Furie (Brian De Palma, 1978)

Un agent des services secrets américains tente de sauver son fils doté de pouvoirs télékinésiques des griffes de ses employeurs.

L’histoire est donc ahurissante. De toute façon, Brian De Palma ne se donne pas la peine de nous y faire croire. Son scénario n’est que pur prétexte à étalage de virtuosité en pilotage automatique. Entre les morceaux de bravoure attendus, le spectateur doit se fader plusieurs scènes ennuyeuses sur la télékinésie. Le problème avec DePalma, c’est que c’est un metteur en scène au talent limité. Il est bon pour distordre Hitchcock dans tous les sens mais il n’est pas fichu de faire exister des personnages dans leur quotidien. Par exemple, il ne sait pas filmer un petit déjeuner entre deux femmes. Il se sent obliger de faire bouger sa caméra de droite à gauche. Sans le moindre objet. Aucune des deux femmes n’existe alors mais le réalisateur s’en fout, il fait mumuse avec son appareil. Les deux actrices sont d’ailleurs affreusement mal dirigées.

Heureusement, il y a Kirk Douglas, acteur d’une autre trempe que John Travolta ou Michael Caine, qui donne une consistance charnelle et émotionnelle à son personnage archétypal. La séquence où il se met soudainement à pleurer après que la fille ait évoqué sa défunte maîtresse détonne avec le reste du film. D’une manière générale, Furie est sauvé de la médiocrité totale par les deux ou trois séquences particulièrement inspirées où la perte d’un être cher est évoquée. Deux ou trois séquences qui se suffisent presque à elle-même et qui révèlent l’inclination mélancolique de De Palma, celle qui sera la substance de son chef d’oeuvre: Mission to Mars.

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13 commentaires sur “Furie (Brian De Palma, 1978)

  1. « …l’inclination mélancolique de De Palma, celle qui sera la substance de son chef d’oeuvre: Mission to Mars. » : quel provocateur, ce Christophe !

  2. Hum, ce n’est pas la phrase qui me paraît la plus provocatrice de l’article!

    « Le problème avec DePalma, c’est que c’est un metteur en scène au talent limité. » Voilà une affirmation qui me paraît plus choquante. Ceci dit, je n’ai pas revu « Furie » depuis une éternité et ce n’est sans doute pas son meilleur film (mais je l’avais quand même beaucoup aimé)

  3. doc, vous ne pouvez pas sortir cette phrase de son contexte. je m’explique juste après et je crois être clair. C’est un fait que DePalma a souvent du mal avec le quotidien, la simplicité. Les moments « non-forts » de ses thrillers, les conversations par exemple, sont souvent d’une affligeante banalité chez lui. alors que Scorsese ou Coppola sont très bons pour filmer les scènes de bouffe. c’est très important les scènes de bouffe.
    Tom, ce n’est pas vraiment de la provocation, j’adore ce film et je crois que De Palma est très intéressant lorsqu’il évoque le deuil, l’absence, la perte (ceci dit c’est un peu un cliché critique ce que je dis là). A vrai dire, les raisons pour lesquelles Mission 2 Mars est éreinté m’ont toujours parues superficielles (design des effets spéciaux…). Et pour le coup y a une très belle scène de barbecue dans ce film.

  4. Je me doutais que ce n’étais pas de l’ironie, mais je ne comprends toujours pas ce que l’on trouve à ce film. « Mission to Mars », je veux dire. Les effets spéciaux, il faut savoir que De Palma était en conflit avec le studio et qu’il a finit par partir en laissant tomber. Au-delà de ça, je trouve le film lent, assez niais, mélodramatique dans le mauvais sens du terme, pas très bien joué et surtout pas très palpitant. Par exemple je n’ai pas marché une seconde à la scène du sacrifice et de la mort du personnage de Tim Robbins. Sur l’absence, etc., je préfère très nettement « Obsession ».
    Je suis d’accord sur l’importance des scènes de bouffe et sur la réussite de celle du barbecue, mais il me semble que le cinéma de De Palma, et son talent, ne se jouent pas là. Question personnages, Carrie ou Tony Montana ou Carlito Brigante ont une vraie densité, qui tient, comme chez Hitchcock à autre chose qu’à l’effet de proximité que va donner une scène du quotidien. Plutôt une façon de parler, de marcher, de se tenir, de porter certains vêtements, un regard…
    Bref, sur « Fury », ce n’est pas un souvenir très vif et je n’ai guère envie de le défendre. Par contre, au-delà de leur travail respectif chez De Palma, je trouve que Caine est un sacré acteur, largement au niveau de Douglas dans un autre registre évidemment…
    Et pour finir, je viens de voir le « Dahlia noir » qui a été une très belle surprise (après tout ce que j’avais entendu).

  5. Salut!!

    Force est d’admettre que ce film de De Palma n’est pas son meilleur…d’après ce que je me souviens car l’ayant vu il y a tellement longtemps que…bon en fait juste le constat de se dire qu’un film ne fait pas ressurgir de grands souvenirs est la preuve de son intérêt limité.

  6. salut M.Kraft !
    Vincent: Pour Mission to Mars, la musique d’Ennio Morricone n’a pas aidé à ton implication?? pour moi, c’est un de derniers chefs d’oeuvre du maestro…
    on est en fait d’accord sur la nature du talent de De Palma. d’ailleurs, j’aime ses films avec Al Pacino mais ils sont perpétuellement dans l’hyperbole, ce sont des films qui ont une grandeur tragique ou opératique. Il n’y a pas de scène de petit déjeuner dans ces films.

  7. Quand Tony Montana est dans sa baignoire, il ne prend pas son petit dej’ ? Je comprends bien ce que tu dis et je suis effectivement d’accord. il y a toujours chez lui un côté plus grand que nature, « opératique » ça me plait bien et je crois que c’est ce qui m’a emballé dans Black Dahlia ».
    Morricone, je dois avouer que la dernière partition de lui qui m’ai transportée c’est celle… des « Incorruptibles ». Je vais tendre l’oreille une nouvelle fois.

  8. pendant longtemps je me suis abstenu de voir Mission to Mars au vu de sa sinistre réputation, mais après avoir constaté qu’il était admiré par une chapelle de cinéphiles ma curiosité l’a quand même emporté. Eh bien j’aurais tendance à trouver moi aussi qu’il s’agit du meilleur De Palma ! Le film a pourtant des défauts majeurs: à partir du moment où les « missionnaires » retrouvent Don Cheadle, le meilleur est déjà derrière. Ça tourne à l’exercice SF/survival un peu bateau et les découvertes des astronautes ne sont pas très intéressantes. Quant au final, force est de constater qu’il est fondamentalement assez niais – avec accessoirement des images de synthèses peu heureuses. On se serait aussi volontiers passé d’acteurs aussi peu subtils que Jerry O’Connell ou Don Cheadle qui tranchent avec l’excellence de Gary Sinise et Tim Robbins. Mais je trouve toute la première partie (en gros, du barbecue à l’arrivée des sauveteurs sur Mars) formidablement fluide, dense, émouvante, avec plusieurs passages en état de grâce (Robbins et sa femme qui dansent sur du Van Halen). Rien que pour ça, l’opprobre que porte le film me paraît franchement immérité.

  9. dans mon souvenir (assez lointain), la laideur des images de synthèses se justifie si on considère qu’elles ne représentent pas des extraterrestres mais des intelligences artificielles (soit…des images de synthèse représentant des images de synthèse)

    d’accord sur la magnifique fluidité de ce film

  10. Je reprends le fil de la conversation pour constater avec vous que les acteurs n’ont jamais brillé chez De Palma. Ils y sont rarement charismatiques, exception faite il est vrai d’Al Pacino dans Scarface (cité par Vincent) et probablement de Tom Cruise dans Mission Impossible.

    Sissy Spacek n’a pas grand charisme sauf aidée par quelques cadrages et un regard froid et tout rond dans les dernières séquences, Antonio Banderas est creux, Cliff Robertson est pour moi un vieux charmeur fadasse… L’ensemble des actrices sont rarement filmées pour autre chose que leurs charmes physiques. Et côté acteurs c’est souvent la « louze ». De Palma de toutes façons ne fait pas de héros…

    Ce qui n’empêche pas le réalisateur d’avoir quelque (autre) talent.

    • assez d’accord là-dessus (Pacino est également fabuleux dans L’impasse, de même que Sean Penn mais ce film est à part dans la filmographie de son auteur, plus premier degré et moins ironique). Même Michael Caine dans Pulsions est plus ridicule qu’autre chose…

  11. Oui j’oubliais les Incorruptibles. Probablement doit-on pouvoir distinguer les films qui avaient davantage d’enjeux pour les studios (qui ont d’ailleurs peut-être imposé des leurs choix).

    [c’est Zoom arrière qui me ramène vers votre site, bien intéressant, et je rattrape un peu ce que j’ai pu manquer !]

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