Rafles sur la ville (Pierre Chenal, 1957)

Un flic s’acharne à traquer l’ennemi public numéro 1 qui a assassiné son collègue.

Cette adaptation d’Auguste Le Breton se distingue d’abord par son âpreté. Ainsi, les rapports entre l’inspecteur et son indic nous montrent que les policiers peuvent être encore plus pourris que les truands auxquels ils ont affaire. Cela ne résulte pas d’un gauchisme antiflic mais d’une volonté de réalisme des auteurs. La faune du Pigalle des années 50 est rendue vraisemblable par un casting plus typé que la moyenne de l’époque et par des dialogues en argot qui n’ont rien à voir avec le pittoresque d’un Michel Audiard.

Si Vanel en vedette fait du Vanel, le jeune Piccoli (qui avait encore des cheveux) est étonnant de dureté. Danik Patisson, minette de 18 ans, est aussi jolie que son nom est moche. De plus, la courte durée du film (1h20, c’est parfait) n’empêche pas de voir la vie du commissariat, le traitement des affaires courantes. L’alliage entre efficacité narrative et ancrage simili-documentaire de l’action est digne d’un bon polar américain (on peut comparer Rafles sur la ville aux films noirs de Henry Hathaway). La musique jazzy du jeune Michel Legrand ajoute à la nervosité de l’ensemble.

Alors, Rafles sur la ville chef d’oeuvre méconnu du cinéma français? Non mais peu s’en est fallu. Quelques concessions au romanesque facile ainsi que l’inaptitude du metteur en scène à transcender la convention dramatique (le sacrifice final qui semble téléphoné) empêchent Rafles sur la ville de se hisser au niveau des classiques de Becker ou Clouzot. Il n’en reste pas moins un excellent polar.

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8 commentaires sur “Rafles sur la ville (Pierre Chenal, 1957)

  1. Le lien avec Hathaway est vraiment pertinent d’autant que j’ai revu il y a peu Kiss of Death (le carrefour de la mort).

  2. Bonne analyse du film qui sans être un joyau du genre reste un bon polar avec de très bons acteurs. Pour le côté docu (scènes de commissariat) il me rappelle « Identité judiciaire » d’Hervé Bromberger.

  3. POUR LA POSTERITE

    Place Pigalle, une jeep avec deux M.P (Military Police) casqués traverse le plan. Un «casse» de manteaux de Vison, image- symbole du luxe, est en projet. Un «jeune couple» espère rejoindre l’A.O.F (Afrique orientale française), terre d’opportunité. En quelques touches, Chenal témoigne de cette fin des années 50, en «attente» du gaullisme et de la décolonisation. Voilà qui est bien plus temporel, voire daté, qu’un Becker ou un Melville. Est-il dépassé pour autant ce «Rafles sur la ville» ?
    Si l’on s’en tient à sa facture, comme à son scénario il connaîtra, parmi la production courante des années à venir (TV compris) une bien plus belle postérité que ses prestigieux contemporains «Touchez pas au Grisbi» ou «Bob le Flambeur».
    Pensons à ces multiples polars TV (et cinéma) d’aujourd’hui décrits du point de vue policier, pareil à cette brigade criminelle du commissaire patriarcal Brevet -épatant Jean Brochard-, secondé par son «fils» turbulent et indigne Vardier. Un groupe quasi familial en proie aux malheurs et à des relations extra professionnelles, qui, bien sûr, vont rejaillir sur l’évolution de l’enquête.
    Vardier le flic sans scrupules-magnifique Piccoli- et Le Fondu, le truand sanguinaire-remarquable Vanel- sont, l’un comme l’autre, victimes de l’amour, allant jusqu’au quasi suicide rédempteur.
    En cela Pierre Chenal retrouve, malgré le travail de scénaristes -il s’agit même là de la quatrième adaptation d’un livre d’Auguste Le Breton- sa thématique de l’Alibi. Il ne s’agit pas de découvrir un coupable ni seulement de l’arrêter, mais bien de le punir. Il est plus question de vengeance que de justice. Vardier se doit de venger son collègue tué par le Fondu.
    Et si l’artisanal «Rafles sur la ville», s’avérait une œuvre moderne ?

  4. Modernité, je n’en sais rien et peu m’importe, en revanche, on est bien d’accord sur la richesse et l’originalité de la caractérisation et des relations des policiers.
    C’est d’autant plus extraordinaire que ça va de pair avec une parfaite concision.

    Merci pour ce joli texte.

  5. […] Le port du désir est un des rares exemples français de film de genre transfiguré par la mise en scène d’un petit maître. En effet, Edmond T. Gréville s’approprie son matériau (une sorte de resucée du réalisme poétique) en s’attachant particulièrement à décrire le microcosme où se déroule son histoire. Tout au long de son film, il dévoile une société interlope montrant avec une égale empathie marins, gangsters, flics, barbeaux et filles joyeusement perdues. Naviguant entre différents protagonistes, le récit se décompose et se recompose. Des personnages secondaires sont amenés à jouer un rôle crucial dans la résolution de l’intrigue. Au détour d’une scène, une maquerelle s’enferme dans sa chambre avec un danseur noir. Plus tard, ce danseur se révélera être un flic infiltré. Ce bel égalitarisme au sein de la fiction et cet érotisme gaillard assurent à ce polar une belle vitalité et lui donnent des allures de « Renoir d’exploitation ». Les nombreuses scènes de danse, chant et strip-tease y participent aussi. Dans le même ordre d’idée, le paternalisme puritain du personnage de Jean Gabin, récurrent -et agaçant- dans ses rôles d’après-guerre, est ici interrogé, remis en question par le récit et par ses rapports avec les autres personnages. Certes, il reste quelques conventions d’écriture, quelques regrettables concessions à l’image de la star (tel la façon dont est neutralisé le méchant) mais Le port du désir n’en demeure pas moins un « grand petit film » du cinéma français, du même acabit par exemple que Rafles sur la ville. […]

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