Né pour vaincre (Ivan Passer, 1971)

Un héroïnomane au plus bas de sa déchéance rencontre une fille paumée qui tombe amoureuse de lui.

Sorti la même année que le célèbre Panique à Needle Park, ce premier film américain d’Ivan Passer déjoue les attentes habituellement liées à ce type de sujet. Point de naturalisme glauque ici mais une discrète abstraction de l’environnement composé essentiellement de personnages dont la caractérisation est réduite à une fonction dramatique. Les évènements déchoyant le héros s’enchaînent avec la précision dérisoire et implacable d’une horlogerie. Le ton a lui aussi quelque d’unique: amoral, détaché, dédramatisé (il n’y a qu’une scène de manque et elle n’est pas surchargée d’effets) mais secrètement chargé de compassion.

Enfin, ce qui contribue à faire de Born to win un film à part, c’est que le précieux esprit de Frank Borzage s’y manifeste dix ans après la mort du maître. La simplicité nimbée d’humour avec laquelle est présentée cette rencontre entre deux marginaux, la femme plus forte et pourtant plus inquiète que son homme et sa foi quasi-absurde dans son amoureux qui ne cesse de replonger rattachent directement Born to win à Man’s castle. Karen Black est ici une actrice digne de Loretta Young. Son visage chargé de larmes s’éloignant dans la voiture de police n’est pas montré plus de trois secondes mais il n’est pas près de s’effacer de nos mémoires.

5 commentaires sur “Né pour vaincre (Ivan Passer, 1971)

  1. I like Cutter’s a lot, but to me there’s an even more precise, fine tuned work being done here – things are shown with such a precision, such an openness (not to be mistaken with any sort of complacency) that one could really talk about about the direction in terms of « gaze », I think, much like in Fleischer’s New Centurions, which makes both films all the more special and valuable in the context of american cinema in the 70’s (it’s the sort of thing one wishes american cinema could have been during the whole 70’s: precise, economical, deeply emotional and yet detached, with things looked upon very closely and from afar at the same time).

    Plus, I really love what Passer gets off George Segal. What an actor, what a director.

  2. I didn’t know the word « gaze ». thank you.
    Which other movies could we put with these?
    I suggest:
    -Who’ll stop the rain
    -The nickel ride
    -The tamarind seed

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