Panic sur Florida Beach (Matinee, Joe Dante, 1993)

Dans une petite ville de Floride au moment de la crise des missiles de Cuba, un réalisateur de films d’horreur présente sa dernière production tandis qu’un ado dont le père militaire va de base en base tente de s’intégrer dans sa nouvelle école…

Cette réjouissante chronique de la vie d’une petite ville de Floride pendant le pic de la guerre froide s’annonçait comme le chef d’oeuvre de Joe Dante. La verve caustique de l’auteur, brocardant ici la paranoïa américaine, est comme toujours compensée par une réelle tendresse pour ses personnages.  On se moque des ridicules exercices d’évacuation scolaire mais on nous fait partager l’inquiétude du jeune héros dont le père marin est parti pour Cuba. Brève et bouleversante, la séquence du super 8 est sublime de nostalgie et d’angoisse feutrée. Rien que pour avoir réalisé cette séquence, Joe Dante ne saurait être négligé. Le début promettait un récit ample.

Malheureusement, les caractères ne sont pas fouillés comme ils auraient pu l’être. Les intrigues sentimentales ou amicales des ados restent assez superficielles quoique donnant lieu à des scènes très touchantes.  Avec la longue séquence de projection qui fait office de dernier acte, le réalisateur se laisse aller à ses péchés mignons que sont la dérision et le fétichisme. Il le fait certes avec du brio à revendre et son film est toujours plein de malice, d’humour et de fantaisie. On passe donc un excellent moment. Mais on ne peut s’empêcher de garder un petit arrière-goût de déception. Jamais peut-être n’aura t-on ressenti aussi pleinement les qualités (inventivité, virtuosité visuelle, justesse de ton) en même temps que les limites du cinéma de Joe Dante (trop de révérence envers les irrévérencieux empêche sa personnalité de s’exprimer pleinement).

Dien Bien Phu (Pierre Schoendoerffer, 1992)

Reconstitution de la chute de Dien Bien Phu.

Ha, si ce film avait été à la hauteur du déchirant concerto que Georges Delerue composa pour l’accompagner, quel sublime chef d’oeuvre il aurait été! Malheureusement, ce n’est pas le cas. Le parti-pris de représenter la bataille avec une multitude de personnages et une multitude de lieux était ambitieux mais force est de constater qu’il n’est pas tenu. Les transitions du montage paraissent arbitraires plutôt que soumises aux règles dramatiques d’une narration qui unifierait l’ensemble. La voix-off dont les interventions sont judicieuses aurait peut-être pu se faire plus présente, cela aurait accentué le lyrisme d’un récit qui ne décolle jamais vraiment.

Peut-être aussi aurait-il fallu davantage développer les personnages. En effet, ceux-ci ne sont guère intéressants car ils n’ont pas d’existence individuelle. Ils n’évoluent pas. Ils sont des symboles (tel le journaliste symbole de l’Amérique) dont les dialogues sont farcis de citations historiques sursignifiantes. Avec de tels rôles, pas étonnant que les acteurs semblent souvent à côté de la plaque. La mise en scène, qui n’est pas nulle mais quelque peu pataude, n’insuffle pas le souffle dramatique manquant. Reste la musique…

Cet échec est d’autant plus désolant à constater que, quoiqu’il s’agissait d’une commande, nul ne saurait douter de l’importance de cette oeuvre au coeur de Pierre Schoendoerffer.

Casier judiciaire (You and me, Fritz Lang, 1938)

Un homme en liberté conditionnelle qui travaille dans un grand magasin se marie à une vendeuse. Il ne sait pas qu’elle aussi est une ancienne criminelle…

Dernier volet de la passionnante trilogie de Fritz Lang avec Sylvia Sidney, Casier judiciaire est une sorte de mixte improbable entre Frank Borzage et Bertolt Brecht, très intéressant quoique foncièrement raté. Le film démarre comme une virulente critique de la société de consommation avec une étonnante introduction musicale. Kurt Weil a participé au film. Avant de quitter prématurément le projet, le compositeur engagé de L’opéra de Quat’sous a signé quelques chansons qui constituent les moments forts de l’oeuvre. Ces séquences musicales sont servies par des audaces visuelles puissamment expressives auxquelles Fritz Lang allait par la suite renoncer pour épurer son style.

A la base du projet, il y a donc un propos politique radical. L’idée était de délivrer celui-ci à travers une histoire d’amour entre deux repris de justices. Au début, ce jeune couple est filmé avec une simplicité et une franchise dignes de Frank Borzage, poète lyrique chez qui le contexte social était très important. Les escalators du grand magasin et les petites chambres de pensions de famille sont le décor schématique et vrai de leur idylle. George Raft joue comme Spencer Tracy à la même époque.

Malheureusement, au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, les rebondissements sont de plus en en plus improbables. L’interaction entre l’histoire du couple et le message d’ailleurs mal défini du film (la virulence de Lang a sans doute été détournée par la Paramount) est mauvaise. La seconde se trouve finalement asservie à la première, au détriment de la vraisemblance et de la logique. Le hiatus de l’écriture culmine dans une fin qui contredit littéralement l’excellente introduction. Avec la scène qui voit Sylvia Sidney expliquer, démonstration arithmétique à l’appui, aux pieds-nickelés qu’il vaut mieux être salarié que cambrioleur pour s’enrichir, Casier judiciaire se transforme en une apologie quasiment comique du capitalisme et des patrons. C’est comme si Lang, conscient de la bêtise de ce qu’on lui demandait de filmer, s’en amusait. Au final, il reste un film décidément étrange, mal fichu mais plein de beautés et d’intérêt.

La femme du Pharaon (Ernst Lubitsch, 1922)

Un Pharaon et son architecte sont amoureux de la même femme, une servante grecque échappée de Numidie.

Avant-dernier film que Lubitsch tourna en Allemagne avant son départ pour Hollywood, La femme du Pharaon est une imposante superproduction où le réalisateur berlinois se montre aussi à l’aise qu’un Cecil B. DeMille lorsqu’il s’agit de gérer des milliers de figurants. Les décors égyptiens sont magnifiques et bien mis en valeur par les cadrages géométriquement composés. Les personnages sont intéressants car il n’y a pas vraiment de gentil ni de méchant, simplement trois individus pris dans un noeud tragique. Leur intrigue rappelle celle du Tombeau hindou de Fritz Lang. La mise en scène est bien plus sophistiquée que celle des films historiques précédents de Lubitsch, qui étaient d’ennuyeux pensums. Le film est dans l’ensemble d’une remarquable beauté plastique. La femme du Pharaon est simplement plombé par le jeu terriblement outrancier des acteurs ainsi que par un dernier acte façon « retour de la vengeance » quelque peu superflu.

Babe 2, le cochon dans la ville (George Miller, 1998)

Babe le cochon devenu berger se retrouve propulsé dans une grande ville pour aider son maître dont la ferme est menacée de saisie.

La gentillesse forcenée et quasi-absurde (alors qu’il évolue dans un milieu horrible) de Babe rappelle Ce bon vieux Sam. Il y a d’ailleurs du McCarey (ou du Capra) dans ce film dont la fin résolument utopique ne va pas sans un nécessaire contrepoint de noirceur d’autant plus terrifiant que le film est d’abord destiné aux enfants. Le réalisateur George Miller utilise génialement tous les artifices du studio à sa disposition. Les courses-poursuites virtuoses où la caméra ignore les contraintes physiques plongent littéralement le spectateur dans le film tandis que décors et lumière très stylisés accentuent l’intemporalité de la fable. L’aspect parfois brouillon du scénario ne doit pas faire oublier que Babe 2 est un film magnifique, plus radical que l’original. Inventif, drôle, pétri d’humanité (joies de l’anthropomorphisme!), complètement fou et absolument pas infantile.

Un revenant (Christian-Jaque, 1946)

A Lyon, un homme que des bourgeois croyaient avoir assassiné revient après avoir fait fortune…
Un film rendu complètement nul par l’épaisseur du trait. Les dialogues signés Jeanson sont effroyablement m’as-tu-vu et n’ont aucune espèce de crédibilité. Chacune de leurs répliques souligne la bassesse et la veulerie des bourgeois. Aucune nuance, aucune subtilité, aucune complexité donc aucun intérêt. Le milieu des tisserands lyonnais aurait pu être intéressant à pénétrer mais le contexte social n’est aucunement exploité par les auteurs et leurs personnages ne sont que des fantoches asservies à des conventions narratives éculées quand ils ne sont pas victimes du mépris sans appel de Jeanson tellement sûr de lui et de sa charge anti-bourgeoise. Ajoutons que si les acteurs plus âgés ne s’en tirent pas trop mal, François Périer est proprement insupportable. Comme beaucoup de personnages de jeunes du cinéma de qualité française, son rôle est navrant de bêtise. A vomir.

Confidences pour confidences (Pascal Thomas, 1978)

Dans le Paris des années 50 et 60, chronique familiale centrée autour des trois soeurs, enfants, adolescentes puis jeunes adultes…

Un tel sujet, qui aurait pu entre d’autres mains donner lieu à un film banal, sert idéalement le génie de Pascal Thomas. Le génie de Pascal Thomas, c’est le génie de la justesse et du naturel. Justesse des observations, justesse du ton employé, naturel de la mise en scène. Confidences pour confidences est une parfaite comédie dramatique en ce sens que l’alternance entre l’humour et l’émotion apparaît fluide et naturelle. Devant ce film, le spectateur a l’impression de voir le déroulement de la vie même. Ce qui n’est évidemment pas le cas, cette impression naissant d’abord d’un travail d’écriture rigoureux et précis cosigné Jacques Lourcelles.

Les personnages principaux sont exceptionnellement vrais et attachants. Daniel Ceccaldi qui joue le père est magnifique de fragilité et de bonne volonté. Les nombreux personnages secondaires sont plus typés et alimentent le comique. Christian Pereira en ridicule « self-made man », Galabru en vieille ganache ou encore Bernard Menez en mari infidèle sont irrésistibles de drôlerie. Leurs scènes insufflent une fantaisie bienvenue à un ensemble qui frappe d’abord par son réalisme. Quiconque a eu la chance de voir Confidences pour confidences n’est pas près d’oublier « les trois positions du travailleur » expliquées par le stalinien Jacques Villeret.

D’abord unanimiste, la fiction se focalise au fur et à mesure sur la cadette des soeurs. On se rend alors compte que l’oeuvre n’a rien d’une célébration nostalgique consensuelle et béate et que  la tendresse de Pascal Thomas envers ses personnages n’empêche pas son profond scepticisme envers l’institution familiale de s’exprimer clairement. Ici, la famille s’avère inapte à cicatriser les blessures intimes. Les moments tristes, rares et terribles, sont mis en scène avec une pudeur et une délicatesse qui les rendent d’autant plus déchirants. Dernière chose: cette soeur cadette est interprétée, à l’âge adulte, par une actrice sublime et prématurément disparue qui illumine le film de sa grâce et qui s’appelait Anne Caudry. Elle avait choisi ce surnom car elle ne voulait pas abuser de la notoriété de son grand-père, un certain Georges Bernanos.

American guerrilla in the Philippines (Fritz Lang, 1950)

Au moment de la retraite de leur armée en 1942, une poignée de soldats américains se retrouvent seuls sur une île philippine envahie par les Japonais.

Film inconnu de Fritz Lang, Guérillas ne gagne pas à être connu. Le film démarre pourtant bien avec l’appréhension réaliste du comportement du soldat joué par Tyrone Power qui cherche à se barrer des Philippines envahies par les Japonais plutôt qu’à faire la guérilla. Malheureusement, la débilité conventionnelle et propagandiste du script se révèle au fur et à mesure de son déroulement. La fusillade finale est d’un ridicule achevé. La rigidité du style de Lang ne convient pas au film de guerre et encore moins à celui-ci. Elle fait ressortir l’indigence de la narration et la convention des situations. La vitalité truculente d’un Walsh les auraient peut-être mieux fait oublier. Reste quelques plans documentaires assez intéressants sur la vie d’un camp de résistants (le film fut tourné sur place) ainsi qu’une séquence qui donne l’occasion à Lang de briller: celle de l’exécution du traître.

Lettres de mon moulin (Marcel Pagnol, 1954)

Adaptation de trois des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet: L’elixir du père Gaucher, Le secret de Maître Cornille et Les trois messes basses.

Le dernier film pour le cinéma de Marcel Pagnol a été réalisé dans la douleur puisque le cinéaste venait de perdre sa fille âgée de trois ans. Comme le dit Jacqueline Pagnol dans ses entretiens avec Alain Ferrari, les Lettres de mon moulin furent donc tournées « dans un état de brouillard ». Cette nécessaire mise au point faite, l’honnêteté intellectuelle nous force à dire que cet opus est loin de compter parmi les réussites majeures du cinéaste qui deux ans auparavant avait signé le chef d’oeuvre absolu qu’est Manon des sources. Non que ce soit un navet. Les sketches des Lettres de mon moulin ont le charme et la simplicité universelle des fables. La faconde de certains acteurs, tel Delmont en vieux meunier ou Sardou en apothicaire malin, nous régalent comme nous régalaient Blavette et Charpin dans les films des années 30. En revanche, d’autres sont franchement cabotins. Les excès de Rellys, si magnifique dans le rôle d’Ugolin, sont ici parfois fatigants. D’une manière générale, c’est l’ensemble du film qui pêche par laisser-aller. Ainsi de la musique indigente (on est loin de Vincent Scotto), ainsi de la lenteur du rythme qui, vu le peu d’ampleur des histoires racontées, ressort parfois de l’autocomplaisance, péché mignon de Pagnol.

Portrait d’une enfant déchue (Jerry Schatzberg, 1970)

Une mannequin retrace ses pétages de plomb qui l’ont conduite à s’isoler près de la mer.

Incarnant le même personnage à 30 ans d’intervalle, Faye Dunaway livre une belle performance d’actrice mais ce premier film de Jerry Schatzberg est imbitable à cause d’un montage clinquant cassant régulièrement et d’une façon parfaitement arbitraire l’implication du spectateur dans l’histoire racontée. Au cinéma, chambouler la chronologie dans le seul but de chambouler la chronologie est éminemment contre-productif.

Mélo (Paul Czinner, 1932)

Une femme tombe amoureuse du meilleur ami de son mari.

Le canevas issu d’une pièce de théâtre signée Henri Bernstein (qui sera plus tard réadaptée par Alain Resnais) est donc basique mais il est transfiguré par la finesse du découpage et de la direction d’acteurs. La séquence qui voit naître les sentiments illégitimes est superbe de vérité humaine et sa réussite permet de croire à la suite des péripéties, péripéties parfois conventionnelles. Gaby Morlay trouve là un de ses plus beaux rôles. Le rythme est languide.

Violences à Park Row (Samuel Fuller, 1952)

Vers 1880, la naissance houleuse du journalisme moderne à Park Row…

Très jeune homme, Samuel Fuller avait débuté en tant que journaliste à New-York. Il a toujours gardé un profond respect pour ce métier et ses mentors de l’époque. Lorsqu’il a été en mesure de le faire, il a donc écrit, réalisé et produit Park Row, hommage à la ténacité et à la secrète grandeur des reporters besogneux qui ont fondé les quotidiens américains majeurs du XXème siècle.  Le volontarisme didactique du cinéaste l’emporte parfois sur le déroulement naturel de l’histoire racontée (Fuller place dans la bouche de ses héros un peu trop de discours édifiants sur la liberté de la presse) mais la conviction rageuse de l’auteur exprimée par un style nerveux, rapide et violent fait de plans-séquences effrénés filmant les combats physiques succédant aux combats économiques dans le bruit des rotatives et l’odeur de l’encre noire emporte largement le morceau et fait oublier les ficelles, voire les trous, du scénario, scénario agrémenté d’anecdotes véridiques sur le New-York des années 1880.

Caprices (Léo Joannon, 1941)

Chaque Saint-Sylvestre, un riche excentrique a l’habitude de payer un luxueux réveillon à une jeune fille du peuple. Cette année, il est tombé sur une aspirante comédienne bien décidée à profiter de l’occasion…

Produite par la Continental, Caprices est une comédie légère et charmante. Comme dans les comédies américaines, l’histoire tire son intérêt du jeu, du flou qu’il y a entre les manipulations des personnages entre eux et la réalité de leurs caractères et sentiments. Danielle Darrieux est délicieuse. Ne manquait que quelques gags supplémentaires, quelques trouvailles de mise en scène, une caractérisation moins appuyée de certains personnages secondaires, bref un cinéaste plus inspiré que le méritant Joannon pour faire de Caprices un chef d’oeuvre du genre. En l’état, c’est un film tout à fait plaisant.

Rue de l’Estrapade (Jacques Becker, 1953)

La femme trompée d’un coureur automobile s’en va vivre dans une chambre de bonne rue de l’Estrapade, au sein du quartier étudiant…

Encore une fois, Jacques Becker et sa scénariste Annette Wademant transcendent un sujet sentimental vu et revu grâce à leur qualité essentielle: la précision réaliste.

D’une part, la mise en scène donne une présence déterminante aux lieux. La clarté et la précision du découpage de Jacques Becker font que jamais dans le cinéma français un espace n’a été aussi bien restitué au spectateur que les combles de l’immeuble de la rue de l’Estrapade. La proximité avec les personnages qui y vivent s’en trouve logiquement agrandie. La vitalité, la fraîcheur et l’humanité inouïes du film viennent en grande partie de là.

Bien sûr, les acteurs y sont aussi pour beaucoup. Encore une fois, les seconds rôles sont particulièrement bien dessinés, que ce soit la servante malmenée jouée par Pâquerette ou le couturier plus très sûr de son homosexualité auquel Jean Servais prête sa superbe dignité,  mais les premiers rôles sont au-delà des superlatifs: Daniel Gélin est formidable en roublard finalement déchiré par son amour pour une femme qui n’est pas de sa classe tandis qu’Anne Vernon n’est rien moins que magnifique. Sa simplicité dans la sophistication n’appartient qu’aux vraies stars et c’est peu dire qu’elle n’a pas eu la carrière qu’elle méritait en cette période qui fut une des plus sinistres du cinéma français. Heureusement pour elle et pour nous, il y eut les films de Jacques Becker.

Les lieux ont également une influence directe sur l’action et la caractérisation des protagonistes. C’est un déménagement qui est le moteur dramatique du film. En changeant d’appartement, la jeune femme sort de son milieu social, ce qui ouvre un large éventail de possibilités narratives. La confrontation avec ses nouveaux voisins musiciens est l’occasion de scènes cocasses, sentimentales et dures car la Bohême n’est pas idéalisée mais montrée avec autant de tendresse (Gélin qui chante seul dans sa piaule après avoir rencontré la belle bourgeoise!) que de lucidité. Le sans-gêne des deux compositeurs en herbe n’est pas édulcoré et le comique s’accompagne parfois d’un certain malaise.

D’autre part, comme à son habitude, Becker enrichit sa mise en scène de nombreux détails quasi-documentaires qui donnent une vérité concrète à son film. La photo de la maîtresse découpée dans Elle chez le coiffeur, la vue sur la cour du lycée Henri IV ou encore les émissions de radio plusieurs fois entendues au cours du film sont des trouvailles qui en ancrant l’histoire racontée dans une réalité très précise font oublier les conventions qui la régissent.

Après Rendez-vous de juillet, Edouard et Caroline et Antoine et Antoinette, Jacques Becker achevait, avec cette synthèse chaleureuse et désenchantée qu’est Rue de l’Estrapade, sa merveilleuse tétralogie sur la jeunesse parisienne, décidément un des corpus de films les plus attachants du patrimoine français. Il réaffirmait par là-même la force et la singularité de son cinéma, un cinéma de pure mise en scène.

Les Araignées: le cargo d’esclaves (Fritz Lang, 1920)

Suite des aventures de Kay Hoog contre les Araignées qui le mènent aux quatre coins de la planète.

Ce second volet a le défaut devenu depuis habituel des suites. Celui du « plus ». Il y a plus de personnage, plus de décors et surtout le film est nettement plus long que son prédécesseur. Malheureusement, cette surenchère n’est pas maîtrisée par les auteurs et ne va pas sans confusion ni lenteur. Ce film est aussi moins mouvementé que Le lac  d’or, il y a beaucoup de discussions dans des appartements (ce qui sera le gros point faible du diptyque Mabuse), on perd la simplicité enfantine du premier volet. Bref Le cargo d’esclaves est moins réussi que Le lac d’or et franchement ennuyeux. A noter qu’un troisième opus des Araignées était prévu mais ne fut pas entrepris suite à l’échec public et critique de celui-ci.

Les Araignées: le lac d’or (Fritz Lang, 1919)

Un aventurier, Kay Hoog, s’oppose à une société secrète, les Araignées, pour aller chercher un trésor chez les Incas.

Ecrit et réalisé par Fritz Lang à ses débuts, ce premier opus des Araignées est un pur film d’aventures issu du même terreau –populaire, feuilletonesque et exotique- que Tintin ou Indiana Jones. La nature fantaisiste du projet n’a pas empêché le cinéaste de se documenter sérieusement pour les beaux décors inca.

Les scènes d’action sont très bien et exploitent remarquablement les divers éléments du décor, le rythme est trépidant, le suspense est quasiment inventé par Lang dans l’excellente scène d’ouverture, les péripéties s’enchaînent parfaitement, la fin tragique étonne. Bref, Les Araignées: le lac d’or est un film archaïque et très bien mené.

Come next spring (R.G. Springsteen, 1956)

Un père de famille qui a déserté son foyer revient dans sa communauté après plusieurs années d’absence, bien décidé à se repentir de ses frasques passées.

Ce petit film en Trucolor qui tenait à coeur à Steve Cochran aurait pu être un beau morceau d’americana, dans la lignée de Tol’able David, mais la désespérante platitude de la mise en scène qui épaissit le trait sentimental d’une façon quelque peu démagogique annihile le potentiel émotionnel de l’histoire racontée, une histoire purement américaine et un brin puritaine. C’est dommage d’autant qu’Ann Sheridan est magnifique.