L’affrontement (Harry and son, Paul Newman, 1982)

Note dédiée à Bruno

Un ouvrier du bâtiment vieillissant qui ne s’est pas remis du décès de sa femme cohabite tant bien que mal avec un fils qui veut devenir écrivain.

Comme dans Rachel, Rachel et De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, les personnages  sont regardés avec un respect, une justesse et une absence d’ornement qui donnent une bouleversante impression de captation de vérité humaine. Peut-être que le secret de Newman réalisateur, c’est qu’aussi simple que puisse paraître son film, il ne semble jamais subordonné à un quelconque effet, à un quelconque programme, à un quelconque discours, voire même à un quelconque récit. Ce qui a pour effet de décourager l’exégèse voire de leurrer le spectateur inattentif qui aurait vite fait d’assimiler ça au néant cinématographique. Or si Paul Newman est un des plus grands cinéastes américains de la deuxième moitié du XXème siècle, c’est qu’en se focalisant presque exclusivement sur les hommes et les femmes qu’il filme, il arrive à des miracles de mise en scène.

Prenez par exemple le moment où Harry reçoit sa fille et son gendre. Je ne vais pas le raconter en entier parce que d’une part cela vous gâcherait le plaisir d’une éventuelle découverte et d’autre part présenter les multiples enjeux de la séquence serait long et fastidieux. Sachez simplement qu’il y a ici une idée de génie qu’on appellera l’idée du carton. Pourquoi l’idée du carton est-elle une idée de génie ? Eh bien parce qu’elle fait passer en un clin d’oeil le spectateur du rire aux larmes, de la complicité à la pitié envers Harry, bref qu’elle condense et restitue avec une émouvante évidence la complexité du personnage. Des moments comme ça, le film en est truffé. Des moments qui me font dire que L’affrontement est un des plus beaux films jamais tournés sur l’amour filial.

Il faut dire que Newman réalisateur est ici aidé par Newman acteur et que Newman acteur n’a peut-être jamais été aussi bon. Sans la moindre affectation, il exprime toute la fragilité de son personnage secrètement miné par l’aigreur et la mélancolie. Aidé par son fils, il regagne pourtant à la fin du film une dignité qui nous rappelle que Paul Newman, même quand il est complètement débarassé des oripeaux de son mythe, c’est décidément la classe à l’état pur. Enfin, son épouse Joanne Woodward n’a ici qu’un rôle secondaire mais leurs scènes ensemble dégagent une émotion, provoquent une extraordinaire empathie qui suffisent à rendre L’affrontement infiniment précieux.

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2 commentaires sur “L’affrontement (Harry and son, Paul Newman, 1982)

  1. Great piece, Christophe!

    Here’s the eD2K file for Sometimes a Great Notion, btw: ed2k://|file|Sometimes%20a%20Great%20Notion.1971.VTG-CC.avi|1675390976|4DE0CAE18F5A13BA0618D29E2345E376|/

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