Au bord de la mer bleue (Boris Barnet, 1935)

Deux jeunes naufragés recueillis dans un kolkhoze tombent amoureux de la même femme…

L’immense réputation dont jouit ce film auprès de certains cinéphiles hautement recommandables (Lourcelles, Daney…) me semble très exagérée. Certes, Au bord de la mer bleue tranche d’avec le reste de la production soviétique car c’est un marivaudage léger dont la propagande est absente. De même,  contrairement à Eisenstein, Dovjenko et Poudovkine qui utilisaient toutes les ressources du montage pour « malaxer les consciences », Boris Barnet est un réalisateur discret et sa mise en scène est moins apprêtée que celle de ses collègues. Mais enfin, cette liberté relative au contexte de production ne suffit pas à faire du film un « chef d’œuvre de poésie »!

Le scénario est très maigre. Il ne se passe pour ainsi dire rien entre les deux naufrages, c’est à dire pendant à peu près une heure (le film durant une heure dix). Cette maigreur pourrait ne pas importer si -au choix- la peinture de la communauté avait un minimum de consistance, si le cinéaste stylisait ses images ou s’il dessinait les caractères de ses personnages d’une façon impressionniste en se focalisant sur des gestes précis même si n’ayant pas de lien avec la trame narrative. Or de tout ça, de tout ce qu’on pourrait appeler « mise en scène », de tout ce qui pourrait étoffer voire créer le propos, il n’y a quasiment rien!

N’était les plans répétés sur les flots au début et à la fin qui donnent une tonalité cosmique au film, le décor, vague et abstrait, pourrait être celui d’un studio. Les sentiments des personnages sont montrés principalement via des dialogues convenus mis en scène platement. De toute évidence, le cinéma parlant n’est pas encore complètement maîtrisé par Barnet et son film est parfois très théâtral. Ajoutons à ces charges que l’actrice censée fasciner les deux héros a un visage bien trop viril pour être séduisante tandis que l’un des marins est habillé comme un mannequin de Jean-Paul Gauthier (ceci expliquant peut-être que Serge Daney trouvait que ce soit un film très sensuel).

A noter tout de même une belle fin qui vient -enfin- transcender la banalité de l’intrigue et, peut-être, expliquer l’idéalisation de ce film par des critiques d’autant plus enflammés qu’ils ne pouvaient voir ce film alors très rare qu’une fois tous les vingt ans. Ce n’est pas le moindre mérite du DVD que d’avoir permis de démystifier Au bord de la mer bleue.

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