Les légions de Cléopâtre (Vittorio Cottafavi, 1959)

Un de ses amis est envoyé en Egypte pour faire entendre raison à Marc-Antoine qui, tombé sous le charme de Cléopâtre, refuse de rentrer à Rome.

Le péplum italien est un des genres les plus idiots qui soient. Passer outre les comédiens souvent médiocres, les conventions éculées qui diluent l’intensité du drame et les reconstitutions de l’Antiquité dignes d’un spectacle de fin d’année de l’école maternelle de Trifouillis-les-oies n’est jamais évident pour moi. Ici par exemple, il faut, avant d’entrer dans le vif du sujet, se farcir les seconds rôles soi-disant comiques, les longues bastons dans les tavernes et plusieurs séquences de gladiateurs n’ayant rien à voir avec l’intrigue.

Pourtant Les légions de Cléopâtre parvient à se distinguer du tout-venant en toge et sandalettes grâce au style de son metteur en scène, grâce à la distance que Vittorio Cotaffavi instaure entre lui et son matériau. Certains critiques ont carrément parlé de distanciation brechtienne. Quoiqu’il en soit, sa hauteur de vue fait que les divers enjeux du drame sont exposés sans parti-pris apparent. Concernant plusieurs scènes ouvertement théâtrales, on peut même parler d’un réel sens du tragique. De plus, le cinéaste fait parfois surgir une émotion inattendue au sein de passages conventionnels. Ainsi de la mort d’un enfant dont la soudaineté n’a d’égale que celle de la scène analogue du sublime Wichita de Jacques Tourneur.

Ajoutons à cela les habituelles qualités épiques de Cottafavi, l’ampleur qu’il parvient à insuffler à des séquences de bataille à budget réduit (comparé à un film hollywoodien) grâce à sa maîtrise du format large, ajoutons aussi que l’Argentine Linda Cristal est exceptionnellement belle et donc parfaitement crédible dans le rôle de Cléopâtre et l’on comprendra que, s’il est loin d’être le chef d’oeuvre vanté par les Mac-Mahoniens, Les légions de Cléopâtre est un bon film, un meilleur film que celui de Mankiewicz avec Elizabeth Taylor.

Publicités

5 commentaires sur “Les légions de Cléopâtre (Vittorio Cottafavi, 1959)

  1. Cela ne t’étonnera sans doute pas mais j’aime beaucoup le peplum italien, les jupettes de Gainsbourg, l’érotisme de la starlette en toge, les gros bras de Gordon Scott… Je partage pleinement l’idée de M Delahaye de la fabrication d’une mythologie alternative au western et plus spécifiquement italienne. Je concède volontiers qu’il n’en est pourtant pas sortit un film véritablement puissant. D’une façon générale, ce sont des films plus légers, plus décontractés que les grosses machineries hollywoodiennes alourdies par le côté religieux. Je mets à part Hawks, Mann, Kubrick, les délires de DeMille et … Mankiewicz dont j’ai redécouvert le film en DVD avec bonheur.
    Sur Cottafavi, j’ai découvert celui-ci l’an passé et je ne me souviens de rien ou presque, sinon que Cristal est belle, certes, mais que Marchal est un peu mollasson. J’ai très nettement préféré « Messaline » avec Belinda Lee, vraiment superbe et prenant. Si tu veux voir un véritable Cottafavi gratiné dans le genre, je te conseille « La vengeance d’Hercule » qui va bien au-delà de ta description du genre dans sa version transalpine 🙂

  2. j’ai vu La vengeance d’Hercule et Messaline et aucun des deux ne m’a scotché…Le premier m’a même relativement ennuyé, n’étant guère client des films de mythologie, de fantasmagorie pure. Peut-être que c’étaient des versions censurées, je ne sais pas.

    Ceci étant, le fait que je préfère Les légions de Cléopâtre vient peut-être du fait que je l’ai vu sur grand écran contrairement aux deux autres.

    je ne suis guère d’accord avec l’analogie westernienne de Delahaye dans la mesure où le western, c’est beaucoup plus que de l’épopée. C’est de la mythologie mais c’est aussi du réalisme. La terre, les chevaux, l’expérience des réalisateurs plus proches de leur sujet (Walsh qui a été cow-boy…) que ne l’étaient les réalisateurs italiens de l’Antiquité… C’est l’ancrage du mythe dans un réel palpable qui à mon sens donne sa force incomparable au western et en fait « le genre cinématographique par excellence ».

  3. […] Dès le plan-séquence d’ouverture où la caméra suit une accorte serveuse entre les tables d’une taverne, le spectateur avisé sait qu’il a affaire à une oeuvre d’exception. Ce film jouit d’abord de qualités techniques et stylistiques rarissimes dans la production de Cinecitta: les images en Cinémascope sont superbement colorées, le rythme est parfait, les péripéties sont nombreuses et variées sans être assommantes. Les intelligentes bifurcations du scénario d’Alessandro Continenza et Duccio Tessari aussi bien que l’inventivité de la mise en scène de Vittorio Cottafavi (dont l’appréhension de l’action est ici digne de John McTiernan) empêchent la routine de s’installer. L’interprétation est impeccable: pas plus inexpressif qu’Arnold Schwarzenegger, Reg Park est un parfait Hercule grâce à des biceps qui en imposent. Fay Spain qui joue la reine Antinea est affriolante et ses yeux sont pleins de perversité. Les plages méditerranéennes sont aussi fascinantes que les rochers de Capri dans Le mépris et sont un décor plus « réaliste » que la fausse Egypte des Légions de Cléopâtre. […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s