La chambre de l’évêque (Dino Risi, 1977)

En 1946 sur le lac Majeur, un queutard revenu du front africain embarque le capitaine d’un petit bateau dans ses pérégrinations.

Le chambre de l’évêque est une fable satirique qui s’en prend vivement -mais non sans roublardise compte tenu qu’on y montre beaucoup de filles nues mais pas d’homme nu- au machisme italien. La virulence, de plus en plus grossière, du trait  est compensée par le fait, capital, que le personnage du macho, plus complexe qu’il n’y paraît, a des aspects aimables. Le début, érotique et mystérieux, est plaisant mais l’intrigue se délite au fur et à mesure. Le comportement du personnage du Patrick Dewaere est ainsi particulièrement invraisemblable. Le spectateur à l’esprit vif notera que la différence de calibre entre deux actrices dans un même film s’exprime par le nombre de vêtements qu’elles consentent à retirer. Ainsi, les appas les plus intimes des délicieuses Katia Tchenko et Lia Tanzi sont allègrement dévoilés alors que c’est à peine si on aperçoit les seins de la vedette: Ornella Mutti.

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Colors (Dennis Hopper, 1988)

Un policier près de la retraite est contraint de prendre un jeune chien fou pour l’accompagner lors de ses patrouilles dans les quartiers chauds de Los Angeles.

Les auteurs ont su insuffler une bonne dose de réalisme à une trame narrative reprise de L’arme fatale. Tourné dans les rues de Los Angeles, Colors juxtapose des séquences où l’on voit les policiers au travail, un peu comme dans le chef d’oeuvre du genre, Les flics ne dorment pas la nuit. La progression dramatique y existe mais, exception faite de la dernière partie, elle est secondaire. Le montage brutal accentue la violence des quelques fusillades. Robert Duvall et Sean Penn sont parfaits dans les deux rôles principaux. Le regard sur les gangs ne manque pas d’honnêteté. Comme dans tous les polars dignes de ce nom, l’ancrage social est présent, quoiqu’assez superficiel. Les concessions à Hollywood ont globalement été bien gérées (la fin) et finalement le constat pessimiste sur l’impuissance de la police face aux gangs ne manque pas de force.

Les conducteurs du Diable (Red Ball Express, Budd Boetticher, 1952)

La mission des conducteurs du Red Ball Express, chargés de ravitailler les chars de Patton à travers une France encore pleine d’Allemands.

Red Ball Express a d’abord les qualités propres à tous les bons petits films de guerre hollywoodiens:  sécheresse du style, noblesse simple des caractères, sobriété documentaire (les images d’archives sont particulièrement bien montées). Ensuite, si quelques aspects du récit sont traités par dessus la jambe (le trauma à l’origine de la haine entre les deux chefs), plusieurs passages obligés du genre sont au contraires intégrés avec une audace et une intelligence humaniste tout à fait singulières. Ainsi de la rupture de ton au moment où la famille française offre à manger au soldat américain. En un plan sur la petite fille affamée, la scène passe d’un comique un peu épais à l’émouvante évocation de la dureté du rationnement et donc de la générosité des Français. La conventionnelle relation nouée entre la jeune femme de la maison et le militaire s’en trouve ancrée dans une certaine vérité humaine.

Mais ce qui reste le plus étonnant ici, c’est la façon dont sont filmées les différentes communautés à l’intérieur de la U.S Army. Red Ball Express est à ma connaissance le seul film de guerre américain de son temps à donner une telle présence aux soldats noirs. Il le fait sans forfanterie militante, sans même que ce soit son sujet principal. Simplement, montrant une unité américaine au travail, il n’oublie pas de montrer les tensions raciales que pouvait y occasionner la coexistence forcée entre hommes de couleurs différentes. Le problème du racisme est ainsi présenté au détour d’une -excellente- réplique d’un soldat blanc à son compagnon aspirant-écrivain: « je ne veux pas apparaître dans ton livre, j’aurais l’impression d’être figurant dans un minstrel show « . Au cours du film, plusieurs belles séquences verront l’ensemble des soldats charger leurs camions en chantant des negro spirituals transformés en chants militaires. Il y a aussi une scène analogue avec un chant yiddish.

Red Ball Express s’avère ainsi le récit d’une fraternité conquise et finalement un des seuls films, avec ceux de Ford sur la cavalerie, qui donne corps à cette idée, belle et naïve, de l’armée creuset du melting-pot américain. C’est en cela un beau film.

L’héritière (William Wyler, 1949)

Un beau jeune homme sans le sou fait la cour à une héritière…

Hauteur de vue et fluidité font que le style suprêmement classique de William Wyler n’est ici pas très éloigné de celui du grand Otto Preminger. L’écriture est suffisamment subtile et dialectique pour ménager le mystère autour des intentions et motivations de chacun des protagonistes du drame. Tous sont interprétés avec justesse, sans caricature ni cabotinage. Le réalisateur assume parfaitement les origines théâtrales du huis-clos qu’il met en scène et la pertinence de chaque cadrage montre l’intelligence spécifique du cinéma qui pouvait être la sienne.

Le lion et le vent (John Milius, 1975)

Au Maroc en 1904, un chef arabe kidnappe une famille de riches Américains…

Les intentions nobles, épiques et héroïques de John Milius sont visibles mais leur traduction à l’écran manque un peu de naturel. Le film semble avoir été pensé par le verbe plus que par l’image et le mouvement: qu’elles aient lieu dans le désert ou dans les ambassades, bon nombre de scènes sont des dialogues théoriques à deux personnages sur la guerre, l’Islam et l’Occident. Les péripéties de l’action sont, elles, assez conventionnelles. De plus, Sean Connery en chef arabe n’est guère crédible. Ce manque d’enracinement des idées de l’auteur dans la réalité -autrement dit ce défaut de mise en scène- fait du Lion et le vent un film assez superficiel quoique divertissant: cela reste un agréable film d’aventures.

Premier rendez-vous (Henri Decoin, 1941)

Une jeune fille s’échappe de son orphelinat pour rencontrer un homme contacté par annonces matrimoniales…

Un des fleurons de la collaboration Decoin/Darrieux dans lequel la légèreté de ton n’altère pas la justesse de l’expression des sentiments. Ce grâce à une mise en scène précise et à d’exceptionnels comédiens: Danièle Darrieux, évidemment, dont on se fiche qu’elle soit un peu trop vieille pour son rôle tant elle est lumineuse mais aussi Fernand Ledoux qui est magnifique de tact et de sentiments étouffés. La noblesse de sa présentation au café est digne d’un héros de Leo McCarey. Les seconds rôles sont délicieux, notamment Tissier en prof de maths jouisseur. On regrettera cependant que ce film, parmi les premiers à être produit par la Continental, escamote dans sa deuxième partie ses enjeux dramatiques les plus originaux et les sous-entendus homosexuels par un maladroit retour à la convention. L’unanimisme final paraît quelque peu forcé. Premier rendez-vous n’en reste pas moins une comédie fraîche, joyeuse, pleine de chansons, de gaieté et sous-tendue par une tendre nostalgie. Bref, c’est un très bon divertissement.