That certain thing (Frank Capra, 1928)

Une ambitieuse vendeuse séduit un jeune millionnaire…

That certain thing est une délicieuse petite comédie muette qui dépasse les conventions de base en suivant l’évolution assez inattendue des sentiments de ses personnages. La verve comique souvent basée sur les vannes (à la manière des Surprises de la T.S.F) qui annonce la screwball-comedy nous régale tandis que la délicatesse du découpage de Capra alliée au charme de la pétillante Viola Dana donne une consistance profonde à ce qui s’avère finalement une profession de foi simple et pleine d’entrain dans le rêve américain.

Ladies of leisure (Frank Capra, 1930)

Un jeune peintre issu d’une famille riche fait d’une noceuse son modèle…

Ce film de 1930 est assez significatif de la régression artistique qu’a entraîné, durant les quatre ou cinq ans qui ont souvent été nécessaires aux cinéastes pour maîtriser la nouvelle technique, l’invention du parlant. Alors que Frank Capra avait sur un thème analogue réalisé des comédies muettes merveilleuses de vitalité, cette nouvelle variation autour des chercheuses d’or et des fils de bonnes famille n’est pas convaincante. Cette adaptation d’une pièce de théâtre pèche d’abord par manque de rythme dans la narration. Après une bonne exposition, l’intrigue stagne pendant à peu près une heure. De plus, ce sont désormais les dialogues, dits lentement comme c’était la règle à l’époque, et non les idées visuelles qui racontent l’histoire. Le découpage est bien moins précis qu’il n’a pu l’être auparavant chez Capra.

Par ailleurs, les acteurs n’ont visiblement pas  intégré l’idée que l’arrivée de la parole permet de jouer d’une façon plus nuancée. Ainsi de la scène où Barbara Stanwyck éclate en sanglots à la table de son amoureux. C’est quelque chose qui aurait pu être émouvant dans un film muet, dont la mise en scène est d’ordinaire plus schématique que celle d’un parlant. En l’espèce, ses pleurs sonnent faux et exagéré, à l’image de l’ensemble du film. Ladies of leisure est donc un Capra pour le moins oubliable mais notre homme allait très vite, plus vite que nombre de ses collègues, apprendre à nous livrer des pépites parlantes.

The younger generation (Frank Capra, 1929)

Sous l’impulsion d’un fils ambitieux, une famille juive du Lower East side déménage sur la 5ème avenue.

D’abord simpliste et redondant lorsqu’il oppose la cupidité du fils à la simplicité du père et de la fille, ce film de Frank Capra littéralement à cheval entre le muet et le parlant s’avère intéressant lors de sa seconde partie où le jusqu’au-boutisme de l’auteur confère à son oeuvre des accents mélodramatiques particulièrement cruels. Pas mal du tout.

Mes chers amis (Mario Monicelli, 1975)

Cinq amis partent en virée et font des farces.

En dépit de son extraordinaire succès public dans la péninsule, Mes chers amis ne saurait être considéré comme un chef d’oeuvre de la comédie italienne. Regarder des quinquas cyniques se foutre de leur environnement s’avère à la longue assez ennuyeux d’autant que les gags ne volent généralement pas très haut. Le style de Monicelli (comme celui de Germi qui fut l’instigateur du projet avant de le refiler à son pote pour cause de maladie) est nettement plus grossier que celui des véritables maîtres du genre (Risi ou Comencini) chez qui la précision de la satire pouvait aller de pair avec une attention profonde aux personnages et à leurs relations. Les gags avec Bernard Blier, savoureux quoique s’éternisant quelque peu, sont tout de même à retenir.

Terre natale (Kenji Mizoguchi, 1930)

Un chanteur sans le sou marié à une épouse loyale s’entiche d’une chercheuse d’or lorsqu’il atteint le succès.

Ce film qui est un des premiers parlants japonais et qui est donc encore à moitié muet est une accumulation de poncifs mélodramatiques sans intérêt. Il n’y a pas de hauteur de vue dans la mise en scène. Mizoguchi n’a pas encore trouvé sa voie ainsi qu’en témoigne son découpage très classique où abondent les plans américains.

Ne me quitte jamais (Delmer Daves, 1954)

Un journaliste américain et une danseuse russe récemment mariés sont séparés par les autorités soviétiques…

Film de propagande anticommuniste formaté par la MGM sans intérêt. Le récit est aussi grossier que les intentions, l’histoire d’amour est invraisemblable car dénuée de substance, Gene Tierney n’apparaît presque pas à l’écran et il n’y a aucune trace de la sensibilité habituelle de Delmer Daves.

Miquette et sa mère (H-G Clouzot, 1950)

Une jeune provinciale courtisée par un héritier benêt et rêvant de devenir comédienne se fait engager par un cabotin…

On peut légitimement se demander ce qui a pris Clouzot d’adapter cette fameuse comédie de boulevard de la Belle Epoque. Blagues dignes des Grosses têtes, cabotinage outrancier des comédiens, personnages stéréotypés, traitement superficiel et convenu.
Regardée avec une certaine distance (distance de toute façon entretenue par la mise en scène très théâtrale tel qu’en témoignent les multiples regards caméra de Saturnin Fabre), cette pochade peut parfois s’avérer amusante.

Les rayons de la mort du docteur Mabuse (Hugo Fregonese, 1964)

Un agent secret anglais est chargé de contrer un diabolique professeur qui a mis au point une arme redoutable.

Comme son résumé le laisse entendre, ce tardif opus de la série initiée par Fritz Lang est très influencé par James Bond qui faisait alors fureur. Des jolies filles en petite tenue, le décor agréablement touristique de l’île de Malte, l’arme surpuissante symbolisant évidemment la bombe atomique…Tout ceci est mis en scène avec ce qu’il faut de distance ironique pour rester amusant malgré l’évidente débilité de l’histoire racontée. Ajoutons au crédit du film qu’il y a des hommes-grenouilles. Les rayons de la mort du docteur Mabuse est donc une plaisante série B.

L’auberge rouge (Jean Epstein, 1923)

Dans une auberge perdue dans la montagne, un courtier en diamants est assassiné.

Adaptation de la nouvelle de Balzac sortie trente ans avant la célèbre comédie noire de Claude Autant-Lara, L’auberge rouge est un des premiers travaux cinématographiques de Jean Epstein, théoricien avant-gardiste alors âgé de 25 ans. C’est un exercice de style plein d’expérimentations et de recherches. On sent dans le montage et le découpage une volonté d’explorer toutes les possibilités d’un art presque aussi jeune que le cinéaste. Ce cinéaste ne s’est pas encore enfermé dans la froideur absconse qui caractérise certains de ses films ultérieurs (La glace à trois faces) et chacune de ses trouvailles a un but expressif. C’est parfois naïf, c’est parfois lourd, ça n’est jamais vain. C’est même dans l’ensemble très convaincant. Toute l’exposition dans la grande salle de l’auberge est étonnante de maîtrise. L’atmosphère balzacienne, trouble, mystérieuse et propice au romanesque, est excellemment rendue grâce entre autre à des cadrages joliment composés et à des acteurs aux gueules pittoresques. On peut également citer le montage parallèle de l’exécution, séquence inspirée de Griffith dans laquelle Epstein a eu l’idée d’insérer des plans subjectifs porteurs d’une poésie bienvenue. Si tout n’est pas d’égale valeur dans cette oeuvre de jeunesse (qu’y a t-il de plus inintéressant qu’une scène de tribunal? une scène de tribunal muette!), si on peut regretter quelques conventions mal digérées, L’auberge rouge n’en reste pas moins un très bon film, un des rares fleurons non périssables de l’Avant-garde française.

Les mois d’avril sont meurtriers (Laurent Heynemann, 1987)

Dans une banlieue indéterminée, un flic hanté par l’assassinat de sa fille par son épouse folle enquête sur un meurtre particulièrement sordide.

Adapté d’un roman de Robin Cook, Les mois d’avril sont meurtriers est une de ces pépites du polar noir à la française sorties entre la fin des années 70 et la fin des années 80. Il appartient à la même veine que Série noire ou Poussière d’ange. La verdeur des excellents dialogues signés Bertrand Tavernier ainsi que l’abstraction de la mise en scène (voir l’étonnant décor du commissariat en béton) accentuent le lyrisme théâtral des nombreux affrontements verbaux entre le flic et son principal suspect. Dans son premier rôle dramatique au cinéma, Jean-Pierre Marielle est magnifique de truculence désabusée tandis que son partenaire Jean-Pierre Bisson est flamboyant de perversité. Leurs face-à-face filmés avec un minimum de plans (peu de champs/contrechamps) sont fascinants, parfois ambigus et révèlent petit à petit la personnalité du suspect. Cet artifice délibéré aurait pu enfermer Les mois d’avril sont meurtriers dans un dispositif conventionnel et de ce fait l’anesthésier mais il n’en est rien car Laurent Heynemann contrôle rigoureusement ses deux monstres sacrés et il vivifie son film avec une bonne dose d’humour ravageur et inattendu (le flic féru de Frank Borzage qui imite Patrick Brion!). Tout au plus regrettera t-on que le dénouement assez superficiel ne soit pas à la hauteur des attentes suscitées et que la dimension politique de l’intrigue ne soit pas plus affinée.

Cape et poignard (Fritz Lang, 1946)

Un scientifique est engagé par l’OSS pour contrecarrer les projets atomiques des nazis en Europe.

Gary Cooper, héros américain sans peur et sans reproche, est un immense acteur mais n’apparaît pas vraiment à sa place dans l’univers trouble et pessimiste de Fritz Lang. Il faut dire que son personnage de professeur de physique devenu espion est particulièrement improbable. Plusieurs de ses répliques sont chargées des intentions anti-atomiques des auteurs et il est difficile de ne pas sourire lorsque, approché par un agent de l’OSS, notre homme déclame gravement un discours sur la science au service de l’humanité avec une pomme en guise de support de sa démonstration. De plus, sa romance avec une résistante de 20 ans plus jeune que lui est convenue, théâtrale et invraisemblable en plus de prendre une place exagérément importante dans le film. Il y a donc un côté naïvement hollywoodien dans Cape et poignard avec lequel Fritz Lang n’est guère à l’aise.

Ces importantes réserves étant posées, il faut souligner l’excellence de la mise en scène lors de la plupart des scènes d’action. Tantôt sèche et brutale de par son extraordinaire concision (la libération avortée en Suisse) tantôt raffinant à l’extrême la violence comme lorsque Cooper tue un adversaire à mains nues pour sauver sa peau. Fritz Lang montre alors, d’une façon bien plus percutante que les grands discours qu’il place dans la bouche de son héros, que le mal nécessaire reste le mal.

Les aventures de Hadji (Don Weis, 1954)

A Ispahan, un barbier s’éprend d’une princesse hautaine…

Démesurément encensé par une certaine frange de la cinéphilie française des années 50 (les Mac-Mahoniens notamment), Hadji Baba n’est ni un chef d’oeuvre absolu ni un ridicule navet. C’est un film d’aventures kitsch, superficiel mais aussi mouvementé, fantaisiste, riche en péripéties et qui se distingue par un érotisme violent. A l’opposé de toute niaiserie, les personnages y sont mus par des désirs impérieux. Outre la magnifique Elaine Stewart qui joue la princesse, le film est plein de seconds rôles féminins en tenue affriolante parfois interprétés par des playmates ou des pin-ups. Ainsi, l’idée des amazones évadées du harem est peut-être la meilleure du film. C’est en tout cas la plus agréablement surprenante.

Paradis perdu (Abel Gance, 1940)

 

Une jeune fille et un peintre se rencontrent le 14 juillet 1914. Le jour de leur mariage, la guerre est déclarée…

La première partie illuminée par le visage sublime de béatitude amoureuse de Micheline Presle est magnifique. Le couple qu’elle forme avec Fernand Gravey est beau comme un couple de Frank Borzage. L’amour, la guerre, la mort. La trame est simple mais retorse car Abel Gance va jusqu’au bout des possibilités mélodramatiques de son récit, jusqu’à faire exhaler à son film un parfum de mélancolie quasi-incestueuse. Certains effets tel que la surimpression finale sont naïfs mais ils fonctionnent grâce à la virtuosité du cinéaste et à la conviction des acteurs.  Au final et en dépit d’un improbable car trop vite expédié dernier acte, Paradis perdu s’avère un des meilleurs films parlants d’Abel Gance.