Portrait d’une enfant déchue (Jerry Schatzberg, 1970)

Une mannequin retrace ses pétages de plomb qui l’ont conduite à s’isoler près de la mer.

Incarnant le même personnage à 30 ans d’intervalle, Faye Dunaway livre une belle performance d’actrice mais ce premier film de Jerry Schatzberg est imbitable à cause d’un montage clinquant cassant régulièrement et d’une façon parfaitement arbitraire l’implication du spectateur dans l’histoire racontée. Au cinéma, chambouler la chronologie dans le seul but de chambouler la chronologie est éminemment contre-productif.

8 commentaires sur “Portrait d’une enfant déchue (Jerry Schatzberg, 1970)

  1. Attention, l’abus de tartiflette avant un film peut entraîner de lourdes somnolences.

    La chronologie du film n’est pas du tout « chamboulée ». Les allers-retours entre le « présent » (l’interview de Faye Dunaway par l’ami photographe) et le « passé » sont absolument fluides et la chronologie du récit parfaitement respectée. De plus, le montage n’est pas « clinquant » mais très morcelé, et cela pour deux raisons : la première, superficielle, étant qu’il s’agit d’un film sur la photo de mode, univers « clinquant » s’il en est, et la seconde, plus intéressante, que c’est un film qui nous immerge entièrement dans la subjectivité du personnage principal. Le récit sera donc régulièrement influencé par la mythomanie de Lou, par ses omissions, volontaires ou non, de certains faits, distendu entre la réalité, ce qui s’est vraiment passé, et ce que le mannequin veut faire croire et se faire croire à elle-même. Ainsi cette scène admirable où alors qu’elle demande à réécouter son récit au magnétophone; les images montrent ses souvenirs bien plus sordides que l' »état de grâce » dont elle parle au même moment. Et ce jusqu’à la fin, l’une des plus bouleversantes jamais réalisées au cinéma (si je peux me permettre, moi aussi, de telles assertions définitives) où Lou oublie qu’elle avait eu une relation avec Aaron, alors que ce dernier s’apprête à la laisser à la dérive sur son île. On a rarement autant ressenti la peur de la solitude au cinéma.

    Alors toi qui encenses n’importe quelle petites pièces d’americana ou country-man bouseux sous le prétexte que c’est « simplement humain », laisse le complexement humain de Jerry Schatzberg à des cyniques comme moi ou Alain Resnais qui n’ont jamais compris l’humanité de bruce springsteen (nananana).

  2. Oui enfin merci mais l’immersion dans la subjectivité d’un personnage grâce aux flashbacks c’est quand même un procédé assez courant au cinéma que j’ai parfois aimé, lorsqu’il a été employé de façon mille fois plus convaincante par des gens comme Otto Preminger ou Sergio Leone.
    Ce n’est pas tant le principe qui m’a dérangé que sa réalisation. Il se trouve que trop souvent, Jerry Shatzberg rompt ses séquences d’une façon complètement artificielle. A peine les enjeux dramatiques d’une scène sont-ils compris par le spectateur que paf, on enchaîne sur une autre époque! Je veux bien t’accorder que la mythomanie de Lou fait que le récit balbutie, hoquète, se reprend et est finalement parfaitement confus mais c’est là une explication théorique qui n’a rien de sensible.
    En dépit de son sujet, tu conviendras que Portrait d’une enfant déchue est un film très froid, aussi clinique que son asile. Par exemple, à la même époque et sur des sujets assez analogues, je suis largement plus convaincu par les films de Paul Newman, cinéaste qui prend le temps de développer ses séquences, s’appuyant sur une écriture subtile et une direction d’acteurs sensible (Joanne Woodward dans les marguerites est mille fois plus vraie et plus touchante que Faye Dunaway) pour faire jaillir l’inattendu donc la vie et l’émotion, par essence surprenante.
    D’une façon générale, je commence à être intimement convaincu que la réussite d’un film tient plus de la mise en scène que du montage où fatalement, le volontarisme et l’arbitraire du cinéaste risquent de se faire sentir et de rompre alors la fascination du spectateur. C’est d’autant plus le cas dans Portrait d’une enfant déchue que cet arbitraire du créateur se manifeste non seulement dans le montage mais aussi dans la composition de certains plans tel celui chez le coiffeur où Faye Dunaway parle à un mec à côté d’elle alors que son visage est entièrement caché par je ne sais plus quel objet. Affèterie complètement gratuite.

    P.S: Peut-être que j’étais fatigué lorsque j’ai vu le film (d’autant que j’ai bien mangé une tartiflette ce soir-là…mais c’était après la projection!) mais je n’étais pas le seul. C’est bien simple, dans ma rangée, on était quatre. Eh bien, une personne est partie avant la fin, une autre s’est endormie et la demoiselle qui m’accompagnait n’a pas été plus convaincue que moi.

    P.P.S: ta remarque sur la country est d’une mesquinerie sans nom qui ne devrait pas m’étonner de toi mais sais-tu que Schatzberg a réalisé en 1980 un film avec et autour de Willie Nelson? D’après Jacques Lourcelles, qui a meilleur goût que toi, c’est son meilleur film. J’ai bien envie de le voir.

  3. Je ne conviens pas que c’est un film très froid, et le film de Newman est très bien mais je l’ai trouvé plus impersonnel et plus « de son époque ». Et c’est pas parce que des crétins s’endorment dans une salle de cinéma que le film projeté est mauvais. Et Willie Nelson a de jolies couettes bien cinématographique qui se passent bien de montage, en effet.

  4. Sans blague, je rappelle que le titre contient le mot puzzle, alors évidemment le montage sera mis à contribution pour éclater un peu plus les scènes, « artificiellement » peut-être mais c’est le choix du réalisateur, et je ne vais quand même pas rappeler que le cinéma est l’artifice par exemple. Après, on ne peut pas reprocher à un réalisateur de ne pas avoir voulu « faire jaillir l’inattendu » quand ce n’était pas son intention et qu’il veut précisément maîtriser son récit (ce que Paul Newman réussit moins bien, d’ailleurs je me souviens avoir vu une personne dormir dans la salle).
    Pour ce qui est de la scène chez le coiffeur, Faye Dunaway est précisément cachée par le coiffeur, et ce n’est pas une « affèterie » « arbitraire » puisque ceci sert un effet comique : une coiffure un peu grotesque en inadéquation avec ce qui en est dit (encore une fois) quand le visage est révélé.

  5. « le cinéma est l’artifice par exemple »
    je pense justement au contraire que la spécificité du cinéma, c’est son rapport direct à la réalité.
    A ce sujet, je te conseille de lire « Sur un art ignoré » de Michel Mourlet.

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