Cul-de-sac (Roman Polanski, 1966)

Un gangster en cavale se réfugie dans un château habité par un couple d’aristocrates dégénérés.

Roman Polanski et son scénariste Gérard Brach ne tirent pas parti de cette situation potentiellement excitante. Faute de talent ou faute de modestie, leur huis-clos est dénué de toute tension dramatique. Plutôt qu’un thriller, ils ont réalisé un film en roue libre où ils se laissent aller à un absurde de supermarché. S’articulant autour de la thématique éculée de la jolie femme frustrée mariée à un aristocrate impuissant, Cul-de-sac est bourré de signes assénant au spectateur complice qu’il est face à un film « étrange et anticonformiste »: les plans récurrents sur des poules, un gamin qui prend la carabine et se met à tirer, le jeu grotesque et insupportable de Donald Pleasence…

Le problème est que cette dissémination est dénuée de la moindre cohérence. Chez Bunuel et Carrière, le surréalisme est d’abord un principe dramatique et en tant que tel, il n’a rien de gratuit, il exprime le nécessaire credo esthétique de l’auteur. Dans Cul-de-sac au contraire, il n’y a pas de mise en scène digne de ce nom, c’est à dire agencement des acteurs, des objets et des situations suivant une vision déterminée. Par exemple, toutes les scènes avec les invités n’ont aucune autre fonction (dramatique, plastique, poétique…) que celle de générer de la bizarrerie à peu de frais.

Il n’y a pas de mouvement, pas de gestion du temps. Le style du film est un style théâtral sans dramaturgie digne de ce nom et sans caractère intéressant. Les personnages sont des caricatures qui n’évoluent pas au cours du film. Les intentions (attaque de la morale, poésie de l’absurde…) sont lourdes, l’exécution manque de la plus élémentaire des rigueurs. Cul-de-sac est le faux bon film par excellence. Il n’y a qu’à comparer ce film avec un Losey ou un Bunuel réussi de la même période pour se rendre compte de l’indigence de la mise en scène de Polanski.

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9 commentaires sur “Cul-de-sac (Roman Polanski, 1966)

  1. finalement, je suis tout à fait d’accord avec toi : ce film est surestimé (comme la plus part de la filmo de Polanski d’ailleurs). Au havre prigramme allécahant en octobre : duel de Spielber, Dr Jekyll de Fleming, le pirate de Minnelli et les poupées du diable de Browning…
    tiens hier hier j’ai rencontré l’assistant de l’immense Raoul Coutard qui a bossé avec Losey

  2. salut poupouye,
    on est d’accord pour Polanski que je trouve moi aussi assez surfait.
    il a éclairé des films tout seul l’assistant de Coutard ? tu l’as rencontré dans quel cadre ?

  3. Entièrement d’accord avec toi aussi. Je l’ai vu l’an dernier et j’avais trouvé la mise en scène d’une fadeur absolu loin du mordant corrosif et surréaliste qu’on lui trouve.

  4. Oups, désolé pour les fautes de frappe j’avais bu un verre de trop.
    Sinon c’était l’assistant sur les longs metrages de Coutard , je l’ai rencontré totalement par hasard au ciné. Il m’a prêté Hoah Binh et la bio de Coutard qui est bourrée d’anecdotes je te conseille vivement sa lecture.
    Sinon cet été j’ai assisté à une intégrale Naruse : voila un grand cinéaste sous estimé.

  5. Désolé pour vous , mais CUL DE SAC est un chef d’oeuvre absolu , vous êtes passé à côté …et le jeu de Donald PleasEnce ( avec un E ) n’a rien de grotesque . Dommage pour votre commentaire composé , qui se veut habile, littéraire, mais brasse du vent . Enfin , je sais qu’il peut être jouissif de s’attaquer aux grands films …

  6. C’est vrai que c’est jouissif de s’attaquer aux grands films 🙂 Ça leur fait du bien se secouer la poussière trop respectueuse qui les recouvre parfois.
    Moi, j’ai plutôt bien marché, j’aime Pleasence quand il en fait trop, Stander toujours, et puis il y a, quand même, Framboise Dorleac. Le film me semble quand même moins prétentieux que nombre d’autres réalisations de Polanski tant célébrées. Mais je pense, Christophe, que nombre de vos critiques touchent juste.

  7. C’est un film qui vieillit assez mal;j’ai dû voir « Rosemary’s baby  » plus de dix fois;celui-la,deux et c’est deja trop.

  8. Je suis tombé sur ce film hier soir : j’ai regardé 45 minutes puis j’ai laissé tomber… n’importe quoi, comme l’avoue ce farceur de Polanski ; c’est super d’être considéré comme un génie : on peut filmer de façon découse des acteurs qui n’ont même pas l’air de s’amuser, hé-bien il y aura toujours des niais pour s’enthousiasmer… finalement Polanski est un faiseur qui a profité de la bêtise de l’époque et d’une situation personnelle qu’il a su mettre à profit…

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