Quand les tambours s’arrêteront (Apache drums, Hugo Fregonese, 1951)

Une petite ville isolée est menacée par les Apaches.

Dernier film produit par Val Lewton (La féline, Vaudou, La septième victime…), Quand les tambours s’arrêteront jouit d’un certain prestige chez les amateurs de western. Il est vrai qu’il réunit les qualités propres aux meilleures séries B: subversion des codes du genre, évidence de l’exposition, rapidité de la narration, richesse des enjeux dramatiques, efficacité de la mise en scène. Qualités dont Hollywood a malheureusement perdu le secret depuis bien longtemps, l’inflation des budgets ayant entraîné l’inflation narrative.

Par ailleurs, l’influence du génial producteur se fait sentir dans une première partie ayant plus à voir avec le film d’horreur qu’avec le western. La gradation de la menace indienne est subtile. Les auteurs s’intéressent aux effets des attaques et non aux attaques elles-mêmes. L’essentiel de l’action a donc lieu hors-champ, ce qui permet de se focaliser sur les réactions des villageois tout en stimulant l’imagination du spectateur. A ce titre, il est dommage qu’une poignée de contrechamps déplacés percent le mystère un peu trop tôt.

La seconde partie, qui voit tous les survivants retranchés dans l’église affronter des guerriers apaches sortis d’un cauchemar, brille par son inventivité plastique. Le réalisateur argentin cristallise la terreur guerrière dans de saisissants tableaux façon Goya en Technicolor mordoré.

Bref, Quand les tambours s’arrêteront ne manque ni d’originalité ni d’intérêt. Pourtant, je n’y ai pas vu un chef d’oeuvre de la série B, un film de l’acabit des classiques d’Allan Dwan ou Budd Boetticher. La faute à plusieurs conventions mal digérées par les auteurs. La réconciliation des rivaux sous le feu de l’ennemi, l’arrivée deus ex-machina de la cavalerie…jurent avec l’ensemble. Il faut dire que les acteurs de deuxième ordre n’aident pas à incarner ces clichés.

Ainsi, sans prétendre au statut de chef d’oeuvre, Quand les tambours s’arrêteront est un très bon film.

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16 commentaires sur “Quand les tambours s’arrêteront (Apache drums, Hugo Fregonese, 1951)

  1. Le film souffre effectivement des défauts que tu soulignes. Mais la séquence de l’attaque est absolument extraordinaire (le jaillissement de la violence par les fenêtres, la couleur etc…).
    Pour ce que j’en ai vu, Fregonese est le type même du cinéaste dont aucun des films n’est satisfaisant mais dont on se souvient toujours d’un plan ou d’une séquence.
    Pour la petite histoire, la dernière fois que j’ai vu Apache Drums c’était lors d’une rétrospective Fregonese à la cinémathèque sur les grands boulevards, et ce soir là, parmi les spectateurs se trouvait Q.Tarantino

  2. un Fregonese qui m’avait fait excellente impression, c’est Le raid, un petit western sur la guerre de Sécession avec ANne Bancroft.
    Ceci dit, mes attentes n’étaient pas aussi élevées que celles concernant Apache drums.

  3. Ah, c’est terrible l’attente !
    très heureux que tu l’ais vu, finalement. Quand je l’ai redécouvert (merci au passage pour le lien), j’avais quand même été agréablement surpris par plusieurs personnages secondaires (je ne vais pas reprendre tout mon texte 🙂 qui sortaient quand même pas mal des sentiers battus : l’officier, le scout indien et le révérend. J’aime beaucoup Coleen Gray mais je t’accorde que les vedettes masculines manquent d’épaisseur. Il aurait fallu un Robert Ryan, ou un Sterling Hayden.
    Sur la comparaison avec Dwan, c’est un peu injuste pour les autres. Il a une spécificité, c’est qu’il a été un réalisateur de série A (sans compter sa formation au temps du muet) avant de faire les séries B qui nous enchantent. Le seul que je connaisse qui ait fait la même chose, c’est Carpenter. Ceci dit, c’est juste que Boetticher, De Toth ou Lewis ont réalisé des films d’un niveau que Fregonese n’a jamais, pour ce que j’en connais, atteint. Celui-ci est ce qui s’en approche le mieux.

  4. bien sûr, en tant que vétéran Dwan avait une expérience que les autres n’avaient pas. Reste que ses films de fin de carrière produits par Benedict Bogeaus avaient un budget très modeste.

  5. Tavernier s’emballe un peu trop sur ce western certes sympathique mais qui vaut surtout pour son attaque indienne finale où éclate le savoir-faire économique de Val Lewton. Le reste m’a paru plus anodin. De Fregonese, j’ai préféré le solide The Raid et le pittoresque Mark of the Renegade.

  6. Je vous conseille également Mark of the Renegade (Le Signe des Renégats en VF) qui est une série B d’aventures pleine d’entrain et de panache avec la beauté de Cyd Charisse en prime.

  7. Content que vous l’ayez apprécié ! Je l’ai regardé récemment, il m’a un peu fait penser au non moins réussi Gaucho de Jacques Tourneur par son ambiance hispanisante.

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