Deux filles au tapis (…All the marbles, Robert Aldrich, 1981)

Deux catcheuses et leur manager sillonnent l’Amérique profonde, espérant décrocher un titre national.

Le dernier opus de Robert Aldrich est peut-être son plus attachant. Il faut dire que c’est un de ses films les plus tendres. L’auteur des Douze salopards n’a pas perdu sa lucidité corrosive, l’Amérique profonde filmée ici n’est pas franchement reluisante mais le cinéaste a transformé son pessimisme nihiliste en pessimisme romantique. Concrètement, cela veut dire qu’il est désormais du côté de ceux qui veulent vivre leur rêve (américain) envers et contre une réalité carrément sordide.

Les rapports humains entre le coach et les deux filles sont au coeur de l’oeuvre. La façon dont sont traités ces rapports est une bonne métonymie du film. Ce sont des rapports plein d’amour et de tendresse qui n’excluent pas la brutalité. Des échanges de coups précèdent parfois les effusions. Autant  Deux filles au tapis est sentimental, autant il est éloignée de toute niaiserie. Peter Falk est pour beaucoup dans la réussite de l’oeuvre. Son strabisme, ses dictons piqués à Will Rogers et Clifford Oddets, son âpreté au gain mêlée d’amour pour ses filles en font un personnage parmi les plus profondément sympathiques du cinéma américain. Les actrices jouant les deux catcheuses, Laurene Landon et Vicki Frederick, ont été oubliées depuis mais je me dois de citer leur nom ici. C’est fait. Le film n’est pas irréprochable (voir les personnages secondaires grotesques typiques d’Aldrich mais trop caricaturaux pour être intéressants) mais le dantesque combat final dont l’étirement de la durée crée une forte implication du public (à ce titre Deux filles au tapis gagne vraiment à être vu dans une salle remplie) permet au cinéaste d’emporter définitivement le morceau.

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3 commentaires sur “Deux filles au tapis (…All the marbles, Robert Aldrich, 1981)

  1. Ah tiens… On a dû le voir à la même « séance remplie » (lundi soir dernier à la Cinémathèque). Adoré, pour ma part… Avec Wanda, c’est le plus beau et poignant portrait de « l’Amérique grisaille » que je connaisse. Et tous les personnages me paraissent d’une extraordinaire dignité… Le regard d’Aldrich se cristallise ici dans une alliance des contraires produisant de savoureux paradoxes (le « féminisme viril » ; la « misanthropie affectueuse ») incroyablement séduisants.

  2. D’un avis tout à fait opposé à propos de « Cul-de-sac », je me joins en revanche à ce concert de louanges.
    Un sujet pareil traité par un tel cinéaste « de l’excès » fait craindre beaucoup de choses pour un résultat finalement assez miraculeux : une merveilleuse balade dans l’Amérique profonde (on pense à d’autres films « indépendants » des années 70), un trio particulièrement attachant (oui, les deux filles sont géniales et les rapports entre les trois personnages sont extraordinaires)…

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