Les 47 ronins (Kenji Mizoguchi, 1941)

Leur maître condamné à se faire hara-kiri pour avoir levé le sabre sur un autre noble à la cour du shogun, ses vassaux s’interrogent sur la conduite à adopter. Négocier avec le pouvoir ou adopter une attitude jusqu’au-boutiste?

Les 47 ronins est un fait quasi-mythique de l’histoire japonaise qui fut porté une centaine de fois à l’écran. L’adaptation de Mizoguchi intervient dans un contexte très particulier: celui de l’attaque de Pearl Harbour. La première partie est sortie avant le 7 décembre 1941; la seconde après. A une époque où les films devaient obtenir l’aval du bureau de propagande pour être présentés, on aurait pu craindre une version ultra-fasciste exaltant les valeurs sacrificielles des samouraï. Kenji Mizoguchi n’étant pas le dernier des ânes, ce n’est pas tout à fait ça.
Certes, on nous présente des héros obsédés par l’honneur et la vengeance dont la pureté morale est infaillible. Mais le regard de Mizoguchi est suffisamment distant pour que le spectateur reste libre de juger ce qui lui est montré. A un spectateur normalement éveillé, l’odyssée de ces ronins paraîtra absurde mais le cinéaste ne souligne pas la bêtise de ses personnages. Il les montre dignes et valeureux. Parce qu’ils sont bel et bien dignes et valeureux (en plus d’être bêtes, c’est toute la complexité du film). C’est le système et l’éthique qu’il charrie qu’il faut remettre en question.

Ainsi, Les 47 ronins n’est pas un film épique. Un seul sabre est brandi: celui de la scène d’introduction. Le film est en fait très théâtral (c’est l’adaptation d’une pièce): le récit avance avec des commentaires de l’action plus qu’avec l’action elle-même. Délayé sur 3h40, c’est parfois ennuyeux. Il faut bien le dire. De toute évidence, le film aurait gagné à être élagué mais il recèle suffisamment de beauté dans la mise en scène pour ne pas être considéré comme un supplice cinéphilique réservé aux seuls exégètes de Mizoguchi. Toutes les séquences de rituels notamment sont magnifiques. L’évocation de la mort du seigneur à travers les cheveux coupés de son épouse, c’est sublime. De même que les rares plans d’extérieur. La beauté des 47 ronins n’a rien d’apprêté ou de décoratif car la caméra, très mobile et capable de changer d’objet au cours d’un même plan, suit les personnages et vivifie considérablement la narration.

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