La toile d’araignée (Vincente Minnelli, 1955)

Dans une clinique psychiatrique, le choix de la couleur de nouveaux rideaux révèle diverses tensions.

Le prétexte dramatique est ridicule mais l’enchevêtrement des intrigues est prodigieux. La toile d’araignée est donc d’abord un sommet de narration. Alors que l’histoire racontée aurait pu se réduire à un affrontement entre le psychiatre progressiste aux méthodes expérimentales et ses associés conservateurs, éternelle querelle entre anciens et modernes, Minnelli et les scénaristes ont eu l’intelligence d’éviter ce sujet banal. A travers les multiples personnages, tous excellemment interprétés (la distribution royale réunit entre autres Richard Widmark, Lilian Gish, Charles Boyer et Lauren Bacall), leur film est un tour d’horizon des passions humaines, passions parfois nobles mais souvent médiocres. La façon dont chacun prend à cœur le choix de la couleur des rideaux de la bibliothèque dévoile leur part d’irrationalité. Qu’ils fassent partie des patients, des médecins ou du personnel administratif, les protagonistes sont tous soumis à des névroses ou à de la mélancolie. Soigner des fous demande d’abord d’accepter -et pourquoi pas de sublimer dans la création artistique- sa propre folie.

Plus caustique que les autres grands films de Vincente Minnelli, La toile d’araignée est également plus sobre plastiquement parlant. Compte tenu de la distance inédite de l’auteur par rapport aux personnages et aux situations, ses fameux mouvements d’appareil porteurs de lyrisme sont quasiment absents tandis que le Technicolor, à dominante marron, n’est pas utilisé à des fins expressives ou dramatiques. La beauté naît de la suprême maîtrise avec laquelle les images en Cinémascope sont composées, avec laquelle un nombre plus ou moins grand de personnages est agencé dans le cadre élargi. La musique avant-gardiste de Leonard Rosenman participe également de la place à part, très adulte, qu’occupe La toile d’araignée dans l’oeuvre de Minnelli et dans le cinéma américain d’alors. Aussi réussi soit ce film, ce n’est pas ici que le génie du cinéaste s’est exprimé avec le plus de pureté.

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