Iwo Jima (Allan Dwan, 1949)

De jeunes Marines sont formés puis envoyés au front.

Cette reconstitution d’Iwo Jima tournée seulement quatre ans après la victoire américaine avec John Wayne en vedette aurait pu n’être qu’un film de propagande martiale de plus. C’est en fait un des films les plus fins jamais tournés sur la guerre. Certes il y a des images d’archive mal intégrées à l’ensemble (procédé courant à l’époque). Certes les séquences de combat ne sont pas parmi les plus grandioses du genre. Certes il y a quelques conventions hollywoodiennes de mauvais goût tel le « I’ll get a good night sleep » proféré par un soldat touché entrain de s’écrouler. Il n’empêche: Iwo Jima est bouleversant d’intelligence et d’humanité. Il se focalise sur un groupe de jeunes recrues chapeauté par un sergent-instructeur à la limite de la méchanceté.

Les auteurs ont d’abord l’intelligence de déjouer les schémas dramatiques attendus. Ainsi, l’opposition entre la bleusaille humaniste et le sergent se solde par un match nul. Le sergent ne va pas subitement devenir gentil, la bleusaille ne va pas subitement devenir belliciste. Le film n’est l’étendard d’aucune idéologie, c’est simplement un terrible constat sur la désolation des hommes de guerre. Il y a une critique des valeurs martiales mais elle est d’une indicible subtilité car Allan Dwan aime profondément les soldats qu’il met en scène; Iwo Jima est d’ailleurs un film chéri par nombre de Marines (j’en connais). Bien que le film s’achève sur le planté de drapeau immortalisé par la célébrissime photo, la fin est très amère. D’une complexité hors de portée d’un Ken Loach, d’un Yves Boisset ou d’un Stanley Kubrick, elle montre en une minute que c’est la désolation qui fait les bons soldats.

John Wayne en alcoolique dont la dureté peine à cacher les fêlures intimes n’est rien moins que bouleversant. La séquence où il rencontre la prostituée qui s’avère maman suffit à rendre Iwo Jima mémorable. C’est un des moments les plus adultes, les plus touchants et les plus beaux de tout le cinéma américain classique. On le doit à la fragilité exprimée par le Duke mais aussi à la sublime délicatesse de la mise en scène d’Allan Dwan.

Ni va t-en guerre ni pacifiste, Iwo Jima est une merveille de cinéma simple, vrai et humaniste.

3 commentaires sur “Iwo Jima (Allan Dwan, 1949)

  1. J’avais beaucoup aimé ce film. Wayne est excellent dans ce genre de rôles de personnages pas trop sympathiques, il en fait quelques uns à cette époque, chez Hawks et Ludwig. J’avais trouvé que les scènes de bataille ne manquaient pas de force, les images en noir et blanc de Dwan se maraint bien avec celles d’archive.
    Pour l’anecdote, les trois soldats à qui le personnage de Wayne donne le drapeau sont joués par les trois véritables soldats ayant hissé le véritable drapeau sur le sommet de la falaise, ceux dont Eastwood a raconté l’histoire.

  2. […] La maigreur du budget dont découle notamment une abondance de mauvaises transparences altère la vérité spectaculaire des batailles et la vulgaire convention des ressorts dramatiques ainsi que les mimiques exagérées de John Payne empêchent la vérité humaine d’affleurer malgré deux flash-backs intéressants (sur trois) dans lesquels Dwan retrouve un tout petit peu de la justesse intimiste de Iwo Jima. […]

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