En cas de malheur (Claude Autant-Lara, 1957)

Un riche et mûr avocat marié s’amourache d’une jeune voleuse qu’il a défendu.

En cas de malheur est un drame tiré de Simenon assez nuancé et rigoureux dans son écriture pour susciter l’intérêt tout au long de sa projection mais il souffre d’un problème majeur:  la mise systématiquement impeccable de Jean Gabin (raie, cravate) y compris après une nuit d’amour fait qu’on ne croit guère à la passion censée animer son personnage.  On croit à Gabin paternaliste mais on ne croit pas à Gabin amoureux. Quelque chose cloche dans le film de ce côté-là. Est-ce dû à l’autorité de la star, notoirement pudique, refusant d’être décoiffée? Je ne pense pas. Après tout, Jacques Becker avait réussi à le montrer en pyjama quatre ans auparavant dans Touchez pas au grisbi, lui offrant par là même un de ses plus beaux rôles, un rôle chargé d’humanité.

C’est plutôt dû à un certain académisme du traitement, à l’absence d’une compréhension profonde du sujet par le metteur en scène qui encore une fois se plait à choquer le bourgeois au mépris de ses personnages (voir le plan dégueulasse sur le visage ensanglanté de Bardot). L’essentiel de ce film d’amour se déroule via des dialogues, certes impeccablement filmés, dans des appartements. Ces dialogues, signés Bost et Aurenche, tombent parfois dans le mot d’auteur, remettant en cause la vraisemblance de la situation. Brigitte Bardot est, elle, parfaite. Sa fausseté est celle de son personnage mais ne dissimule pas sa vulnérabilité.

6 commentaires sur “En cas de malheur (Claude Autant-Lara, 1957)

  1. Pas un mot à changer, Christophe et moi aussi, j’éprouve une vraie vénération pour le Becker. Le problème du « vieux « à la fin des années 50, c’est qu’il décida d’ abandonner les rôles « moralement contestables » pour ne pas perturber ses enfants au cas où ceux-ci verraient leur père dans de fâcheuses postures. Gabin n’était pas à l’aise avec ce rôle et ça se voit, je suis d’accord ! Autant-Lara dut d’ailleurs insister tant qu’il put pour que Gabin acceptât de donner un vrai baiser de cinéma à la môme Bardot. Il obtint satisfaction mais c’était la dernière fois.

  2. c’est vrai qu’après ce film, Gabin n’a plus tourné grand-chose d’intéressant…

  3. Je suis un inconditionnel du Cave se rebiffe (1961) qui pour moi représente l’apogée d’Audiard première manière (avant l’accident de son fils) même s’ il y a moins de cinéma là que chez Becker. Immense plaisir cependant !

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