Exodus (Otto Preminger, 1960)

La naissance d’Israël en 1947 vue à travers le destin de plusieurs personnages.

Exodus est le premier des films « à grand sujet » qu’Otto Preminger réalisa dans les années 60. C’est une ample fresque de 212 minutes. Selon une technique de narration maintes fois éprouvée par le cinéaste autrichien, le foisonnement romanesque des points de vue assure une certaine objectivité quant au traitement d’un sujet encore brûlant d’actualité. Exodus est d’abord un grand film didactique. Personnages et situations sont là pour schématiser le complexe contexte politique ayant présidé à la création d’Israël. Réductibles à deux ou trois caractéristiques génériques, les protagonistes d’Exodus sont donc dépourvus du mystère qui fait par exemple le sel d’un Lawrence d’Arabie (ce sont deux films comparables sur bien des points). Preminger et son scénariste Dalton Trumbo ont cependant pris soin de ne caricaturer aucun de ces personnages à haute dimension symbolique. Par exemple, le jeune chien fou aura droit à sa -terrible- scène de trauma éclairant son comportement névrotique.  Ce didactisme de la narration n’est pas exempt de facilités ni de raccourcis. Les intrigues intimistes, traitées avec de grosses ficelles, ne sont pas toujours des plus convaincantes. Ainsi, l’infirmière américaine, auquel le spectateur est censé s’identifier puisqu’elle est d’abord étrangère au drame juif,  épouse la cause sioniste après être tombée amoureuse du beau chef de la Haganah joué par Paul Newman. C’est une convention éculée qui jure avec la rigueur de l’ensemble. Dans ses deux films suivants -ses deux chefs d’oeuvre-, Tempête à Washington et Le cardinal, Preminger nous épargnera ce genre de romance frelatée.

Ces quelques réserves qui empêchent que je considère Exodus comme un chef d’oeuvre de Preminger ne doivent cependant pas vous induire en erreur: il n’en reste pas moins un très bon film pour plusieurs raisons. D’abord, malgré les schématisations citées plus haut, ses auteurs ont effectué un extraordinaire travail de narration, clarifiant, synthétisant et surtout rendant sensible les divers enjeux d’un instant très délicat de l’Histoire. Le tout sans simplification abusive. Exodus est tout de même un film de plus de 3 heures et demi où le rythme est si savamment géré que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Ce n’est pas rien. Ensuite, ces auteurs ont haussé cet instant de l’Histoire au rang d’épopée grâce notamment à de beaux morceaux de bravoure (quoique mal justifiée dramatiquement parlant, l’attaque de la prison d’Acre est magistralement mise en scène). En partant du destin d’une communauté précise, le cinéaste a réalisé une fresque généreuse et humaniste dont la portée est universelle. Enfin, nul doute qu’Exodus, premier des films « à grand sujet » d’Otto Premigner, fut un jalon important dans l’oeuvre du cinéaste viennois, jalon qui le mena directement aux réussites pleines et entières qu’allaient être Tempête à Washington et Le cardinal.

6 commentaires sur “Exodus (Otto Preminger, 1960)

  1. bonjour Christophe, je trouve que les Preminger réalisés après 1953 sont souvent empesés, distants, académiques. À mon avis ses grosses machines des années 50-60 ne valent pas sa période « noir » où il nous a gratifiés de fleurons du genre tels que Laura et Mark Dixon. Il y a bien sûr quelques exceptions comme Le Cardinal (chef-d’œuvre), le poignant Condamné au Silence ou encore Première Victoire avec Wayne et Douglas dont je garde un bon souvenir mais dans l’ensemble, ce Preminger-là me déçoit.

  2. Bonjour Dédé,
    pour moi, c’est à ce moment qu’il est au sommet de son art.
    C’est dans ses grosses machines du début des années 60 qu’il va le plus loin dans ses obsessions de fluidité et d’objectivité.
    La distance, oui, l’académisme et l’empesement, non.
    D’ailleurs, pourquoi Le cardinal et pas Tempête à Washigton?

  3. peut-être parce que la religion m’intéresse plus que la politique ! Non je plaisante, c’est simplement parce que l’histoire et les personnages du Cardinal m’ont touché là où ceux de Tempête à Washington m’ont plus ou moins laissé de marbre. Eh oui, c’est cette distance qui me gêne. Pour ce qui est de la fluidité, je la trouve plus évidente dans les derniers Lang américains.

  4. Ce n’est pas pour vous forcer à aimer ce que vous n’aimez pas mais je vous encourage à revoir Tempête à Washington: la première fois que je l’ai vu, c’est un film que j’ai admiré sans vraiment l’aimer, à cause justement de cette distance. C’était à peu près le premier film de Preminger que je voyais, à part Laura.
    La deuxième fois, je suis vraiment rentré dedans, je me suis véritablement intéressé à sa constellation de personnages (notamment la subtile mécanique dramatique mise en branle par le personnage de Laughton) et non plus seulement à la virtuosité avec laquelle le réalisateur les filmait.

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