Le suspect (Robert Siodmak, 1944)

Dans le Londres du début du XXème siècle, un homme marié à une mégère s’entiche d’une jeune femme adorable. Bientôt, la mégère est assassinée…

Le suspect est un exercice de style dont les coutures sont parfois apparentes (l’inspecteur dont l’acharnement est inexpliqué, les modifications de l’opinion publique suivant les nécessités de l’intrigue au détriment de la vraisemblance) dans la lignée de certains films de Hitchcock. Pour vous donner une idée du genre de film dont il est question, sachez que l’un de ses moments forts est un apéritif avec un cadavre planqué sous le canapé. La mécanique, au fond très théâtrale, est brillamment agencée mais le tout est véritablement transcendé par un dénouement magnifique qui voit se révéler le méchant le plus gentil de l’histoire du cinéma. Ce flou moral donne une passionnante profondeur à l’exercice de style d’autant que les acteurs ont la présence nécessaire pour incarner leurs rôles stéréotypés. Ella Raines est très belle tandis que les manières de Charles Laughton font merveille. Au final, Le suspect peut être considéré comme un des meilleurs films de Robert Siodmak.

5 commentaires sur “Le suspect (Robert Siodmak, 1944)

  1. bonjour Christophe, j’ai bien aimé ce Siodmak mais comme vous parlez d’Hitchcock en ces lignes (et qu’il n’y a sauf erreur aucun de ses films chroniqué sur votre blog) j’en profite pour échanger quelques mots avec vous sur le colosse de Leytonstone…
    Cela va peut-être vous faire dresser les cheveux sur la tête mais je trouve Hitchcock surfait. Dans les années 60-70 les noms de Ford, Hawks & cie étaient encore connus et célébrés de et par tous ; aujourd’hui on dirait que « Buddha » comme ses aficionados le surnomment s’est taillé la part du lion. C’est bien simple, n’importe quel godelureau de la cinéphilie va faire le malin en causant d’Hitchcock comme si c’était le seul à Hollywood à faire du cinéma intéressant en ces années. Ça me révolte ! On ne va pas remettre en question la qualité de ses grands films mais même là, je trouve qu’on nous rabat trop les oreilles avec Psychose, Vertigo, Fenêtre sur Cour et Les Oiseaux quand des œuvres de sa période britannique d’une extraordinaire vitalité – et somme toute moins boursouflées – comme Les 39 Marches ou Une Femme Disparaît n’ont pas les mêmes honneurs.
    Qu’en pensez-vous ?

  2. Vous dites plusieurs choses, certaines avec lesquelles je suis d’accord, d’autres moins.

    1. Hitchcock est surfait: oui. Ou, plus humblement, disons que je n’ai JAMAIS été fan. Fritz Lang me semble infiniment supérieur car moins roublard et plus tranchant.

    2. Il ferait de l’ombre aux autres géants américains: ça dépend de quel public on parle. Les cinéphiles, globalement, n’ont pas moins d’estime pour Ford que pour Hitchcock. Je ne perçois pas la perte de notoriété de Ford et Hawks par rapport aux années 60/70. Après, si on parle du péquin moyen qui veut se cultiver un peu, il est vrai que Hitchcock est un des premiers noms vers lesquels il va se tourner, pas forcément parce que Hitchcock serait considéré comme un cinéaste supérieur aux autres Hollywoodiens mais parce que Hitchcock, c’est déjà une marque en soi, quelque chose que tout un chacun connait sans connaître. Comme Chaplin. Là, je fais un peu de mon itinéraire cinéphile une généralité.
    Les gens qui limitent leur connaissance du cinéma classique à Hitchcock, ne sont généralement pas des cinéphiles, ce ne sont même pas vraiment des fous de Hitchcock, ce sont plus des suiveurs culturels qui, après avoir acheté le coffret DVD de Sueurs froides profitent du festival Télérama pour aller voir « le dernier Woody Allen » ou « le dernier Almodovar ».

    3. La période anglaise est d’une extraordinaire vitalité: bof. Même si je sais qu’aujourd’hui, ça ne se dit plus, je suis assez d’accord avec les intégristes des Cahiers jaunes sur le cinéma anglais que je trouve globalement terne, compassé et dont le fameux « humour » m’en touche une sans faire bouger l’autre. Il y a bien sûr des exceptions (certains films de Powell) mais les films anglais d’Hitchcock que j’ai vus n’en font pas vraiment partie.

  3. merci de votre réponse constructive. J’avais lu quelque part (je ne sais plus où malheureusement) que jusque vers les années 60/70 autant d’exégèses étaient consacrées à Ford qu’à Hitchcock mais que par la suite ce dernier l’avait définitivement emporté en terme de popularité. Je me disais juste que si Ford, Hawks et Walsh faisaient aujourd’hui l’objet d’autant d’analyses, de rétrospectives, d’hommages et de clins d’œil, ça n’en serait que légitime. Bien sûr, là je parle pour « la masse » (sans intention de mépris) plus que pour les cercles de cinéphiles érudits.
    Grosso merdo je préfère le cinéma de Lang pour les mêmes raisons que vous. En revanche vous m’étonnez beaucoup de votre réserve face à des films aussi pétillants que Les 39 Marches et Une Femme Disparaît. En parlant d' »extraordinaire vitalité » je m’en référais précisément à ces œuvres et non pas à l’ensemble de sa carrière anglaise, inégal je vous l’accorde.

  4. Une femme disparaît est justement un film que j’ai découvert sur grand écran il n’y a pas si longtemps (trois quatre ans) et je ne suis jamais vraiment rentré dans le film tant je voyais les coutures.
    C’est vraiment le genre d’histoire artificielle, où beaucoup repose sur l’intrigue et ses révélations, qui ne m’intéresse pas.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.