Monsieur Vincent (Maurice Cloche, 1947)

Hagiographie (c’est le cas de le dire) de Saint-Vincent de Paul.

Il n’y a qu’à  comparer ce film aux Cloches de Sainte-Marie, merveille de Leo McCarey sortie deux ans auparavant, pour se rendre compte de l’abîme esthétique qui sépare la bondieuserie française de la bondieuserie américaine. La différence essentielle entre les deux films réside dans la hauteur à laquelle se place l’auteur pour s’adresser au spectateur. Le film de McCarey était une chronique sociale révélant la beauté et l’harmonie du monde à travers l’oeuvre quotidienne d’un prêtre musicien. Le cinéaste n’assénait rien, il montrait. Au contraire, Cloche et ses commanditaires se vautrent allègrement dans le pire des prêchi-prêcha. Certes, il s’agit d’une hagiographie donc de raconter la vie d’un saint mais Rossellini a montré que l’on pouvait s’atteler à cette noble tâche sans pour autant faire la morale au spectateur tout le long du film. Maurice Cloche, lui, ne se pose aucune question sur la sainteté. Vincent de Paul n’est là que pour personnifier le Bien et sermonner. Sermon au seigneur, sermon à Richelieu, sermon aux nonnes…son film est un sermon permanent!

Seul contre tous, Vincent ne doute jamais et le film est toujours de son côté. Il n’y aucune sorte d’échange, aucun embryon de dialectique, on est donc dans la plus pure des nullités dramaturgiques. Quel intérêt de faire durer cela deux heures si ce n’est qu’à l’issue de la projection, le bourgeois se dise « ha! le Bien, c’est bien. »? C’est que « bourgeois », Monsieur Vincent l’est évidemment jusqu’au bout des ongles. Le film est d’abord une reconstitution historique bardée de tout le folklore académique du cinéma de papa: distribution estampillée « Comédie française », décors de studio luxueux, dialogues de Jean Anouilh, joliesse des éclairages, performance (plus qu’interprétation) de Pierre Fresnay dans le rôle-titre. Ces apparats du prestige ne masquent pas longtemps la profonde nullité d’une mise en scène poussiéreuse. Même le gros plan récurrent sur le visage mal rasé d’un Pierre Fresnay au regard perdu qui vient rompre la monotonie du découpage apparaît rapidement comme un procédé mélodramatisant qui, employé d’une façon systématique, est tout à fait caractéristique d’un style complètement verrouillé et dénué d’inspiration.

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7 commentaires sur “Monsieur Vincent (Maurice Cloche, 1947)

  1. « Seul contre tous, Vincent ne doute jamais » ça me plait beaucoup !
    Mais je n’ai jamais vu ce film. Après le Lewis, quel grand écart.

  2. Vincent, si ça c’est un grand écart, attendez de voir la prochaine chronique, là vous allez me prendre Jean-Claude Van Damme.

  3. Le film a été l’un des plus vus par les écoliers pendant des décennies grâce à ses projections incessantes dans les ciné-clubs des collèges cathos, pour lesquels il semble avoir été taillé sur mesure. Et ça a marché : j’ai eu moi aussi ma période « Monsieur Vincent ». Je me souviens d’une crise de foi et de pèlerinages spontanés à la chapelle de la rue de Sèvres suite à ma découverte du film, en cinquième je crois. Je ne l’analyserais pas en termes cinématographiques (aucun intérêt, je te l’accorde), c’est tout autre chose. A part ça, « Les Cloches de Sainte-Marie » accolé au mot merveille, c’est une hérésie…

  4. Pas du tout. Ce sont deux McCarey que je n’arrive pas à avaler. Monsieur Vincent, de mémoire, a au moins le charme de la peinture d’histoire académique.

  5. « Monsieur Vincent » est dans le genre du film religieux une grande reussite;comparez le avec le tres (involontairement ) comique « le défroqué » ou Pierre Fresnay fait boire du vin blanc consacré à un jeune pretre qui s’en va vomir dans les toilettes pour ne pas melanger les rognons sauce madere avec le sang de NS.

    .Beaucoup de films de Fresnay montrent de grandes préoccupations mystiques ;le seul film qu’il a réalisé (« le duel ») et qui d’ailleurs est souvent ridicule (mais pas autant que « le défroqué » de Joannon)

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