Fantôme d’amour (Dino Risi, 1981)

A Milan, Nino, un célèbre avocat paie le ticket de bus d’une femme misérable. Le soir, elle le rappelle et se présente comme étant son grand amour de jeunesse, Anna Brigatti. Nino est troublé. Il cherche à revoir son ancienne maîtresse. Il la retrouve aussi jeune et belle que celle qu’il a connu. Cette Anna lui dit que la femme du bus était une vieille cousine à elle, à moitié-folle. Mais il apprend ensuite qu’Anna est morte quelques années auparavant. Sombre t-il dans la folie ou les fantômes existent-ils ?

Fantôme d’amour un film amer dans lequel le fantôme symbolise l’obsession de Nino.  C’est une oeuvre étouffante dans laquelle la mise en scène ne réussit pas tout à fait à transcender le caractère artificiel du concept.

Le pauvre amour (True heart Susie, David W. Griffith, 1919)

Deux jeunes gens de la campagne secrètement amoureux ne s’avouent pas leurs sentiments. Le garçon part à l’université et se marie à une femme « moderne »…

Avec de tels personnages, on se dit que True heart Susie va être parfaitement niais. Et puis en fait non. La parfaite épure de la mise en scène fait tranquillement passer une vérité éternelle sur l’amour, le mariage, la femme. Le tout saupoudré d’un brin de nostalgie. C’est rigoureusement classique, c’est beau, c’est pur, c’est anti-tarantinien au possible. Et a t-il jamais existé actrice plus gracieuse que mademoiselle Lilian Gish?

Madeleine, zéro de conduite (Vittorio De Sica, 1940)

Dans un collège pour filles, mademoiselle Elisa enseigne l’écriture commerciale. Toutes les lettres des exercices sont adressées à un magnat viennois. Un jour, une élève poste une lettre écrite par sa professeur or mademoiselle Elisa profite de ces lettres pour s’épancher et confier ses rêves de prince charmant…

Madeleine, zéro de conduite fait partie des « téléphones blanc », ces films de collège de filles tournés sous le fascisme. Ces produits de studio se caractérisent par un artifice total et une oblitération complète de la réalité sociale. Les problèmes de coeur des adolescentes et leurs relations avec des adultes incompréhensifs constituent les principaux enjeux dramatiques. La comédie se base ici sur les quiproquos et s’avère assez charmante. Une fois que l’on accepte les conventions, on se rend compte que le film n’est pas si niais et que son sujet est en fait le printemps d’une vieille fille. La mise en scène est banale mais bénéficie du charme de De Sica comédien.

L’adorable voisine (Bell, Book and Candle, Richard Quine, 1958)

A Manhattan, une jolie sorcière séduit son voisin du dessous. Elle doit se méfier car une sorcière qui tombe amoureuse perd ses pouvoirs…

L’adorable voisine est une charmante comédie romantique. Sans plus. Le style est particulièrement élégant -le Technicolor feutré de James Wong Howe vaut le détour à lui tout seul- mais force est de constater que le registre limité de Kim Novak n’est pas adéquat pour une comédie. Son jeu manque de fantaisie, de vivacité. En revanche, les séquences où elle envoute James Stewart sont extraordinaires puisque cette dame est la fascination incarnée. Il faut la voir, lascive, féline, aguicheuse, sur son canapé…Elle est à la fois la limite et le principal atout du film. Du coup, l’analogie entre la sorcellerie et l’amour qui est en gros le propos du film est bien rendue.

Le Christ s’est arrêté à Eboli (Francesco Rosi, 1979)

Dans les années 30, un médecin anti-fasciste est envoyé en exil dans un village perdu de Lucanie. Il devra faire face à une épidémie de malaria…

Adapté du récit autobiographique de Carlo Levi, Le Christ s’est arrêté à Eboli souffre d’un excès de solennité. Rosi n’a pas peur de la pompe et son film est particulièrement pesant. Certes il y a de belles images, certes il y a quelques belles séquences mettant en scène les paysans, séquences à la simplicité savamment étudiée (façon Olmi) mais la complaisance dans la lenteur rend le film définitivement insupportable (façon Olmi). Lourd. La vision moyenâgeuse de la province m’a semblé douteuse mais Carlo Levi connaissait mieux l’Italie du Sud des années 30 que moi donc je ne me permettrai pas de trancher quant à la pertinence d’icecelle.

L’ombre du doute (The defender, Robert Mulligan, 1957)

Deux avocats, un père et un fils, sont chargés de la défense d’un jeune homme accusé de meurtre.

Il s’agit du téléfilm dont le succès a engendré la série The defenders. C’est un banal récit de procès singularisé par la relation entre les deux avocats, un père et son fils, qui permet à Robert Mulligan d’exprimer sa sensibilité. A noter aussi l’absence de triomphalisme à la fin. Le spectateur ne sera même pas certain de l’innocence (ou non) de l’accusé. Steve McQueen à ses débuts est plutôt mauvais, son jeu plein de tics est une caricature de l’Actor’s studio.

Drame de la jalousie (Ettore Scola, 1970)

Un Italien est jugé pour un crime passionnel. Retour sur le passé d’un homme qui a tout abandonné -y compris le Parti communiste- pour les beaux yeux de Monica Vitti.

Une comédie féroce avec un mélange des tons typique du genre dans sa version italienne. Le film est inégal, on sent parfois les procédés, mais Mastroiani est épatant dans  son rôle d’homme plus que moyen entraîné par l’amour.

Tueur à gages (This gun for hire, Frank Tuttle, 1942)


Un tueur à gages se retourne contre ses commanditaires.

La meilleure critique de This gun for hire a été faite par Jean-Pierre Melville qui en a extrait la substantifique moelle pour réaliser son chef d’oeuvre. On retrouve en effet dans ce petit film noir toutes les beautés du Samouraï à un état embryonnaire. La chambre est la même. L’imperméable est le même. L’histoire est la même. Simplement, son déroulement est plus bavard et moins fluide que celui de l’œuvre du Parisien au stetson. L’explicitation verbale des revirements du tueur fait de This gun for hire un classique récit de rédemption. Reste la mélancolie atavique du personnage et les traits félins d’Alan Ladd qui transcendent la banalité de l’intrigue. Alan Ladd a d’ailleurs été véritablement lancé par ce film.

Hope and glory – La guerre à 7 ans (John Boorman, 1987)

Dans le Londres en proie aux bombardements allemands, un enfant grandit.

Ce film autobiographique de John Boorman est une chronique des années d’enfance du cinéaste, années qui correspondent à la Seconde guerre mondiale. Un motif récurrent de l’oeuvre illustre brillamment le paradoxe de cette innocence enfantine confrontée à la plus atroce des réalités: celui des maisons bombardées transformées en terrains de jeu. Aucune illusion sentimentale ou morale mais une incitation de la guerre à jouir de l’instant présent qui vaut aussi pour les adultes. Ainsi du personnage de la soeur aînée. Les rapports avec sa mère sont d’ailleurs traitées d’une façon très juste, sans enjolivement ni dramatisation excessive.

Il y a finalement peu de « gros » évènements dramatiques dans Hope and glory mais ceux-ci donnent lieu à de grands moments. La façon soudaine et violente dont la baie vitrée explose pendant la fuite de la famille vers l’abri montre que le style classique de la mise en scène n’a rien d’aseptisé. Hope and glory est un film nostalgique mais cru. Une bonne façon d’imaginer cet excellent film serait de se figurer une sorte d’Empire du soleil (sorti la même année) dépouillé, épicurien (au sens « profiter de l’ici et maintenant ») et dénué de toute niaiserie (ici, le regard du cinéaste ne se confond pas avec celui de son jeune protagoniste).

Le récidiviste (Straight time, Ulu Grosbard, 1978)

Un détenu libéré sur parole replonge…

Un beau film simple et réaliste. Le contexte social et les flics pourris ont leur importance dans la récidive mais l’oeuvre n’a rien du manifeste gauchiste excusant tout. L’ancien prisonnier est clairement montré comme étant un être avide et pulsionnel. S’inscrivant dans la grande tradition des récits américains, Straight time est un film behavioriste. Pas de discours plaqué, pas de simplification théorique mais une chronique qui vise à représenter de la façon la plus juste possible les actions des personnages. D’anciens braqueurs ont d’ailleurs servi de conseillers techniques. Dustin Hoffman, qui a failli réaliser le film, compose ici l’un de ses plus beaux rôles. La mise en scène est pudique, spécialement lors des moments d’intimité entre le malfrat et sa compagne. A noter finalement que ce film sorti la même année que Darkness on the edge of town est un des plus parfaits équivalents cinématographiques à une chanson de Bruce Springsteen.

Nuages flottants (Mikio Naruse, 1955)

De retour à Tokyo après la guerre, une femme retrouve son amant qu’elle a connu aux colonies. L’homme est marié, c’est le début d’une lente déchéance pour elle, qui a le malheur d’être toujours amoureuse et de vivre seule dans un Japon en crise.

Le ton de Nuages flottants n’est pas doux-amer comme celui de la plupart des autres films de Mikio Naruse que j’ai pu voir. Il faut préciser que ceux-ci étaient généralement plus tardifs. Ce film est tellement désespéré et sa mise en scène est tellement austère qu’il en devient asphyxiant. Reste que Naruse y sonde l’âme féminine comme personne.

Le cri de la victoire (Battle cry, Raoul Walsh, 1955)

Du camp d’entraînement à la bataille de Saipan, le destin d’une poignée de jeunes engagés dans les Marines.

La construction est assez inhabituelle puisqu’avant de montrer la bataille (et quelle bataille!), près de deux heures sont consacrées à la vie en caserne et aux manœuvres d’entraînement, à San Diego puis à Wellington. Les diverses liaisons amoureuses des jeunes recrues occupent une place importante dans l’histoire racontée. Jeunes filles, prostituées, veuves ou épouses de soldat au front composent un large panel féminin, un prisme inhabituel au travers duquel est vue la réalité protéiforme de la guerre. Ainsi, Le cri de la victoire tient autant du film de guerre que du mélo.

Les stéréotypes sont très voyants au départ mais assez rapidement les personnages s’en dégagent grâce à la mise en scène de Raoul Walsh. Finesse de la direction d’acteurs et simplicité du style permettent au cinéaste d’évoquer d’une manière sensible et concise les effusions de camaraderie avant le départ au front, le discret attendrissement d’un officier devant les mensonges d’une bleusaille vantarde, les beuveries de toute sorte, l’esprit d’initiative d’une femme au foyer californienne esseulée…Tout cela donne lieu à une multitude de saynètes truculentes et sentimentales qui font vivre les personnages et qui en montrent plus long sur la jeunesse en guerre que n’importe quel autre film du genre.

Reste que Le cri de la victoire est d’abord l’adaptation d’un roman de Leon Uris faisant la promotion du corps des Marines. D’où sans doute les résidus d’une lourdeur propagandiste qui se manifeste notamment par l’apologie du sacrifice, le battle cry du titre étant le nom du colonel mort après avoir tout fait pour se retrouver en première ligne avec son régiment. Clairement, Walsh ne prend aucun recul par rapport à cette vision des choses un peu débile. Idéologiquement, son adaptation de Norman Mailer, Les nus et les morts, sera moins simpliste. Cela n’empêche pas Le cri de la victoire d’être un très beau film pour toutes les raisons citées plus haut et d’autres encore (il y a un strip-tease de Dorothy Malone).

Paris nous appartient (Jacques Rivette, 1961)

De jeunes parisiens s’interrogent sur une conspiration et montent une pièce de théâtre.

L’intrigue est confuse et sans intérêt, l’absence de moyens criante, la mise en scène inexistante, le film long comme un jour sans pain. En voilà un qui aurait mieux fait de rester critique.

Chantage à Washington (Savage, Steven Spielberg, 1973)

Un journaliste de télé enquête sur des photos compromettantes impliquant un candidat à la Cour suprême.

Ce dernier téléfilm réalisé par Spielberg avant les Amazing stories est un thriller politique tout ce qu’il y a de plus banal. Les exégètes pourront toujours gloser sur les tartes à la crème brassées par l’intrigue: la démocratie, le quatrième pouvoir, les valeurs américaines…ça reste dénué de style et sans surprise.

Marianne de ma jeunesse (Julien Duvivier, 1954)

Dans un pensionnat perdu au milieu d’une forêt allemande, l’histoire d’amour entre un lycéen et une mystérieuse dame habitant un château que l’on dit hanté.

Une fantaisie qui se prend beaucoup trop au sérieux pour être prise au sérieux. Il est difficile de jouer la poésie pure au cinéma, art réaliste par excellence, surtout quand on s’appelle Julien Duvivier, c’est à dire qu’on est un des cinéastes les plus terre-à-terre qui soient. Alors on fait de jolies images en composant avec la brume et les lacs mais c’est bien là le seul intérêt du film: de jolies images. Pas d’évocation, pas d’onirisme, pas de fascination, que des clichés, que des poses guindées. Acteurs et dialogues ridicules d’emphase annihilent rapidement l’intérêt de la fiction. Comparer ce film aux Dernières vacances pour se rendre compte que le cinéma français est meilleur en prose qu’en vers.

Explorers (Joe Dante, 1985)

Trois gamins un peu en marge de leurs camarades d’école construisent un vaisseau spatial.

J’aurais suradoré Explorers si je l’avais découvert à l’âge de 10 ans. Aujourd’hui, les clichés narratifs, le fétichisme de nerd (ha, cette fascination béate pour les ordinateurs) ou encore la dernière partie auto-complaisante et longuette sont autant de réserves que je porte à l’appréciation du film. Celui-ci n’en reste pas moins une réussite grâce à la foi de Joe Dante et son équipe dans ce qu’ils racontent. Foi qui se manifeste notamment à travers un soin artisanal apporté à tous les aspects de la réalisation de l’oeuvre: photo, musique, mouvements de caméra…Tout cela est d’une parfaite élégance.

Dante insuffle un vrai sens du merveilleux à son film et l’excitation des enfants qui s’envolent est communiquée par une mise en scène jubilatoire qui ne verse jamais dans la surenchère. Le discours de l’oeuvre n’est pas aussi immature qu’on aurait pu l’imaginer au début: le rêve doit avoir une fin et permettre de mieux affronter la réalité. C’est assez convenu mais ce n’est pas puéril. Et puis de toute façon, un film qui cite explicitement Thunder road de Bruce Springsteen est un film hautement recommandable…

Ces messieurs dames (Pietro Germi, 1965)

Trois sketches sur l’hypocrisie des Italiens qui n’en ratent pas une pour tromper leur conjoint.

Caricature de comédie italienne. On peut lui faire les mêmes reproches qu’à certains films français d’après-guerre, tel Occupe toi d’Amélie: noirceur de pacotille, complaisance dans la bassesse, cynisme qui tient plus de la paresse morale que des enseignements d’Antisthène, jeu d’acteur réduit à de vaines gesticulations, absence de finesse et de subtilité. Heureusement, Virna Lisi illumine le film. Ses fossettes, ses yeux, la courbe de ses hanches, d’une beauté si singulière et si évidente, constituent la plus éclatante des parades au frelaté de cette représentation de pantins qui se prétend étude de moeurs. Virna Lisi est un ange que l’esprit des auteurs, aussi étriqué et vil soit-il, ne peut pas atteindre.

Que ce film justement tombé dans l’oubli ait été palmé à Cannes alors que les chefs d’oeuvre antérieurs de Risi (Le fanfaron), Monicelli (La grande guerre) ou Comencini (La grande pagaille) avaient été purement et simplement ignorés par le comité de sélection n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’inanité des jugements de cette réunion de pingouins qui trop souvent a préféré les ersatz aux authentiques bons films.

Intrigues en Orient (Background to danger, Raoul Walsh, 1943)

Un agent américain contrecarre les plans des nazis visant à ce que la Turquie déclare la guerre à l’URSS.

Ce rocambolesque film d’espionnage est un produit typique de la Warner à l’époque de son firmament. On retrouve Sydney Greenstreet en salaud nazi et Peter Lorre en fourbe. Certaines péripéties aberrantes montrent que le scénario a dû être écrit à l’arrache mais ces 80 minutes sont suffisamment mouvementée, rythmées et fantaisistes pour constituer un agréable divertissement.

L’année des treize lunes (Rainer Werner Fassbinder, 1978)

Les cinq derniers jours de la vie d’un transsexuel dépressif.

Ce film, c’est d’abord du je-m’en-foutisme plastique à tous les étages. Que ce soit en terme de lumière comme en terme de composition du cadre, il n’y a aucun travail sur l’image. Ce film, c’est ensuite un récit sacrifié à une critique sociale aussi légère qu’un manifeste de Georges Marchais. La narration est complètement dévitalisée à force de distance pseudo-brechtienne. Ce film, c’est enfin des moments forts bien que rares dans lesquels naît une certaine poésie du sordide. Ce film, c’est donc du Fassbinder pur jus.