. La façon simple et directe avec laquelle le cinéaste évoque le désir sexuel qui taraude ses jeunes tourtereaux singularise des protagonistes et situations archétypaux.

Cette profonde empathie pour les personnages, on la retrouve à tous les niveaux du film. C’est ce qui permet à Spencer’s mountain de se coltiner les bons sentiments inhérents à ce genre de chronique. Une foi inébranlable dans ce qu’il raconte, un équilibre émotionnel maintenu et une bonne dose d’humour permettent au metteur en scène d’éviter les pièges de la mièvrerie, de la niaiserie et de la démagogie réactionnaire tout en célébrant chaleureusement les valeurs traditionnelles. Ainsi, le plus franc des idéalismes n’empêche ni la lucidité ni le réalisme. Au contraire, Daves montre les choix à faire et les sacrifices éventuels. Lorsque le père met littéralement son rêve en fumée, c’est bien une cruelle acception de la réalité qui nous est montrée. Edifiant sans être lénifiant, Spencer’s mountain est un film à l’image des paysages du Wyoming dans lesquels il se déroule: grand et beau.

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10 commentaires sur “La montagne des neuf Spencer (Spencer’s Mountain, Delmer Daves, 1963)

  1. Ok, I know this must be looking like insistence, but Sometimes a Great Notion… I mean, its got Fonda AND Lee Remick – you know, from Wild River. Almost impossible not to think about the coincidences. It’s not by all means the best Newman, one can even argue that it’s actually his worse (really episodic and rhapsodic in it’s structure to fully work etc.), but it’s filled with great moments and even some terrific ones, particularly the ones with Richard Jaeckel. There’s of course something more borzagesque in Daves, no question about it – Newman can be quite violent and crude before giving space to the grace of a small gesture, but you do have those moments of sheer contemplation of the natural world, even when all the cruelty of nature is in its full course.

  2. This one is on e-mule in a beautiful widescreen copy (1.56 gb); I can send you the ed2k file later on.

  3. Oh: really, really love the Daves, and have seen it only very recently. One of my very favorites of his, in fact.

  4. Le passage avec Jaeckel est sur Youtube. C’est très fort. Du coup je me suis commandé le film. J’aime beaucoup cette série d’articles sur Newman, quand il est mort, je m’étais dit que finalement il avait souvent eu un jeu un peu monotone mais que son travail de réalisateur m’intriguait. Vous êtes convainquant, je me suis donc décidé.

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