Le sauveur (Michel Mardore, 1971)

Dans une ferme isolée, une fille de 14 ans dont le père est pétainiste recueille un mystérieux et fascinant résistant…

Voilà un des films français les plus singuliers des années 70. Le récit s’articule autour d’un rebondissement génial qui n’a rien de la vulgaire esbroufe mais qui, parfaitement exploité, auréole l’œuvre d’une dimension sadiennne. Confronter l’occupation allemande à l’innocence d’une jeune fille qui découvre l’amour est une façon aussi originale que percutante de représenter l’horreur nazie. Loin de la reconstitution historique, Le sauveur lorgne vers la fable: la caractérisation des personnages est réduite à l’essentiel, la narration est épurée et l’ensemble est à la lisière du fantastique.

Certes l’absence de développement psychologique fait que les idées de l’auteur sont trop voyantes et peinent à s’incarner pleinement dans les personnages. D’autant que le jeu des comédiens est parfois approximatif même si la jeune Muriel Catala s’avère finalement épatante. L’épilogue notamment apparaît assez artificiel. Cette relative abstraction est cependant contrebalancée par la présence de plusieurs scènes de genre filmées dans un style naturaliste: repas familiaux et baignades dans la rivière ancrent la fable dans une réalité concrète. On notera d’ailleurs la tranquille audace des nus.

Bref, s’il n’est pas parfait, ce premier film véritablement fascinant de Michel Mardore est un des joyaux oubliés du cinéma français.

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4 commentaires sur “Le sauveur (Michel Mardore, 1971)

  1. Je n’avais jamais entendu parler de ce film avant de lire ici ton avis qui m’a intrigué au point de commander le DVD illico. Je ne serais pas aussi enthousiaste que toi même si j’ai beaucoup aimé le film. Ce qui m’empêche de l’aimer plus est que dans son style très littéraire, on sent trop l’influence du Nouveau Roman (avec lequel j’ai du mal) et le fait que les scènes avec d’autres personnages que les deux personnages principaux ne fonctionnent pas très bien. Mais oui, la fusion fable / naturalisme est étonnante, la campagne ensoleillée est merveilleusement filmée et les deux acteurs, Bucholz et Catala, dégagent une vraie alchimie. Au-delà de ça, le sous-groupe des films français des années 70 qui parle de l’Occupation est toujours passionnant. Merci de m’avoir permis de découvrir de film rare et mémorable.

  2. salut Tom,
    très content de t’avoir fait découvrir un film qui t’ait plu.
    est ce que tu peux développer le rapport au Nouveau roman (que je ne connais guère) stp?

  3. Souvent dans le Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Sarraute, Butor…), les actes des personnages ne sont pas liés à une vraisemblance mais à un état d’esprit de l’ordre de la licence poétique ou littéraire qui laisse le lecteur dans une questionnement sur la réalité du personnage, bref ce sont des créatures purement intellectuelles et abstraites qui ne font qu’illustrer une idée, un concept. Le personnage joué par Buchholz dans le film ne m’a pas semblé avoir d’existence réelle si ce n’est d’être créé par les auteurs du film pour incarner une idée, celle d’une perversité maléfique. On revient à la notion de fable, donc. Seulement, réalisé en 1970, le film est trop proche du triomphe du Nouveau Roman pour ne pas avoir été conditionné par ses mécanismes aujourd’hui terriblement datés et surtout, d’un artifice assez crispant. J’aurais aimé que personnage de Buchholz ait un plus plus de « corps », si j’ose dire.

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