Tendre bonheur (Tender mercies, Bruce Beresford, 1983)

Note dédiée à maxine

Un chanteur de country alcoolique et violent est chassé par son épouse. Il se fait engager comme homme à tout faire dans un motel tenu par une mère seule avec son fils.

Un film simple comme une chanson de country. Les auteurs partent d’une histoire classique de chanteur alcoolique qui retrouve l’amour dans les bras d’une jeune veuve et arrivent mine de rien à tisser une jolie réflexion sur les aléas de la vie aplanis par le temps qui passe. Une poignée de lieux évocateurs (l’église baptiste, les bals populaires, la station-service…) autour desquels s’articulent la mise en scène -fonctionnelle mais sobre et d’excellente tenue- épaississent le contexte géographico-social du film. Robert Duvall est immense, parfait dans son rôle. Tendre bonheur est un bon film.

Divine (Max Ophuls, 1935)

Une fille de province monte à Paris dans l’espoir de travailler au music-hall…

Un mélodrame ultra-conventionnel que la touche de Colette (scénariste dont la contribution est mise en avant par le générique à une époque où Max Ophuls n’avait pas la réputation qu’il a aujourd’hui) vient épicer un peu. Cette touche se résume en deux mots: saphisme et stupéfiants. Soit les ingrédients de la débauche qui guette la jeune et candide provinciale. Autant dire que, Colette ou pas Colette, l’histoire n’en reste pas moins balisée de bout en bout. Max Ophuls, lui, ne révèle sa présence derrière la caméra qu’en de rares intermittences.  Il y a une poignée de beaux mouvements d’appareil, notamment un fabuleux panoramique à 360 degrés qui révèle les coulisses du théâtre avec toutes les actrices en train de se préparer. La sophistication de la forme n’est pas vanité mais célèbre la vie, le travail. Ceci étant, Divine reste un film franchement mineur dans l’oeuvre du cinéaste.

Bugsy (Barry Levinson, 1991)

Evocation de la vie de Bugsy Siegel, beau gosse mafieux parti racketter les producteurs d’Hollywood avant de construire Las Vegas.

La mise en scène se complait dans une reconstitution ripolinée du Hollywood des années 40 mais mais peu à peu le véritable  sujet du film se dessine. C’est le portrait d’un gangster immature, impulsif et trop faible pour prendre une décision conjugale. Warren Beatty est évidemment formidable dans le rôle titre. Il produit le film qu’il songea même à réaliser. Les plus belles scènes sont celles entre lui et Annette Benning, Annette Benning qui allait devenir Mme Beatty après le tournage. Elles apportent un peu de mystère à ce film de facture néoclassique.

Les grandes espérances (David Lean, 1946)

Un ancien forçat aide un jeune homme élevé par une marâtre à entrer dans la haute société anglaise qui lorsqu’il était enfant l’avait aidé à fuir la police.

L’image (composition des plans, éclairages…) est soignée. La mise en scène est irréprochable mais dénuée d’inspiration, académique. En fait, le problème des deux adaptations de Dickens par Lean, c’est qu’il n’y a justement pas de réflexion sur l’adaptation, c’est à dire le passage d’un medium à un autre. Les aberrations romanesques de Dickens sont difficilement acceptables à l’écran mais visiblement David Lean et les scénaristes s’en fichent. Ils se contentent d’illustrer. Reste un ou deux beaux moments, ceux notamment où apparait la toute  jeune Jean Simmons dont la grâce juvénile tranche d’avec la technique surranée des théâtreux anglais qui composent le reste de la distribution.

Femme ou démon (Destry rides again, George Marshall, 1939)

Pour ne pas être inquiété par la loi, le caïd d’une ville de l’Ouest qui plume ses adversaires au jeu avec l’aide d’une entraîneuse nomme un ivrogne shérif. C’est sans compter le sursaut de dignité du vieil homme qui fut le compagnon du mythique justicier Destry.

Mettant en vedette Marlene Dietrich et James Stewart, Femme ou démon est un western bien fabriqué mais superficiel et sans surprise. Le ton léger voire comique empêche l’histoire d’être prise au sérieux. La mise en scène de Marshall n’a pas le dynamisme de celle d’un Curtiz (qui la même année réalisait Les conquérants, western pas beaucoup plus profond mais largement plus divertissant) donc son film est en fait assez ennuyeux.

La gitane (Philippe de Broca, 1983)

Un banquier voit sa vie bouleversée par la jolie gitane qui a volé sa voiture.

Il y a des hauts et des bas dans l’oeuvre de Philippe de Broca. La gitane est un bas. Il est difficile de passer outre Valérie Kaprisky en gitane, le folklore de pacotille, les seconds rôles réduits à des caricatures, l’indigence des quelques gags. Que reste t-il alors ? Reste le style du cinéaste. C’est à dire l’élégante vivacité de la narration. C’est à dire aussi un ou deux jolis moments dans lesquelles l’aventure fait naître chez ceux qui la vivent la nostalgie d’une jeunesse révolue. C’est peu et c’est beaucoup.

Le bandit (The naked dawn, Edgar G.Ulmer, 1955)

Après la mort de son ami, un bandit en cavale se réfugie chez un couple de fermiers.

Le bandit est une série B extraordinaire, un petit film inclassable et d’une originalité folle. C’est censé être un western mais il y a très peu d’action, pas mal de dialogues et une des séquences les plus longues est une conversation entre un homme et une femme dans une cuisine! Il est difficile d’en parler correctement sans déflorer l’intrigue. Disons que Le bandit est axé sur la confrontation d’un bandit mexicain avec un jeune couple et que ce qui l’élève, c’est que c’est un film fait de beaux sentiments. Un film d’une noblesse qui réchauffe le coeur. Cette noblesse n’apparaît jamais forcée grâce une remarquable justesse dans l’écriture des personnages, quasiment aucun évènement n’arrivant trop tôt. Le tout est mis en scène avec des plans-séquences d’une efficacité remarquable. Ils présentent l’action tout autant qu’ils nous familiarisent avec la maison où elle se passe. On se sent chez nous dans ce film. Les couleurs, très vives, sont superbes, les textures sont palpables. Le héros est interprété par le grand Arthur Kennedy, un abonné aux seconds rôles chez Raoul Walsh ou Anthony Mann qui donne avec cette composition mémorable de bandit aux multiples facettes la pleine mesure de son talent.

Certains cinéphiles -Lourcelles en premier lieu- ont littéralement porté ce film aux nues, en faisant un des plus beaux de l’histoire du cinéma. Je n’irai pas jusque là parce quelques menues scories tel la truculence exagérée d’Eugene Iglesias qui joue le mari ou une fin quelque peu expédiée m’ont empêché de goûter pleinement cette néanmoins véritable pépite, pépite qui prouve une nouvelle fois la précieuse singularité d’Edgar Ulmer, cinéaste qui se révélait à la hauteur des plus grands lorsqu’il avait à sa disposition le minimum de moyens matériels ou dramatiques nécessaire à la réalisation d’un film.

The man from planet X (Edgar G.Ulmer, 1951)

Des scientifiques établissent le contact avec un extra-terrestre dont le vaisseau s’est écrasé en rase campagne.

The man from planet X est une série Z dont les acteurs impliqués et la mise en scène soignée arrivent à faire oublier le manque de moyens matériels. C’est même un beau film, à contre-courant de la production hollywoodienne d’alors. En effet, l’extraterrestre n’est ni angélisé ni diabolisé. Ses intentions resteront mystérieuses et il en résulte une sublime incertitude. The man from planet X ou comment ouvrir des perspectives immenses sur l’humanité à partir d’un vulgaire film de série.

Le chat noir (Edgar G.Ulmer, 1934)

Dans un château perdu d’Europe de l’Est, l’affrontement entre un homme qui a perdu sa femme et son épouse et le grand prêtre sataniste qui les lui a enlevées  dix-huit ans plus tôt.

L’histoire est donc grotesque. Le symbolisme ne fait pas dans la dentelle. La mise en scène est hiératique voire un brin guindée, à l’image du jeu de Boris Karloff et Bela Lugosi, mais ce hiératisme crée une réelle beauté. Les séquences liturgiques notamment sont fascinantes. Edgar Ulmer était le poète du bizarre, des forces occultes et il a su tirer parti de son matériau en le prenant à bras le corps, sans ironie. Son style se retrouve aussi dans la photographie très contrastée. Il faut donc passer outre les défauts de la narration pour apprécier l’atmosphère ténébreuse et discrètement mélancolique tissée par le metteur en scène. Ce qui, compte tenu du fait que le film ne dure guère plus d’une heure, n’est pas très difficile.

A Canterbury tale (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1944)

Dans la campagne anglaise, les tribulations d’un soldat américain, d’un soldat angais et d’une jeune fille du pays.

Un film qui souffre gravement de son manque d’unité dramatique. L’intrigue simili-policière censée lier une matière qui brasse romance, propagande et pittoresque villageois est à dormir debout. Cette matière hétérogène est pourtant analogue à celle des chefs d’oeuvre première manière des Archers (Colonel Blimp, Je sais où je vais) et l’échec de A Canterbury tale permet de se rendre compte combien l’art du tandem relève du périlleux numéro d’équilibriste, combien leur réussite est miraculeuse. On retrouve d’ailleurs dans le plus joli moment du film, avec hautes herbes  et gros plans de visages, un peu de la poésie tellurique de Je sais où je vais. A Canterburty tale n’en reste moins un film long et ennuyeux, l’interminable séquence de propagande qui le clot nous rappelant combien ce film est pesant.

A feu et à sang (The Cimarron Kid, Budd Boetticher, 1951)

Ami des frères Dalton, un jeune homme est accusé à tort d’avoir braqué un train. Il devient du coup un véritable bandit.

Un western convenu mais fort bien mené. Dommage que le scénario (ainsi que la gueule de puceau d’Audie Murphy) nous fasse passer pour un type bien un personnage qui reste quand même un criminel. La mise en scène sécrète de beaux moments qui donnent de l’épaisseur aux personnages même si évidemment le style de Boetticher n’est pas encore aussi affûté que celui de ses films avec Randolph Scott.