Le vieux manoir (Mauritz Stiller, 1923)

Un jeune violoniste qui a fui le vieux manoir familial entreprend de convoyer un troupeau de rennes.

L’histoire, tirée comme beaucoup de classiques du muet suédois d’un livre de Selma Lagerlöf, manque d’unité dramatique et certains développements sont naïfs. Plusieurs procédés de montage visant à figurer ce qui se passe dans la tête d’un personnage montrent l’étendue de la palette du réalisateur mais apparaissent aujourd’hui désuets. Le vieux manoir n’en reste pas moins un fort beau film.

Mauritz Stiller fut, avec son collègue Victor Sjöström, le premier à comprendre (dès les années 10) que le cinéma est l’art de l’ancrage du mythe dans les éléments concrets, l’art de l’incarnation de la légende dans la matière, l’art de la mise en scène. Toutes ces qualités sont ordinairement attribuées au western, genre cinématographique par excellence, et Le vieux manoir a un aspect westernien. En témoigne les impressionnantes séquences de transport de rennes. Je ne vois que le convoyage du bétail dans La rivière rouge pour rivaliser avec une telle ampleur.

Ce sont ces images de rennes par milliers qui ont assis la notoriété du Vieux manoir auprès des critiques français d’avant-guerre mais la beauté du film ne s’arrête pas là.
La chevelure solaire de l’égérie de Stiller (la magnifique Mary Johnson), le reflet du visage de cette dernière dans un lac troublé par des ondes, les immenses plaines glacées soufflées par le vent…fascineront tout amateur de cinéma primitif.
D’une manière générale, c’est le génie de la composition picturale du cinéaste qui, en inscrivant les personnages dans un environnement naturel, donne une réelle présence à ce qui n’aurait pu être que des clichés sur pattes.

L’oubli dans lequel est tombé Mauritz Stiller tandis que les éditeurs dits culturels sortent, avec la bénédiction de l’ensemble des media spécialisés, des films de Lucio Fulci et des pornos (soi-disant géniaux parce que sortis dans les 70’s) par dizaines n’est pas le moindre des signes que quelque chose de pourri s’est installé dans le royaume de la cinéphilie.

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Un commentaire sur “Le vieux manoir (Mauritz Stiller, 1923)

  1. « tandis que les éditeurs dits culturels sortent, avec la bénédiction de l’ensemble des media spécialisés, des films de Lucio Fulci […] n’est pas le moindre des signes que quelque chose de pourri s’est installé dans le royaume de la cinéphilie. »

    Quid de L’Au-delà, L’Enfer des Zombies ou L’Emmurée Vivante ?

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