Hercule à la conquête de l’Atlantide (Vittorio Cottafavi, 1961)

Par amitié, Hercule repart à la guerre dans une contrée loin de son foyer…

Ne vous fiez pas aux apparences! Élevé au dessus de sa condition de péplum débile grâce au génie de ses auteurs, Hercule à la conquête de l’Atlantide n’est ni plus ni moins qu’un chef d’œuvre du cinéma italien.

Dès le plan-séquence d’ouverture où la caméra suit une accorte serveuse entre les tables d’une taverne, le spectateur avisé sait qu’il a affaire à une oeuvre d’exception.
Ce film jouit d’abord de qualités techniques et stylistiques rarissimes dans la production de Cinecitta: les images en Cinémascope sont superbement colorées, le rythme est parfait, les péripéties sont nombreuses et variées sans être assommantes. Les intelligentes bifurcations du scénario d’Alessandro Continenza et Duccio Tessari aussi bien que l’inventivité de la mise en scène de Vittorio Cottafavi (dont l’appréhension de l’action est ici digne de John McTiernan) empêchent la routine de s’installer.
L’interprétation est impeccable: pas plus inexpressif qu’Arnold Schwarzenegger, Reg Park est un parfait Hercule grâce à des biceps qui en imposent. Fay Spain qui joue la reine Antinea est affriolante et ses yeux sont pleins de perversité.
Les plages méditerranéennes sont aussi fascinantes que les rochers de Capri dans Le mépris et sont un décor plus « réaliste » que la fausse Egypte des Légions de Cléopâtre.

D’une facture parfaite, Hercule à la conquête de l’Atlantide est un grand film parce qu’il est irrigué de la substance tragique de la mythologie gréco-romaine. Il est donc ce que devrait être tout bon péplum. A l’exception du rôle très secondaire du nain, il est dénué des facilités prisées par les habituels faiseurs du genre. Comme d’habitude chez Cottafavi, netteté de regard et respect de chaque personnage guident la mise en scène. Antinea n’est pas une méchante de pacotille mais une femme obsédée par la vieillesse et donc jalouse de la jeunesse. Toute femme séduisante a connu ou connaîtra ces tourments. Le génie des antiques n’a jamais été que de sublimer ceux-ci avec une histoire de sacrifice filial. Le talent de Cottafavi et de ses scénaristes est de ne pas simplifier ce puissant ressort dramatique en y plaquant des considérations morales qui seraient hors de propos. Ils misent sur l’intelligence du spectateur pour juger et n’éludent pas ce qui pourrait racheter le personnage d’Antinea à ses yeux: ils montrent son amour sincère pour Hercule, un amour qui la perdra.
Paradoxes, dialectique et complexité sont le sel des bonnes histoires, n’est-ce pas?

Cette absence de vouloir-dire, cette rigueur de la mise en scène n’empêchent pas les projections contemporaines. A vrai dire, la pureté du style les facilite puisque le cinéaste n’interfère pas entre le spectateur et son sujet. Il se contente de présenter celui-ci sous une forme claire et plaisante, but ultime de tout réalisateur digne de ce nom. Ainsi, on peut songer au nazisme devant ces Atlantes païens obsédés par la jeunesse éternelle et la domination de l’Univers quitte à éliminer les plus faibles d’entre eux. Face à eux, Hercule qui en appelle à la compassion et à la pitié fait figure de héros foncièrement humaniste voire catholique. De fait, ce ne serait pas extrapoler que de voir en Hercule à la conquête de l’Atlantide un grand film chrétien.

8 commentaires sur “Hercule à la conquête de l’Atlantide (Vittorio Cottafavi, 1961)

  1. bonjour Christophe, outre ce film-ci et Les Cent Cavaliers, quels autres films majeurs ou fortement intéressants de Cottafavi recommanderiez-vous ?

  2. Il y en a aussi des fortement recommandés par les Mac-Mahoniens (cf écrits de Michel Mourlet) tel Milady et les mousquetaires que je n’ai pas pu voir.
    Je ne partage pas leur engouement pour Fille d’amour

  3. merci bien. Je suis en train de découvrir quelques Freda des années 40-50 (Le Cavalier Mystérieux est un petit bijou) et c’est là que j’ai repensé à Cottafavi dont je n’ai finalement pas vu grand chose mais qui semble tout aussi intéressant que son homologue. On cause beaucoup d’Argento mais il n’a pas inventé la poudre…

  4. je préfère Cottafavi à Freda car il a plus de hauteur de vue. Dans ses meilleurs moments, il m’évoque Preminger.

  5. j’avoue avoir été un peu déçu par son Hercule à la conquête de l’Atlandide qui n’évite pas les lourdeurs inhérentes au péplum (humour simplet, rythme pataud, décors et effets spéciaux très kitsch) ainsi que par Les Cent Cavaliers qui met un sacré temps à décoller malgré sa superbe bataille finale (mais là, c’est en partie dû au fait que je l’ai vu en VO non sous-titrée). Mais je ne décourage pas !

  6. ce sont deux de ses meilleurs films (si ce n’est ses deux meilleurs films), je doute que vous ne soyiez emballés par le reste excepté La fiamma che non si spegne qui est un véritable « film d’auteur ».

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