Lothringen! (Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, 1994)

A Metz après l’annexion prussienne, une logeuse et sa grand-mère accueillent un professeur allemand.

C’est du moins le résumé du chef d’oeuvre de Maurice Barrès, Colette Baudoche, dont est adapté ce moyen-métrage des Straub.  Le problème étant que les Straub en question ont cru malin d’évacuer la fiction, ses personnages,  son dilemme cornélien et sa force tragique pour se contenter de monter une suite d’images de la Lorraine sans queue ni tête avec des morceaux du livre lus en voix-off d’un ton monocorde par dessus. Je défie quiconque n’a pas lu le roman d’y comprendre goutte. Ajoutons à ça que les plaines lorraines sont filmées avec de très lents panoramique qui n’ont pas la moindre nécessité dramatique ni plastique. Abscons et fumeux, Lothringen! est un foutage de gueule bel et bien straubien.

6 commentaires sur “Lothringen! (Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, 1994)

  1. Sans être un adepte total du cinéma de Straub (dont je vais bientôt reparler), je trouve que celui-ci est l’un de leur meilleurs (derrière ces chefs-d’œuvre que sont « Chronique d’Anna Magdanela Bach » et « Sicilia! ») et beaucoup plus accessible que certains (as-tu vu le totalement hermétique « Othon »?).
    Quand à la beauté plastique que tu trouves absente, je la vois immédiatement dans l’image que tu as choisie pour illustrer ta note 🙂

  2. Si je ne l’ai pas écrit, je suis d’accord avec toi pour dire qu’il y a de jolies images, que la lumière y est parfois très belle. Attention, je n’ai pas dit que le film était dénué de beauté plastique. Précisément, je parlais de la vanité, de l’inutilité, des interminables panoramiques.
    Après, de belles images ne font pas un beau film et j’aimerais savoir ce que trouves à ce Lothringen! qui en fait « un des meilleurs films des Straub ».
    Pour ma part, je connais mal mais je crois que ce n’est pas mon truc, j’avais vu le début d’Antigone, j’avais trouvé ça parfaitement inintéressant, vain, j’avais arrêté le film vite fait. J’aime bien le film sur Bach parce qu’on y entend beaucoup de Bach et qu’on apprend des choses sur la vie du compositeur.

  3. Voilà ce que j’écrivais (rapidement) sur ce film sur Kinok :

    « Lothringen ! constitue l’un des exemples les plus frappants et les plus paradoxaux de ce cinéma jouant du grand écart entre le patrimoine artistique et des questions strictement contemporaines. Si cette adaptation de Colette Baudoche de Barrès étonne dans la filmographie des Straub, c’est que nous imaginions mal ces marxistes indécrottables porter à l’écran l’œuvre d’un écrivain nationaliste. Dans ce texte où il est question de la reddition de Bazaine et du refus de nombreux lorrains de devenir allemand suite à la défaite de 1870, on ne voit d’abord guère ce qui a pu toucher des cinéastes qui sont peut-être les seuls à être parvenus réellement à réaliser des films profondément européens (les langues françaises, allemandes et italiennes n’ont peut-être jamais été aussi bien entendues que chez les Straub).

    Pourtant, Lothringen ! n’a rien d’une étrange lubie : comme ils avaient réagi à la première guerre du Golfe en réalisant cet incroyable film guerrier et résistant qu’est Antigone, les cinéastes nous offrent une belle réflexion sur le devenir de l’Europe après le traité de Maastricht.
    En nous faisant redécouvrir les environs de Metz par la grâce de leurs magnifiques et proverbiaux panoramiques et en leur confrontant le texte de Barrès (il est amusant de noter qu’il existe deux versions du commentaire du film : l’une en allemand, l’autre en français), les Straub cherchent à extirper ce qui peut faire sens aujourd’hui dans la prose de l’écrivain patriotard. Or c’est moins l’exaltation sénile d’un nationalisme rance qui intéresse le couple que la menace d’une perte d’identité qu’ils voient se profiler avec la construction d’une Europe purement économique et bureaucratique.

    Ce qui les inquiète, c’est la disparition de la singularité des langues, de l’art et le nivellement de toute identité par le bulldozer capitaliste. Dans ce contexte, la figure de lutte que représente Colette, comme autrefois Antigone, constitue pour les cinéastes un moyen de redonner du sens à la terre, au territoire.  »

    En revanche, si ce sont bien « Corneille-Brecht » et « O somma luce » que tu as vus, je suis entièrement d’accord avec toi.

  4. OK pour les intentions mais à mon sens rien de tout ça n’est incarné dans le film.
    ainsi, tu parles de la figure de Colette mais le personnage n’existe pour ainsi dire pas. Ce n’est pas de lire quelques extraits du bouquin d’un ton monotone sur les images d’une jeune fille sur la Moselle qui va faire comprendre la gravité du dilemme qui est le sien.
    On ne voit jamais l’Allemand…

  5. Les Straub n’évacuent pas la fiction, comme vous dites. Ils font autre chose, voilà tout. Il y a beau temps que le cinéma s’est affranchi de ces contraintes issues du roman « classique ».
    Le ton que vous qualifiez de « monocorde » l’est bel et bien, en effet. C’est une des qualités du cinéma des Straub que de faire subir de tels traitements à certains textes, à les faire entendre d’une autre manière. Mais il semblerait que l’originalité ne soit pas votre tasse de thé…

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