Les damnés du coeur (The godless girl, Cecil B. DeMille, 1929)

Dans un lycée américain, la guerre entre écoliers athées et écoliers chrétiens fait rage. Lorsque l’un des jeunes décède, les chefs des deux factions sont envoyés en maison de redressement…

Tourné à l’époque où le lycée (high school) commençait à se démocratiser aux Etats-Unis, The godless girl est pour ainsi dire le premier film à traiter de l’adolescence. Vingt-cinq ans avant La fureur de vivre, Cecil B. DeMille montre une jeunesse confrontée à l’injustice des adultes. L’anecdote dramatique peut aujourd’hui paraître saugrenue, elle n’en est pas moins inspirée d’un authentique fait divers, fait divers représentatif d’une époque où le lycée soulevait une multitude de débats dans la société américaine car, éloignés du cocon familial, les jeunes se retrouvaient exposés à des idées hautement subversives.

Le génie de ce grand cinéaste chrétien est de ne pas profiter de ce sujet (« the godless girl » se traduit littéralement par « la fille sans dieu ») pour faire un bête pamphlet anti-athée. Au service d’un scénario d’une remarquable finesse dialectique, le metteur en scène respecte chacune des parties, il montre la bêtise éventuelle des deux camps et réalise ainsi une oeuvre nuancée et d’une portée universelle de par la justesse de son appréhension du comportement humain. En fait d’idées, seul compte ici le souffle dramatique charrié par un récit exceptionnel.

D’une originalité rare, l’œuvre multiplie les bifurcations narratives. On passe sans heurt de l’ambiance potache des salles de classe au réalisme effroyable des maisons de redressements (ce qui peut paraître exagéré tel que les clôtures électriques ne l’est pas, DeMille s’étant comme toujours sérieusement documenté avant d’entamer son film) en passant par de sublimes tableaux bucoliques qui font penser à du Borzage nipponisé. C’est vous dire la remarquable maîtrise stylistique dont fait preuve le cinéaste pour son dernier film muet. Le seul fil conducteur est la relation faite d’amour et de haine tissée par les deux jeunes protagonistes et The godless girl s’avère, par-delà un final apocalyptique, une magnifique histoire d’amour.

D’une ampleur dramatique qui n’a comme équivalent dans le cinéma américain que certains grands films de Raoul Walsh, The godless girl est un des chefs d’oeuvre les plus ahurissants de l’histoire du septième art.
Adolf Hitler, qui écrivit une lettre d’admiration à Lina Basquette, ne s’y était pas trompé.

4 commentaires sur “Les damnés du coeur (The godless girl, Cecil B. DeMille, 1929)

  1. Film extraordinaire en effet, peut-être le meilleur de toute la carrière de DeMille. Il y a une densité dramatique, un pouvoir d’immersion là-dedans dont on ne retrouve pas vraiment d’égal. Mais on ne saurait attribuer au seul DeMille la virtuosité qu’avaient atteinte certains cinéaste en ces derniers soubresauts du muet; voir aussi les oeuvres de Paul Fejos ou Paul Leni réalisées à la même époque. Pour en revenir à The Godless Girl, je m’étonnerai toujours qu’un tel monument ne soit pas plus vanté.

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