Ces messieurs dames (Pietro Germi, 1965)

Trois sketches sur l’hypocrisie des Italiens qui n’en ratent pas une pour tromper leur conjoint.

Caricature de comédie italienne. On peut lui faire les mêmes reproches qu’à certains films français d’après-guerre, tel Occupe toi d’Amélie: noirceur de pacotille, complaisance dans la bassesse, cynisme qui tient plus de la paresse morale que des enseignements d’Antisthène, jeu d’acteur réduit à de vaines gesticulations, absence de finesse et de subtilité. Heureusement, Virna Lisi illumine le film. Ses fossettes, ses yeux, la courbe de ses hanches, d’une beauté si singulière et si évidente, constituent la plus éclatante des parades au frelaté de cette représentation de pantins qui se prétend étude de moeurs. Virna Lisi est un ange que l’esprit des auteurs, aussi étriqué et vil soit-il, ne peut pas atteindre.

Que ce film justement tombé dans l’oubli ait été palmé à Cannes alors que les chefs d’oeuvre antérieurs de Risi (Le fanfaron), Monicelli (La grande guerre) ou Comencini (La grande pagaille) avaient été purement et simplement ignorés par le comité de sélection n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’inanité des jugements de cette réunion de pingouins qui trop souvent a préféré les ersatz aux authentiques bons films.

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6 commentaires sur “Ces messieurs dames (Pietro Germi, 1965)

  1. Très beau portrait de la bellissime Virna Lisi auquel il manque… la mouche au dessus de la lèvre !
    Pour le reste, j’en ai parlé quand je l’ai découvert à Cannes cette année, je ne partage pas vos réserves. outre le personnage de Lisi, je trouve celui joué par Gastone Moschin très réussi, dans un rôle que j’aurais bien vu pour Sordi. Mais il Gastone s’en sort très bien. La scène où il l’entraîne au vu de tous sur la place est un joli moment. Le film a un côté virtuose qui m’a emballé, la première partie surtout avec la présentation de toute la petite communauté, le rythme, le travail de la caméra très vif…
    Sur la thématique de la coucherie, c’est quand même un moteur essentiel de la comédie italienne, des plus belles aux plus triviales. Même les aventures du Guido de Fellini tiennent autant de sa crise d’inspiration que de ses problèmes avec ses trop nombreuses femmes.
    Bref, ceci posé, je partage complètement les trois dernières lignes.

  2. à la rigueur, d’accord avec vous pour la virtuosité du début mais tout ça m’a semblé vain. beaucoup de gesticulations mais peu de vie…
    ce n’est pas un problème de sujet (évidemment que c’est les ressorts de boulevards ont donné des trucs géniaux: Faisons un rêve de Guitry) mais de regard sur ce sujet.
    de toute façon, le sketch le moins inintéressant est effectivement celui avec Gastone Mochin (et Virna Lisi donc) parce qu’il ne se limite pas à la farce tapageuse mais qu’il y a un peu de sentiment donc de singularité.

  3. et donc je viens d’aller lire votre critique (je ne l’ai pas lu en son temps parc que je n’avais pas vu le film !)
    « la musique entêtante et légère de Carlo Rustichelli »
    ça me fait penser que j’ai oublié dans la mienne de dire combien ce thème resacé en boucle participe de la lourdeur générale.

    et pour en revenir au film, ça ne vous pas choqué que Virna Lisi se laisse séduire par Gastone Mochin aussi facilment ? je veux dire, à partir du moment où on nous fait impose que le père de famille un peu terne emballe la jeune bombe, on évacue un peu un enjeu dramatique important en même temps que le désir du personnage de Virna Lisi…

  4. Je ne suis pas sûr de bien comprendre le dernier point. Ce qui vous gène, c’est que le mécanisme de séduction soit expédié (ou acquit rapidement) ? Le problème c’est peut être la nature réelle du désir du personnage de Lisi. Dans une petite ville comme celle-ci, dans ce contexte, ça ne me semble pas étrange qu’une femme comme elle, avec son passé et sa condition modeste, soit rapidement sensible à un homme qui, même « un peu terne », se comporte de façon légèrement différente et la respecte. C’est une occasion pour elle aussi, occasion que l’on devine rare même si elle se révèle décevante au final. Il y a un peu de la relation entre Jill, la prostituée de la Nouvelle Orléans et le fermier « bon père de famille » dans le « Il était une fois dans l’ouest » de Léone. Pour rester dans le cadre de la comédie italienne, la relation entre la très belle Léa Massari et Sordi dans « Une vie difficile » n’est guère un enjeu dramatique en soi. ce qui compte me semble-t’il, c’est comment cette relation va tenir avec les pressions du milieu social et la lâcheté de l’homme. C’est vrai qu’on se demande ce qu’elles leur trouvent.
    Rustichelli, j’ai acheté la disque après avoir vu le film. C’est plaisant, j’aime ce style sans en faire des folies. Ce n’est pas Springsteen !
    Je suppose que je ne vous en propose pas une copie ? 🙂

  5. ha non, je m’en voudrais de braver cette brave Hadopi !

    bien vu pour le parallèle avec Jill sinon (même si bon, les deux personnages sont loin d’être aussi bien caractérisés hein).

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