M (Joseph Losey, 1951)

Remake du célébrissime film de Fritz Lang, M le maudit.

A priori, on peut légitimement s’interroger sur l’intérêt de refaire un tel classique. A posteriori, on ne s’interroge plus: force est de constater que le film de Joseph Losey complète idéalement le film de Fritz Lang voire lui est supérieur en bien des points.

La version de 31 doit sa postérité à la lecture pré-nazie qui en a été faite par la suite, à la géniale interprétation de Peter Lorre et à des trouvailles visuelles et sonores marquantes. Néanmoins ces trouvailles peinent à se fondre dans un tout organique et l’ensemble souffre des hésitations des débuts du cinéma parlant. Ainsi des scènes de réunions bavardes qui encombrent le film plus qu’elles ne l’enrichissent. Dans cette version originale, le portrait du criminel pulsionnel ne manque pas de force mais la critique sociale convainc moins. Ainsi, la pègre est désignée en tant que tel mais n’agit pas franchement en tant que tel. On ne voit jamais les gangsters effectuer de mauvaises actions, d’où une analogie pègre/police qui reste facile, littérale et finalement stérile.

Au contraire, chez Losey, les gangsters tabassent violemment le gardien du centre commercial dans lequel le tueur s’est réfugié afin de lui faire avouer s’il a des collègues. Pour un gangster, la fin justifie les moyens y compris la torture d’un brave type. L’ambiguïté morale a ici une toute autre portée que chez Lang. De plus, et c’est là la différence majeure avec le scénario de l’original, les motivations des truands sont également plus précises et plus claires: en arrêtant le tueur, la mafia s’entend avec la presse pour qu’elle les soutienne lors d’un futur grand jury. La gangrène qui ronge tous les niveaux de la société américaine est donc montrée clairement. Car c’est bien une attaque de la société américaine qu’ont entrepris Seymour Nebenzal, le producteur du M original alors troublé par la ressemblance entre l’Amérique maccarthyste et l’Allemagne dépeinte dans le film de 1931, et Joseph Losey, alors sympathisant communiste.

Ils ont oeuvré dans le cadre du film noir, genre qui était alors à son apogée. La vérité des décors urbains naturels se conjugue admirablement à l’abstraction de cadrages nus et contrastés. La facture visuelle est impeccable et, en plus d’être plus percutant politiquement parlant, ce remake s’avère plus fluide que l’original. On signalera tout de même deux regrettables concessions à la mode hollywoodienne: d’abord une caractérisation psychanalytique ridicule du tueur. La séquence qui le voit couper la tête d’une poupée en papier devant une photo de sa maman est pour le moins navrante. Pour le coup et malgré sa voix étrange, David Wayne ne fera pas oublier Peter Lorre. Ensuite, les auteurs ont trouvé le moyen de terminer le procès final par un happy end qui, en quelque sorte, dédouane les lyncheurs. Ce qui atténue la puissance expressive de ce polar par ailleurs génialement subversif.

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