Hara-Kiri (Masaki Kobayashi, 1963)

Avant de se faire hara-kiri chez un riche seigneur, un ronin (samouraï sans maître) tombé dans la misère raconte son histoire.

Pesant. L’auteur délaye pendant deux heures et demi une attaque contre les valeurs antiques. Pas de nuance, aucune rupture de ton mais une succession de péripéties mélodramatiques jouées par des acteurs grimaçants surlignant à traits épais la déchéance matérielle des samouraï et la cruauté des seigneurs défendant l’ordre féodal. La composition des cadres en Cinémascope est soignée mais académique. Les images sont austères (le récit avance plus à travers des dialogues de gens à genoux filmés en champ-contrechamp qu’à travers l’action) mais le style est dénué de toute rigueur: le découpage est à l’opposé de l’épure qui caractérise un Mizoguchi. Je songe notamment à cette fin qui n’en finit pas, sombrant allègrement dans la surenchère sanglante et mettant sérieusement à mal le sérieux d’une entreprise qui se prend pourtant terriblement au sérieux. Bref: si Yves Boisset avait un cousin japonais, il s’appellerait Masaki Kobayashi.

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3 commentaires sur “Hara-Kiri (Masaki Kobayashi, 1963)

  1. Vous êtes peut-être un peu dur mais avec le recul il y a du vrai dans ce que vous dites sur ce film unanimement canonisé. Sans vouloir généraliser, j’ai l’impression que les caractéristiques que vous mentionnez (absence de nuances, pompiérisme, traitement mélodramatique, acteurs grimaçants, prépondérance du dialogue par rapport à l’action, etc.) sont récurrentes dans le cinéma japonais classique (en gros des années 40 aux années 60). Il y a bien sûr des génies comme Mizoguchi, Ozu ou Naruse dont les films pourtant souvent austères (surtout Ozu) échappent à ces travers ou alors les transcendent. Il y a aussi peut-être une part de choc culturel dans notre point de vue. Quoi qu’il en soit, je trouve le cinéma de Kobayashi passablement surfait de ce que j’en ai vu (Kwaidan par exemple a un très bon premier segment mais devient par la suite extrêmement ennuyeux).

  2. je dirais que c’est prépondérant à partir du milieu des années 50.
    Ce sont des défauts que je retrouve chez Kurosawa, Kobayashi (dont je ne retiens qu’un film: Rebellion), Uchida mais pas chez Mizoguchi, Naruse, Ozu, Yamanaka, cinéastes d’une génération antérieure (à part Uchida mais je connais pas ses films d’avant le milieu des années 50) et eux véritablement classiques dans leur esthétiques.

    Après je ne suis pas un expert du cinéma japonais.

  3. C’est vrai que ces spécificités ne concernent pas vraiment les œuvres de Mizoguchi & cie. Par contre je placerais tout de même Kurosawa à cheval entre ces deux générations, ses premiers films (dont l’excellent La Légende du Grand Judo) datant du début des années 40. D’accord sinon concernant Rebellion qui est le meilleur Kobayashi que j’ai vu et accessoirement un des meilleurs chanbara de cette époque.

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