L’affaire Maurizius (Julien Duvivier, 1954)

Le jeune fils d’un procureur renommé entreprend d’enquêter sur l’affaire qui établi la réputation de son père dix-huit ans auparavant.

Un film complètement asservi à une intrigue parfaitement inintéressante.
L’intrigue d’abord: une histoire de notable pourri (encore une) racontée sous forme d’enquête policière avec moult flashbacks.  Malgré une construction alambiquée, c’est prévisible de bout en bout car les réactions des personnages ne dévient jamais des poncifs ayant procédé à leur création. Ce ne sont pas des personnages, ce sont des clichés sur pattes. Par exemple, le fils du procureur n’agit jamais autrement que par (ce que les auteurs se figurent être l’) idéalisme juvénile. Toute la dramaturgie repose sur une question (Maurizius est-il coupable ou non?) qui, en elle-même, n’a strictement aucune intérêt. Dans les bons films, ce genre de question est un prétexte et non une fin en soi.

Ici, il serait inexact de dire qu’elle n’est qu’une fin en soi puisqu’elle véhicule une critique (hyper-convenue) des apparences sociales mais Julien Duvivier prend cette enquête policière terriblement au sérieux. Il surligne chaque virgule d’un scénario déjà fort redondant et chasse soigneusement tout mystère, toute incertitude qui viendrait introduire un peu de vie dans la narration. En témoigne par exemple le surjeu des théâtreux (Jacques Chabassol, Denis d’Inès) composant une partie de la distribution. Cela sonne faux parce que complètement déconnecté de toute réalité.

Bref, la mise en scène complètement verrouillée ne renferme qu’un drame conventionnel et poussiéreux. L’affaire Maurizius est un film nul car écrasé sous le poids des intentions d’une bande d’auteurs paresseux qui ont substitué les conventions les plus éculées à l’examen attentif du réel.

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Savage pampas (Hugo Fregonese, 1966)

A la fin du XIXème siècle, en Argentine, un chef indien subvertit des soldats du gouvernement en leur offrant des femmes. Du coup, le chef du fort se voit chargé d’y escorter un groupe de prostituées.

Ce véritable western se déroulant, une fois n’est pas coutume, en Argentine rappelle le magnifique Convoi de femmes d’autant que l’excellent Robert Taylor joue ici aussi le rôle principal. L’époque (fin des années 60) fait que l’esthétique du film a plus à voir avec le baroque cheap des westerns italiens qu’avec la sécheresse des séries B réalisées par Hugo Fregonese lors de la décennie précédente. En témoignent la musique un peu kitsch et le sadisme de certaines scènes. Cependant, on retrouve la patte du metteur en scène argentin lorsqu’il filme les effets de l’action plutôt que l’action elle-même lors d’évènements cruciaux du scénario. Le cadre est original (pour qui a enquillé des centaines de westerns se déroulant en Amérique du Nord, c’est à dire tout cinéphile normalement constitué), le sujet intéressant et le récit dépasse les camps et idéologies préétablis pour affirmer une morale individualiste.

Les surprises de la T.S.F (So this is Paris, Ernst Lubitsch, 1926)

En allant s’expliquer avec un homme qui aurait aguiché son épouse, un homme retrouve une de ses anciennes maîtresses.

C’est le début d’un vaudeville brillamment mené et très drôle. Le film est parlant sans être parlant (il y a beaucoup d’humour verbal même s’il n’y a pas que ça). Les acteurs, en particulier Monte Blue, sont excellents. Moins personnel, un brin plus mécanique que d’autres chefs d’oeuvre de Lubitsch, ce virtuose exercice de style n’en reste pas moins un pur plaisir.

Femme ou maîtresse (Daisy Kenyon, Otto Preminger, 1947)

Une femme est partagée entre deux hommes: un avocat marié et un vétéran de la seconde guerre mondiale.

Malgré ce sujet canonique, aucune convention liée à un quelconque genre (mélodrame…) n’est présente dans Daisy Kenyon. Ce qui frappe dans ce film, parfaitement atypique dans la production hollywoodienne de l’époque, c’est son côté « adulte ». Jamais l’auteur ne force la sympathie ou l’antipathie du spectateur pour un des personnages. Le triangle amoureux est représenté avec la neutralité objective qui caractérise le style d’Otto Preminger. Finement écrit, suprêmement dialogué et excellemment interprété, Daisy Kenyon ne verse jamais dans le théâtre filmé grâce au réalisme de la mise en scène.
On pourrait reprocher au film cette froideur de surface, ce regard d’entomologiste sur des sentiments, mais ce serait passer à côté de la justesse des observations du cinéaste, à côté d’un propos mature, original et pertinent sur l’amour comme mensonge que chacun se complaît à entretenir pour se coltiner sa propre et irréductible nostalgie.
Daisy Kenyon est donc une parfaite réussite et une nouvelle preuve de la prolixité du génie de Preminger puisque la même année, ce dernier réalisait également Ambre qui lui est un chef d’oeuvre de romanesque flamboyant.

Pension d’artistes (Stage door, Gregory La Cava, 1937)

Chronique d’une pension de comédiennes.

Contrairement à d’autres réalisateurs de l’époque, Gregory La Cava n’a pas débuté au théâtre et pourtant ce film est très théâtral. Très écrit, Pension d’artistes repose sur ses dialogues plus que sur sa mise en scène peu dynamique. L’acuité du regard sur un large panel de femmes qui agitent leurs rancoeurs et leurs espoirs dans un espace clos rappelle George Cukor. D’autant que, de Katharine Hepburn à Ginger Rogers, l’interprétation est éblouissante. L’humour est acerbe, les nombreuses répliques cinglantes montrent la dureté du métier d’actrice. Ce qui n’empêche pas, ici et là, l’émergence d’une certaine tristesse. C’est du cinéma brillant mais calculé de bout en bout.