Même heure, l’année prochaine (Robert Mulligan, 1978)

De 1951 à 1975, un homme et une femme mariés chacun de leur côté se retrouvent chaque année durant un week-end.

Il s’agit d’une adaptation de la pièce de Bernard Slade. Visiblement, l’adaptation (signée par Slade lui-même) est fidèle à sa source puisque le film est très théâtral. Le décor est unique, il n’y a que deux personnages, ces deux personnages causent beaucoup. Le film est découpé en scènes représentant chacune une année et avance au fil des lustres. Ajoutons qu’entre les différentes scènes, des images d’archive liées à l’époque en question montrent le temps qui passent. Associées à une chanson de variétoche particulièrement sirupeuse, (The last time I felt like this), elles constituent un procédé très facile visant à stimuler la plus vulgaire des nostalgies.

Bref, la première réaction devant un dispositif aussi artificiel associé à une telle débauche de sentimentalité est une réaction de rejet. Et pourtant, force est de constater que le film est réussi, qu’à sa façon il fonctionne très bien. Une preuve: la chanson de variétoche insupportable au début s’avère finalement enchanteresse. C’est bien le signe que quelque chose s’est passé en cours de route…Outre le fait qu’un cœur d’artichaut sommeille en chacun de nous, ceci peut s’expliquer par plusieurs qualités d’écriture et de mise en scène. D’abord la fidélité à la pièce et l’unité de lieu qu’elle entraîne impliquent une épure dramatique qui permet de ne jamais s’éloigner de l’essentiel. Ce qui fait que l’attention du spectateur ne diminue pas même lorsqu’il se dit « bonjour les grosses ficelles ». Ensuite, l’auteur de la pièce alterne brillamment humour et gravité sans que jamais le mélange n’apparaisse prémédité. Beaucoup de répliques bien senties sont franchement drôles et évitent au film de sombrer dans la guimauve. Si les clichés sont légion, force est de constater que les situations sont développées avec une certaine finesse. De plus, les deux acteurs sont excellents. On finit donc par croire à l’existence de ce couple. On finit même par s’y attacher. Notons enfin que les couleurs sont magnifiques, que la texture de l’image a une densité peu commune dans ce genre de film.

Bref, fabriqué de bout en bout, probablement dénué toute espèce de toute sincérité, Même heure l’année prochaine n’en reste pas moins un film émouvant. Miracle de l’industrie de divertissement américaine…

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